Mardi 2 octobre 2007

 

 

      Bonjour ! Avis aux lecteurs qui seraient arrivés sur ce blog ailleurs qu'en passant par Archéolozère 1, ceci est la suite... 


3. METHODE

 
3.1. ENQUETE BIBLIOGRAPHIQUE
 
3.1.1. Collecte des données générales
 
Les sources sont relativement dispersées. Les archives du Service Régional de l’Archéologie se trouvent à la DRAC de Montpellier et sont consultables sur demande écrite. Le même établissement conserve les archives du Service Régional de l’Inventaire, utiles pour consulter les dossiers de classement des Monuments Historiques et le même centre de documentation du Patrimoine permet la lecture de bon nombre de revues comme le Bulletin de la Société d’Agriculture, Industrie, Sciences et Arts de la Lozère - connue par la suite sous le nom Revue du Gévaudan, des Causses et des Cévennes- Lozère Archéologie, SPELOUFI (Bulletin du spéléo-club de la Lozère), la Lettre des Archives, la revue Lou Païs, le Bulletin de l’Académie des Sciences de Montpellier, le Congrès Archéologique de France, la Revue du Parc National des Cévennes et les Bulletins du Centre d’Etudes et de Recherches de la ville de Mende ainsi que divers livres traitant de la géologie ou de l’histoire du Gévaudan. Certaines de ces revues sont en double aux archives départementales de la Lozère et, pour certaines, dans les bibliothèques universitaires de Lettres et Sciences Humaines de Montpellier et de Clermont-Ferrand. Les archives départementales de la Lozère conservent également certains travaux d’étudiants, en particulier les mémoires de maîtrise et de thèse, des livres d’intérêt local, des manuels de toponymie, des dictionnaires de biographies et la plupart des revues scientifiques locales et nationales. Certains ouvrages plus spécifiques se trouvent quant à eux au dépôt de fouilles archéologiques de Banassac mais celui-ci possède peu d’archives, tout étant « centralisé » à Montpellier. La bibliothèque départementale de la Lozère présente aussi quelques ouvrages intéressant l’histoire du département. J’ai également emprunté bon nombre de livres, aujourd’hui introuvables, à Mme Promeyrat, fille de l’érudit Marius Balmelle, qui conserve encore une formidable bibliothèque d’ouvrages annotés. Le centre de documentation de la DDE de la Lozère m’a, quant à lui, procuré les atlas géographiques. Les archives de l’A 75 n’ayant pas été versées aux archives départementales à ce jour, elles sont conservées à Antrenas, quelques documents étant parfois en double à la mairie de Banassac, commune très touchée par le remembrement dû à la construction de l’A 75. Ces ouvrages m’ont procuré d’intéressantes informations sur le réseau routier, les travaux passés ou en cours, mais aussi et surtout sur la topographie et la géologie des communes, ainsi que des renseignements sur les nombreux déblaiements et remblais effectués à cette occasion : les lieux de stockage ne faisant pas partie du périmètre de l’autoroute, ils n’ont pas été prospectés et ce genre d’informations était intéressant pour les prospections envisagées. De même, le centre de documentation de la Chambre d’Agriculture de la Lozère met à la disposition du public des statistiques, mais aussi des renseignements sur la géologie, la géographie, l’hydrographie, la couverture végétale des sites et permet surtout de consulter les photographies aériennes verticales de l’IGN. Enfin, c’est dans les mairies de La Canourgue et de Banassac que j’ai consulté les cadastres reproduits dans ce mémoire, cadastres informatisés géoréférencés qui m’ont tous été fournis gratuitement.
Les ouvrages généraux concernant l’histoire de la Lozère permettent de voir comment les érudits se sont peu à peu intéressés à l’archéologie, aux causses, à Banassac. Ces publications aident à dresser la carte d’identité de la zone d’étude d’un point de vue géographique et géologique. La bibliographie locale pêche souvent par manque de précision mais permet de circonscrire des zones sensibles pour lesquelles il faut ensuite être plus attentifs. Pour certains secteurs de Lozère, ce sont d’ailleurs les seuls documents existants. Il y a aussi la documentation orale constituée de la mémoire des érudits locaux ou des habitants et amateurs qui détiennent un savoir non négligeable en la matière, surtout que certaines zones décourageraient une armée de prospecteurs : les indices donnés par les habitants et leur présence lors de la visite sur le lieu des découvertes permet donc de trouver des sites là où on ne s’y attendait pas.
 
3.1.2. Informations propres aux sites et intégration des résultats à un catalogue informatisé
 
C’est à partir des fiches de la base DRACAR consultées au SRA de la DRAC Languedoc-Roussillon que j’ai recueilli le plus d’informations archéologiques sur les sites connus. J’ai d’abord établi des fiches basé sur un modèle proche afin d’y intégrer le maximum de données. A partir de la numérotation de ces sites, j’ai ensuite lu toutes les archives conservées au SRA s’y rapportant et intégré les principales informations à ce premier catalogue. Les ouvrages généraux et plus spécialisés, la lecture des revues scientifiques et des publications locales m’ont apporté à peu près autant d’informations, elles-mêmes intégrées aux données d’archives précitées. J’ai ajouté à ces premières fiches de sites des fiches d’indices de sites car les archives du SRA conservent des dossiers portant sur des sites non inventoriés pour cause de localisation imprécise ou de dossier incomplet, indices que j’avais pour dessein de vérifier par la suite.
Il s’agissait donc de réaliser un catalogue recensant le maximum d’informations, tout en étant synthétique, sur les sites présents sur le territoire de Banassac et de La Canourgue. Pour ce faire, il m’a fallu me rendre plusieurs fois à Montpellier afin de collecter les données présentes au Service Régional de l’Archéologie. Il est d’ailleurs dommage que les mairies n’aient pas un double des informations principales les concernant, ce qui faciliterait les démarches de recherche d’une part, et ce qui éviterait bien des destructions d’autre part, les mairies étant, il me semble, les instances les plus à même de faire le lien entre l’administration et les habitants. Les fiches DRACAR donnent un premier aperçu du nombre de sites recensés administrativement : 83au total, dont 19 pour Banassac et 64 pour La Canourgue. Mon catalogue est présenté un peu différemment des fiches de la DRAC car il était plus efficace pour le travail de terrain d’organiser les données selon les rubriques suivantes : administration, géographie, données purement archéologiques, visite sur le terrain, bibliographie. Les données du catalogue ont été rédigées grâce à un traitement de texte plutôt que d’être intégrées à une base de données. J’ai intégré à ce catalogue les sites et indices de sites de la CAG et les sites découverts plus récemment lors de travaux d’étudiants et d’archéologues. Enfin, j’y ai adjoint les sites découverts par M. Pol Le Lay, un informateur local, ainsi que ses indices de sites. J’ai couplé toutes ces données aux inventaires des érudits précités, Balmelle et Peyre en particulier. Pour chaque fiche, j’ai listé les publications et autres sources s’y rapportant et je les ai recherchées et lues afin de vérifier des données incertaines, erronées ou peu claires (certains documents se contredisaient sur l’appartenance d’un site à telle ou telle commune, les coordonnées Lambert, les dates des fouilles, le lieu de conservation du mobilier etc.) J’ai aussi lu les rapports de fouilles, les rapports de prospection et les notices de découvertes que j’ai synthétisés dans les fiches correspondant aux sites concernés. J’y ai inclus les données du SRI, en particulier pour les sites classés. J’ai archivé les documents pouvant être mis en annexe de mon travail (plans des structures, dessin du mobilier, lettres manuscrites…). J’ai intégré les données principales des articles et des publications scientifiques aux fiches. Lors de mes rencontres avec les professionnels et les habitants, j’ai pris des notes que j’ai également intégrées au catalogue.
L’étude des cartes IGN et l’attention portée à la toponymie ont permis de repérer des sites intéressants. Dans la mesure du possible, leur étymologie a été recherchée dans des dictionnaires spécialisés afin de dégager d’éventuels indices de sites. Toutefois, il n’était pas possible de vérifier au sol toutes les indications données par la toponymie, elle aura donc surtout servi à affiner les hypothèses et pourra peut-être être utilisée lors de recherches futures.
Par manque de temps, les toponymes cadastraux n’ont pu être étudiés dans leur intégralité. Seuls les toponymes se trouvant sur les parcelles ou sections des sites ou indices repérés et apparaissant sur les plans cadastraux fournis par les mairies ont été étudiés afin d’affiner l’interprétation de ces gisements. L’étude complète de tous les micro-toponymes issus de toutes les sources disponibles, anciennes et récentes, à l’échelle de deux communes comme il est le cas dans ce mémoire (12170 ha) aurait demandé une année supplémentaire de recherches…
De même, l’inspection attentive des photographies aériennes verticales de l’IGN ainsi que quelques photographies aériennes obliques a eu le mérite de confirmer la présence de vestiges au sol dont on ne distinguait point l’organisation sur le terrain. Mais leur étude systématique n’était pas possible en si peu de temps, et certainement aurait-elle été peu instructive pour une zone d’étude située en forêt principalement.
 
3.2.           TRAVAIL SUR LE TERRAIN
 
3.2.1. Enquête orale
 
3.2.1.1.                   Objectif
 
L’enquête orale a été réalisée auprès des habitants et en particulier auprès des agriculteurs lors des visites sur le terrain. Il s’agissait, d’une part d’obtenir leur autorisation de pénétrer sur leurs terres afin de faire des vérifications, d’autre part d’obtenir des informations tant sur les sites connus que sur les indices de sites dont ils pouvaient eux-mêmes connaître l’existence. Leur aide fut également d’un grand secours pour le repérage sur le terrain qui n’a pas vraiment de lien avec les cartes que nous avions en notre possession, à savoir que le relief est particulièrement tourmenté et la forêt assez dense, voire parfois inaccessible à cause d’une végétation envahissante, en particulier les ronces. Tous ont répondu favorablement à nos questions, nous ont même parfois donné du mobilier archéologique qu’ils avaient recueilli lors des labours ou bien lors de constructions d’annexes. La plupart nous ont d’eux-mêmes proposé de nous accompagner sur le terrain, à la fois pour nous montrer une particularité, une anomalie du paysage, mais aussi pour nous faire comprendre, et ce fut d’un grand secours, ce paysage et ce mode de vie très particuliers du Causse. Loi d’être une terre hostile, le causse est en fait un véritable lieu de vie qui, bien que quasiment déserté aujourd’hui, a longtemps fait vivre des centaines d’hommes. Cette approche du milieu par les personnes qui le vivent au quotidien fut très intéressante car elle permettait de sortir des « sentiers battus » et des écrits très éloignés de la réalité d’un monde où la nature et l’homme se sont rarement complétés aussi bien.
 
3.2.1.2.                    Protocole
 
Lorsque nous avons rencontré des habitants au gré de nos révisions archéologiques, nous les avons systématiquement interrogés sur la présence de vestiges ou de particularités du paysage dont ils pourraient avoir la connaissance dans les environs. Leurs propos ont été notifiés par écrit afin de n’en perdre aucune trace et leur nom a été systématiquement relevé. Les indices de sites, mais aussi leur interprétation, qui pouvait bien souvent donner des hypothèses de travail, ainsi que l’histoire de ces vestiges que les habitants ont gardée en mémoire, toutes ces informations ont été intégrées dans des fiches des sites concernées. Ensuite, ces fiches m’ont servi de base de travail pour aller vérifier l’existence des sites sur place. Parfois, certains indices donnés par la population correspondaient d’ailleurs aux indices donnés par la bibliographie mais les habitants étaient bien souvent plus précis et plus bavards que les simples mentions de « points à tegulae » et autres indices relevés dans les archives et les ouvrages locaux.
 
3.2.1.3.                    Apports
 
Cette pratique de l’enquête orale a permis de retrouver de nombreux sites connus que l’on avait du mal à localiser dans le paysage, bien qu’équipés de cartes et d’un GPS, toujours à cause de la végétation et de l’escarpement du relief. Elle a également permis l’acquisition d’un certain nombre d’objets d’archéologiques, ou du moins pour certains d’une photographie ou d’une description, certains habitants étant plus réticents à montrer leur bien aux archéologues… Notre dessein n’était bien sûr pas de recenser les habitants cachant des trésors mais d’acquérir les données tirées de ces objets pour permettre d’une part une interprétation plus fine des vestiges trouvés à proximité, voire d’inventorier le témoignage comme un objet isolé et donc peut-être l’indice d’un site, d’autre part de comparer leurs trouvailles aux nôtres, nous permettant par là même de mieux comprendre certains de nos artefacts particulièrement muets. Enfin, ce fut aussi l’occasion de prêcher la protection d’un site se situant sur leur propriété, et l’       autre revers de la médaille, à savoir de constater avec dépit que certains sites avaient été détruits par manque d’information des habitants. Il y a donc là un vrai problème de lien entre l’administration et les propriétaires des parcelles qui renferment un site majeur, problème auquel il faudrait remédier avant que tous les sites de cette commune si riche archéologiquement parlant ne disparaissent avec les défrichements et carrières. Pour revenir à notre enquête orale, les sites qui en ont bénéficié sont récapitulés en annexe.
Enfin, je remercie particulièrement Jean-Louis Mirmand, qui a mis à notre disposition ses connaissances en numismatique ainsi que toutes les données qu’il possédait en la matière sur notre zone d’étude, renseignements qui ont permis de confirmer la datation d’un site ou d’apporter des premiers éléments sur leur chronologie grâce à la trouvaille d’une pièce de telle ou telle époque à un endroit donné, mais aussi par le nombre de sites dont il est lui-même l’inventeur (voir en annexe les opérations dont chaque site a fait l’objet). Il nous a également fourni des photographies sur les objets trouvés fortuitement sur la commune, soit par lui-même, soit par des personnes dont il a obtenu les informations.
 
3.2.2. Vérifications des indices de sites
 
3.2.2.1.                    Objectif
 
Le but était d’éclaircir les connaissances concernant les indices de sites listés dans la bibliographie ou acquis par enquête orale, afin d’accéder à des données plus précises à leur sujet, l’objectif étant de voir s’il s’agit de sites ou non. Dans le premier cas, il s’agissait ensuite d’affiner les connaissances sur la nature du site et sa datation et de réaliser l’inventaire du mobilier. Les indices de sites provenaient soit des archives du Service Régional de l’Archéologie (SRA), portant sur des sites non inventoriés pour cause de manque d’informations précises les concernant, soit des indices découverts au fil de la lecture de la bibliographie locale ancienne et récente (répertoires archéologiques de Balmelle et de Peyre, procès verbaux des séances de la Société des Lettres etc.), soit des indices donnés par la Carte archéologique de la Gaule (CAG) soit des informateurs locaux, agriculteurs et habitants. Il s’agissait donc de les retrouver, de prospecter l’aire mentionnée par les informations recueillies, de les loc         aliser précisément par GPS, de les décrire, prendre des clichés, afin de les inclure dans les futures fiches de sites.
 
3.2.2.2.                    Protocole
 
J’ai d’abord recensé toutes les informations, aussi maigres soient elles, sur d’éventuels sites apparaissant dans la bibliographie ou lors de l’enquête orale. Je me suis efforcée de vérifier qu’il ne s’agisse pas là de sites déjà connus mais recensés sous un autre nom (nom du lieu-dit cadastral à la place du lieu-dit présent sur la carte IGN par exemple). Après avoir créé une fiche recensant les informations concernant l’indice de site, les sources et l’emplacement approximatif du lieu à prospecter, je m’y rendais ; mais avant de commencer la prospection, je réalisais une enquête orale auprès des habitants voisins de la parcelle concernée, en particulier des exploitants agricoles, initiative très payante puisque la plupart d’entre eux avaient effectivement connaissance de ces sites et n’hésitaient pas à me fournir d’autres indications ainsi qu’à m’accompagner sur le terrain. Je parcourais ensuite la zone de façon systématique afin de repérer d’éventuels artefacts encore présents en surface. Si cela me semblait circonscrit, je pointais au GPS les limites de la surface présentant une remontée de mobilier, sinon je pointais les objets isolés, parfois les deux selon le cas. La difficulté était de prospecter de façon homogène et méthodique des espaces peu propices à ce type de recherches : forêts, pans escarpés du Causse…La zone d’étude offre peu de parcelles plates et labourées…Tous les artefacts étaient rassemblés dans des sacs numérotés en suivant la numérotation des sites et portaient le nom de l’indice de site ou du lieu dit ainsi que les coordonnées Lambert (zone III) afin d’éviter toute confusion ou faute de frappe informatique qui provoque souvent plus de dégâts lorsque l’on a désigné les sites avec des numéros plutôt qu’avec un nom écrit en toutes lettres. Après lavage, tri, inventaire et datation du mobilier, j’ajoutais ces informations aux fiches d’indices de sites afin de conclure sur son nouveau statut. Je me suis ensuite penchée sur une possible interprétation des artefacts et/ou des structures afin de cerner la nature de l’occupation et la datation. Les indices devenus des sites sûrs sont classés avec les fiches de sites et les informations concernant la façon dont on a eu connaissance de leur existence sont mentionnées dans l’historique des recherches, et plus en détail dans la bibliographie s’il y a lieu. Les autres indices, non vérifiés par manque d’informations ou localisation trop approximative ou bien non retrouvés malgré une prospection intensive sur le lieu pressenti sont classés dans les fiches d’indices de sites qui viennent à la suite des fiches de sites et portent la mention IND. Même si certaines informations récoltées apportent peu à la synthèses, elles ont toutefois été intégrées au catalogue au cas où les artefacts non visibles cette année le seraient dans les années à venir. De même, toutes les informations concernant leur vérification vaine sont mentionnées dans l’historique des recherches. En revanche, lorsqu’un indice n’a pas fait l’objet de visite, la rubrique visite sur le terrain n’apparaît pas, ceci dans un souci d’allègement des fiches déjà très nombreuses. Pour les indices, le plan cadastral n’est pas inclus car j’ai privilégié leur présence pour les vrais sites, les cadastres demandés aux mairies étant déjà très nombreux…
Toutefois, un extrait de la carte IGN vient en complément afin de localiser l’indice s’il est localisable. Cet extrait ne sert que d’aide à la localisation et se doit d’être remplacé par une carte plus grande et le plan cadastral en cas de recherches plus approfondies. Les clichés permettant d’apporter des informations supplémentaires ont été inclus aux fiches.
 
3.2.2.3.                    Apports
 
Au total, 53 indices de sites ont été relevés. Certains ont bien sûr été repérés par une seule de ces sources, d’autres par plusieurs modes combinés. Les indices ayant fait l’objet de vérifications au sol en prospection pédestre, ne l’ont pas forcément été dans les mêmes conditions : l’étalement dans le temps n’a pas permis d’obtenir les mêmes conditions météorologiques à chaque fois et la dispersion géographique des indices ne permettait pas non plus de travailler sur des zones homogènes bien au contraire : zones boisées, zones escarpées, zones de bâti et de jardins, zones désertiques de landes, zone d’alluvions…Toutefois, la majorité d’entre eux me semblent être réellement des sites, qu’il suffirait de retrouver et de localiser précisément pour les inventorier en tant que site, ce qui n’a pas été fait par manque de temps.
 
3.2.3.Vérifications des sites connus
 
3.2.3.1.                    Objectif et protocole
 
L’objectif était de prendre des clichés des sites connus de la DRAC et de vérifier les coordonnées Lambert si elles étaient approximatives. Parfois, il s’agissait d’éclaircir une description peu claire ou de collecter du mobilier permettant une datation plus précise. Il fallait aussi prendre des notes sur la géographie, la géologie, l’hydrographie et l’environnement végétal et topographique des sites afin d’éclaircir leur contexte naturel et de permettre une synthèse sur l’intégration des sites dans leur milieu ainsi que sur les critères d’établissement de l’homme sur la zone étudiée. Ces vérifications ont bien souvent été opérées dans des conditions peu propices : la neige, en particulier, a longtemps recouvert les plateaux caussenards et les sites concernés étaient la plupart du temps peu accessibles, raison pour laquelle certaines informations manquaient jusque là d’ailleurs. Mon travail devait au départ consister en une vérification des sites et des indices, mais la mise en relation avec Pol Le Lay, randonneur local averti et amateur d’archéologie, a changé cette orientation. En effet, il fallait choisir entre la vérification de sites et d’indices et la réalisation de l’inventaire des sites dont il était l’inventeur. Etant donné l’importance en nombre et en qualité, ainsi que la variété des sites qu’il a découverts, comparé aux maigres indices, aussi nombreux soient-ils mais mal positionnés, que j’avais acquis de diverses manières, il m’a semblé plus opportun d’opter pour la première solution. Les vérifications de sites connus et d’indices de sites en ont donc pâti, par manque de temps. Le protocole de vérification des sites était le même que pour la vérification des indices, à la différence près que la localisation était très précise, à 30 m près la plupart du temps, un peu plus de 50 m près pour d’autres sites dont le calcul des coordonnées avait été rendu difficile par le fort escarpement du relief. Les informations nouvelles concernant ces sites ont bien sûr été intégrées aux fiches de site, dans l’Historique des recherches, dans la rubrique Mobilier et Description des découvertes, mais aussi récapitulées dans la rubrique Visite sur le terrain afin de conserver au maximum les données propres à cette nouvelle campagne de révision des sites.
Toutefois, les résultats sont satisfaisants : les clichés manquants ont été pris, les coordonnées vérifiées, les cadastres recherchés et les sites ont été systématiquement pointés sur une carte afin de les localiser rapidement à la suite des fiches descriptives dans le catalogue.
 
3.2.3.2.                    Apports
 
Certains sites ont été vérifiés, d’autres sites connus ont été enrichis. Les modifications ont été portées sur les fiches. D’autres sites n’ont pas été vérifiés mais des informations complémentaires ont été apportées grâce à la bibliographie. Les sites ayant fait l’objet d’une révision sont récapitulés dans un tableau mis en annexe.
Les vérifications opérées ont permis d’une part de localiser plus précisément certains sites, d’autre part de prendre des clichés de sites dont on ne possédait aucune image de qualité. De plus, nous avons pu modifier, par de nouvelles prospections, l’inventaire du mobilier, et donc son étude et par conséquent la datation voire la nature du site. On a, par ailleurs, pu préciser le contexte géographique et archéologique des sites par comparaison avec ce que l’on avait trouvé dans les environs proches et établir des liens avec des sites de nature similaire. Tous ces liens sont autant que faire se peut notifiés sur les fiches de sites et dans la synthèse. D’autres sites ont permis, lors de la vérification, d’en trouver d’autres…. Enfin, certains sites n’ont pas été retrouvés… Dans le pire des cas, il s’agit certainement d’une destruction mais l’on peut espérer que ce soit l’imprécision de la localisation et la végétation envahissante qui ont eu raison de notre vigilance et que ces sites sont bel et bien à leur place.
En tout cas, une visite sur le terrain me semble nécessaire pour toute étude car l’observation attentive de l’environnement des sites permet de nombreuses comparaisons qui m’ont guidée lors de l’élaboration de la typologie et lors de la rédaction de la synthèse.
 
3.2.4. Visite des collections privées et publiques
 
3.2.4.1.                    Objectif et protocole
 
L’objectif premier était pour moi de faire un récolement des collections liées aux sites du catalogue. Je me suis effectivement aperçu qu’il existait une lacune à ce sujet, à savoir que les fiches de sites mentionnent très peu souvent la localisation du mobilier, cette rubrique n’étant en réalité pas vraiment mise à jour. Pourtant, dans la bibliographie, la mention du dépôt des collections dans telle ou telle structure existait. L’information s’est donc perdue entre temps… En étudiant en détail les données des archives des fiches de sites et en visitant les principaux établissements dans lesquels le mobilier pouvait se trouver, je comptais ainsi établir le lien entre la fiche de chaque site et le lieu de conservation du mobilier qui lui était lié. Le premier problème a été de traiter cette question pour les fouilles pratiquées anciennement, à savoir que la majorité du mobilier a soit été envoyé au Musée des Antiquités Nationales à Saint-Germain-en-Laye, dont Harry Truman Simanjuntak a toutefois réalisé l’inventaire pour ce qui est de la collection du Dr Prunières (Simanjuntak 1998), soit au Musée Départemental Ignon-Fabre situé à Mende mais fermé depuis de nombreuses années, soit au Musée de Marvejols, ouvert sur demande mais le lieu de découverte du mobilier n’est pas vraiment précis… Il me restait donc plus qu’à inspecter ce qui se trouvait au dépôt archéologique de Banassac-La Canourgue. Le responsable, Jean-Yves Boutin, a bien voulu me lister les sites dont le mobilier s’y trouvait, j’ai donc pu le notifier sur les fiches des sites concernés. Pour le reste, cette rubrique reste donc à jour de la dernière mention de la localisation du mobilier. Etant donné le travail considérable qu’un tel récolement dans les règles demanderait et le peu d’informations que cela aurait finalement apporté à ma synthèse, je n’ai donc pas poursuivi ce travail, encore une fois au regard du temps imparti.
 
3.2.4.2.                    Apports
 
Collections publiques ou ouvertes au public
 
La visite des lieux de conservation du mobilier n’a pas toutefois été vaine. En effet, l’observation attentive des collections a permis de se rendre compte de la diversité des objets que l’on pouvait s’attendre à trouver sur le terrain : en prospection, on ne trouve que ce que l’on connaît. La comparaison entre ce que l’on pouvait trouver en ramassage de surface et ce qui avait déjà été mis au jour tant en prospection qu’en fouille était donc importante. A ce titre, la visite de la salle d’exposition de la mairie de Banassac, la visite des autres musées lozériens pouvant offrir une comparaison, la visite du musée de Marvejols et la lecture des documents afférents n’étaient donc pas inutiles, même si elles ont effectivement eu peu d’incidences sur la constitution du catalogue et la rédaction de la synthèse. Ces établissements sont en effet nécessaires à la compréhension de la civilisation gabale et il serait de bon ton que les autres établissements devant lesquels les chercheurs trouvent porte close s’ouvrent un peu plus à la recherche…
En ce qui concerne plus précisément les établissements de Banassac et de la Canourgue :
-         le centre archéologique de Banassac-La Canourgue sert aussi de centre de documentation, en témoigne sa bibliothèque. J’ai pu, outre la consultation de certains livres introuvables ailleurs, photocopier des notices n’apparaissant pas dans les archives du SRA, et qui m’ont donc apporté d’autres informations.
-         la salle d’exposition de Banassac permet, quant à elle, de se rendre compte des découvertes faites sur les ateliers de production de la céramique sigillée et propose également à la vue une urne à résine presque entière, ce qui donne un aperçu non négligeable de la réalité lorsqu’en prospection nous ne trouvons que des fragments. Là aussi la visite ne fut pas vaine, puisque le sarcophage conservé à la mairie au vu et au su de tous était en fait porté disparu dans la bibliographie…
 
Collections privées
 
Enfin, par enquête orale, je suis parvenue à obtenir des informations sur les collections privées, mais les informateurs sont la plupart du temps volontairement anonymes par peur d’avoir trahi les propriétaires, eux-mêmes anonymes… Bref, ce mobilier là fait aussi partie de mon inventaire et de ma synthèse, mais je ne peux en publier la localisation ou ne serait-ce que le nom des propriétaires. Les informations recueillies à partir de ce mobilier sont toutefois intéressantes, mais ne seront donc pas à l’avenir vérifiables. C’était donc à choisir entre la prise en compte de ces données sans leurs sources, ou purement et simplement l’ignorance volontaire de ces informations ; j’ai donc pris le parti de les inclure tout de même, au vu de leur importance pour cette étude.
 
3.2.5. Enregistrement des sites découverts par M. Pol Le Lay
 
3.2.5.1.                    Mise en relation avec l’inventeur et cadre de la coopération
 
C’est à partir d’une discussion avec Hélène Breichner, responsable de la Lozère au SRA, que j’ai été mise en relation avec M. Pol Le Lay. Cet amateur d’archéologie qui habite La Canourgue avait en effet découvert nombre de sites qui n’avaient ni fait l’objet d’un inventaire, ni d’une quelconque vérification archéologique. La coopération me semblait donc évidente, tant pour inventorier de nouveaux sites destinés à être intégrés au catalogue et donc à alimenter la synthèse, que pour être guidée sur le terrain par quelqu’un qui connaissait très bien la zone et ses habitants, pour avoir parcouru la commune à pied et dans tous les sens. Mardi 17 janvier 2006, je me suis rendue au dépôt de fouilles de Banassac où j’avais rendez-vous avec les responsables Jean-Yves Boutin et Hélène Breichner et avec M. Le Lay. L’objectif était de définir notre méthode de travail pour inventorier les sites des deux communes qui ne l’ont pas encore été. M. Le Lay a découvert ou redécouvert de nombreux sites archéologiques au cours de ses randonnées et a indiqué leur positionnement grâce à un GPS, a listé le mobilier présent et a pris diverses notes quant au contexte des découvertes. Il s’agissait de retrouver ces sites, de relever tout le mobilier, de le laver, le trier, le dater et l’inventorier. Cela nécessitait aussi de remplir de manière exhaustive et méthodique les fiches de sites ou d’indices de sites les concernant. Ces fiches ont ensuite été intégrées au catalogue et serviront de base pour la rédaction des fiches PATRIARCHE de la DRAC, d’où cette réunion pour harmoniser les données et notre façon de travailler.
 
3.2.5.2.                    Du travail effectué par l’inventeur à la révision des sites
 
Une grande partie du travail de découverte et de localisation des sites par l’inventeur ayant été effectuée durant les années précédentes, il s’agissait pour moi de retourner sur les sites afin d’acquérir les données nécessaires à mon étude. Il fallait donc retourner sur le terrain par aire géographique afin de ne pas perdre de temps dans les déplacements, vérifier les coordonnées en Lambert III par GPS, de mesurer l’étendue du site etc. Il s’agissait aussi de prendre des notes sur l’état de conservation du site et sur son environnement géologique, topographique, archéologique. Une fois sur le terrain, le but était de circonscrire le site et de déterminer sa nature, tant par les artefacts trouvés que par son contexte. Enfin, le matériel nous a permis de dater de nombreux sites et chacun d’entre eux a fait l’objet d’une couverture photographique montrant son organisation générale, son environnement et des détails plus précis de la structure s’il y en avait une. Le mobilier, quant à lui, a été lavé, trié, inventorié et dessiné dans la mesure du possible, éventuellement pris en photographie si celle-ci était plus parlante qu’un dessin.
 
3.2.6. Résultats
 
Le détail des résultats, trop long pour apparaître ici, a été intégré aux annexes.
 
3.2.6.1. Sites
 
v     Nombre total de sites au final : 203 (Banassac : 20 La Canourgue : 183)
 
v     Nombre de sites anciennement connus : 84 (Banassac : 19   La Canourgue : 65)
 
Ce résultat témoigne bien sûr de la vivacité de la recherche sur le Causse de Sauveterre qui appartient en partie à la commune de La Canourgue. Il ne faudrait en conclure que Banassac a un potentiel archéologique inférieur : sa surface est bien plus petite.
v     Nombre de sites révisés Roche, Le Lay 2006 (dont nouveaux) : 151
 
v     Nombre de sites nouveaux Roche, Le Lay 2006 : 119
 
(Banassac : 1     La Canourgue : 118)
 
Ce dernier résultat ne signifie pas grand chose quant au potentiel de Banassac : nous avons surtout révisé la commune de La Canourgue car c’était le causse qui intéressait le sujet.
 
Sur 184 sites bien renseignés :
 
 
v     Nombre de sites découverts fortuitement : 10
 
v     Nombre de sites trouvés lors de prospections anciennes : 38
 
v     Nombre de sites trouvés lors de travaux vicinaux ou ruraux : 13
 
v     Nombre de sites découverts grâce à un témoignage oral : 20
 
v     Nombre de sites découverts par Pol Le Lay : 103
 
 
Les découvertes fortuites et les sites trouvés accidentellement lors de travaux ne sont pas du tout majoritaires, d’où l’intérêt de ne pas attendre la mise au jour des sites mais d’aller les chercher là où ils sont : les prospections anciennes ainsi que le travail effectué par Pol Le Lay sont les opérations qui ont le plus alimenté la carte archéologique de la zone étudiée. Il est aussi à noter la part non négligeable de découvertes réalisées grâce à l’enquête orale, qui s’est révélée très payante.
Enfin, il faut dire que la part des sites fouillés a bien sûr nettement baissé depuis notre inventaire et qu’ils ne sont donc plus représentatifs. La majorité des sites de notre corpus ne sont par conséquent connus que par prospection pédestre et vérification au sol.
 
3.2.6.2. Indices de sites
 
 
Les indices qui sont restés à l’état d’indices - soit par manque de temps pour aller les vérifier soit parce qu’il était matériellement impossible d’aller les réviser ont été inclus au corpus dans la partie indices (IND n°). Leur part dans le catalogue n’est pas négligeable (1/5).
Ceci est d’autant plus vrai que certains indices de sites font mention d’occupations mal représentées dans les sites (cippes, urne à résine complète, cheminements etc.).
 
Nous avons repéré 53 indices de sites, soit tirés de la bibliographie, soit tirés de découvertes fortuites d’objets isolés par les habitants, mais aussi d’indices phytographiques ou de la découverte de quelques artefacts en prospection.
 
Les indices de bâtiments ruraux sont les plus nombreux, mais on notera également la bonne représentation des stations de résiniers, des nécropoles et des cheminements.
Parmi ces indices, nombre d’entre eux font effectivement référence à un site bien réel, mais la localisation exacte et l’appréciation de la nature de l’occupation ne peuvent être certifiées avec précision. Un tableau présenté en annexe permet de voir le détail des indices, qui font d’ailleurs l’objet de fiches individuelles dans le catalogue. La dernière colonne justifie le choix de ne pas les inventorier en tant que sites. Le diagramme ci-dessous montre les raisons qui ont présidé à ce choix. On remarquera la très grande part jouée par la mauvaise localisation des vestiges et par l’incertitude de l’authenticité des vestiges. Cette dernière rubrique signifie que nous ne cernons pas la nature de l’occupation, au point de ne pas pouvoir l’inventorier comme site sûr.
 
3.3. CLASSEMENT DES INFORMATIONS ET TRAVAIL SUR LES DONNEES
 
3.3.1. La rédaction du corpus de sites et d’indices
 
Comme je l’ai expliqué plus haut, j’ai rédigé le catalogue au fur et à mesure de mes lectures et du dépouillement des sources et non à la fin. Il me semblait plus simple, plus efficace, plus rapide aussi de remplir directement les fiches à l’ordinateur au fil de l’arrivée d’informations plutôt que de synthétiser d’abord les sources pour ensuite les classer dans les fiches. La morphologie de ces dernières a changé au cours de ce travail afin d’intégrer toutes les données.
Par Audrey Roche
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Mardi 2 octobre 2007

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La présentation des fiches du catalogue suit une logique pragmatique. En effet, celles-ci m’ont suivi sur le terrain lors de mes vérifications et elles se devaient d’être efficaces afin de ne pas perdre de temps. La première partie synthétise donc les renseignements purement administratifs comme le nom du site ou de l’indice, les correspondances entre les numérotations DRACAR données par le Service de la Carte Archéologique du SRA et la numérotation de PATRIARCHE. A mon sens, c’est ce qui fait la carte d’identité du site, un peu comme les tria nomina
La seconde partie me permettait de situer géographiquement le site d’un simple coup d’œil sur cette rubrique : la commune, le lieu-dit, le cadastre, le nom du propriétaire, les indices topographiques permettant de repérer le site sur le terrain et bien sûr ses coordonnées Lambert et son environnement géographique. Toutes les coordonnées Lambert des sites recensés dans la base Dracar et visités ont été vérifiées, et étaient le plus souvent justes à quelques mètres près, hormis en ce qui concerne les altitudes. Celle-ci ont toutes été recalculées à partir de Carto Exploreur 2005.
Il peut paraître plus logique de disposer les informations comme le canton, la commune et le lieu-dit dans la rubrique « administration », mais comme je viens de le dire, il me semblait plus simple de ranger dans une seule et même rubrique susceptible de m’aider à trouver le site d’un seul coup d’œil.
La troisième rubrique fait la synthèse des connaissances purement archéologiques sur le site ou l’indice de site : l’historique des recherches et les circonstances des découvertes, la description des vestiges immobiliers, l’inventaire du mobilier et leur dernier lieu de conservation connu, enfin la datation et une rubrique reprenant l’interprétation finale utile pour la future base de données.
La quatrième partie est celle qui résume ma visite sur le terrain, son but, la date et les circonstances des tâches effectuées et leurs résultats. Si la visite n’a pas eu lieu, la rubrique n’apparaît pas mais cette particularité est mentionnée dans l’historique des recherches.
Il m’a semblé nécessaire de recenser dans une cinquième partie tous les liens possibles avec d’autres informations, à la fois les données contenues dans le mémoire (autres chapitres, cartes, annexes …) et les sources utilisées pour remplir la fiche. J’ai pensé qu’il serait utile pour les lecteurs de préciser le lieu de consultation de ces documents afin de leur faciliter la tâche s’ils devaient eux-mêmes s’y reporter, les sources étant, nous l’avons vu, assez dispersées.
Les annexes à ce catalogue ont été archivées au fur et à mesure en fonction du numéro DRACAR des sites leur correspondance en n° de site dans des classeurs. Il m’a semblé important de photocopier systématiquement tous les cadastres, plans des structures, dessins, cartes topographiques, lettres manuscrites et divers autres documents présents dans les archives du SRA afin de ne pas être obligée d’y retourner incessamment pour des vérifications après la collecte des informations. Ensuite, ceux de ces documents qui m’ont paru nécessaires à la bonne compréhension du profil d’un site ont été inclus aux fiches du catalogue, ceux qui ne participent que d’un complément d’informations ont été mis en annexes, les autres n’ont pas été intégrés au mémoire ou ont déjà largement été synthétisés lors de la rédaction et il ne me semblait pas opportun de les y intégrer. Pour les informations qui ont pu être remises à jour, elles l’ont été (cadastres, cartes IGN, noms des propriétaires, lieu de conservation du mobilier). Parfois, un même document renvoie à plusieurs sites et j’ai pris le parti de le reproduire plusieurs fois afin que le lecteur n’ait pas à se reporter à l’un ou l’autre des volumes du mémoire pour consulter ces informations. Ainsi, les fiches comprennent trois documents : la notice, un extrait de la carte IGN sur lequel le site est pointé, et un extrait du plan cadastral mis à jour. Il est à noter que tous les sites n’ont pas forcément un plan cadastral associé car les mairies n’ont pas pu tous me les fournir avant la date de rendu des mémoires, ceci en raison du très grand nombre de sites inventoriés…
 
3.3.2. La création et l’utilisation de la base de données
 
3.3.2.1. Choix des champs
 
J’ai pris le parti de créer une base de données uniquement destinée à créer des hypothèses de travail et à éditer les résultats des requêtes de croisement d’informations et non une base de données aussi complète que le catalogue, inutile. Les champs de ma base sont donc bien plus réduits que les rubriques du catalogue. Il s’agissait de simplifier les données au maximum afin de classer les sites pour les cerner au mieux et les extraire lors des recherches par mot clé.
Il faut préciser qu’il n’y a pas une fiche par site, ceci pour des raisons pratiques. Le but de ma base de données est d’extraire les informations sur les sites de telle ou telle période, ou de telle ou telle nature. Pour me faciliter la tâche lors des requêtes, j’ai décidé de créer une fiche pour chaque période d’occupation d’un site, un peu à la manière de PATRIARCHE, sauf que mes « entités » ne correspondent pas toujours à celle de cette dernière. Cette façon de faire me semble plus adaptée à la cartographie future des données.
J’ai donc inclus dans ces fiches leur numéro (CAN suivi du numéro du site de 1 à n pour les sites de La Canourgue, BAN suivi du numéro de 1 à n pour les sites de la Canourgue, IND suivi du numéro d’indice de site de 1 à n pour les indices de sites). Le nom du site apparaît ensuite. Le nom, si le site est déjà connu de la DRAC, (inventorié ou ayant donné lieu à des archives) est identique à ce dernier. Sinon, j’ai utilisé l’appellation donnée par la carte IGN car, même si celle ci est moins fiable que le cadastre, a le mérite d’être accessible par tout un chacun dans n’importe quel magasin. De plus, les cadastres actuellement fournis par les communes ne mentionnent pas les toponymes si l’on ne zoome pas assez.. En ce qui concerne les sites découverts par M. Pol Le Lay, je leur ai donné des noms à partir du toponyme le plus porche dans la commune étudiée, même si celui-ci était en réalité plus éloigné qu’un autre toponyme de la commune limitrophe, afin de ne pas créer de confusion quant à la commune sur laquelle se trouve le site. J’ai aussi créé une rubrique « type » qui présente la nature de l’occupation : habitat, sépulture, atelier de potier, agglomération secondaire, exploitation agricole etc. Vient ensuite la datation, souvent réduite à l’une des grandes périodes chronologiques et à leurs subdivisions. Les rubriques suivantes correspondent aux potentiels facteurs d’installation ou d’abandon des sites dont il s’agit de tester la pertinence en utilisant la base en mode recherche : la géologie, l’exposition, le réseau hydrographique le contexte viaire... Il m’a ensuite semblé nécessaire d’inclure deux champs nécessitant une réponse affirmative ou négative : autre occupation chronologique du même site et autre occupation chronologique du « type ». Par exemple, pour un site comportant un habitat de l’Age du Bronze réutilisé à l’Age du Fer ainsi qu’une sépulture occupée uniquement à l’Age du fer, je cochais « oui » dans le premier champ et « non » dans l’autre. Ceci me permet de voir si la pérennité de l’occupation d’un site est liée à tel ou tel type d’occupation. Enfin, j’ai créé trois rubriques correspondant aux coordonnées Lambert du site concerné, en particulier pour faire des requêtes sur l’altitude.
 
3.3.2.2. Requêtes
 
Les requêtes avaient pour but de lister d’un seul clic les sites ayant un ou plusieurs caractères en commun, comme par exemple les sites ayant livré des urnes à résine et des scories, les sites ayant été occupés à la Protohistoire et à l’Antiquité mais pas au haut Moyen Age etc. La base de données, facile à utiliser, apporte une rapidité de réponse sans précédent, sans compter qu’elle permet de croiser les informations, de créer des graphiques en lien avec les données qu’elle conserve, permettant ainsi l’élaboration de statistiques et d’hypothèses. Les tableaux récapitulatifs et diagrammes synthétiques en sont tirés. Ce sont eux qui ont ensuite servi à la cartographie. En effet, en positionnant sur une carte informatisée tous les sites et les indices de sites nommés par leur code (exemple : CAN 47), il est très simple et rapide de créer ensuite toutes sortes de cartes : carte des sites protohistoriques, carte des stations de résiniers, carte des sites ayant livré de la sigillée etc.
 
3.      BILAN DES DONNEES ARCHEOLOGIQUES
 
4.1. LE MOBILIER : RESULTATS GLOBAUX ET RESULTATS DETAILLES
 
Il ne s’agit pas là de faire un inventaire du mobilier recueilli lors des prospections car cet inventaire est déjà présent dans les fiches du catalogue. Ici, il est plutôt question de rappeler l’essentiel des découvertes et leurs caractéristiques et de présenter le résultat général de la collecte. Un tableau récapitulatif, mis en annexe car bien trop long pour apparaître ici, permet de se rendre compte des artefacts trouvés sur les sites. Tous les sites sont mentionnés, ceux déjà connus début de mon travail, et ceux inventoriés cette année. Pour les seconds, l’inventaire du mobilier a été mené de façon exhaustive, à savoir que chaque objet a été décompté. Pour les sites connus de longue date, la précision dépend bien sûr de la précision donnée dans les rapports de fouilles, parfois vagues selon l’ancienneté des découvertes.
 
4.1.1. La céramique
 
4.1.1.1. Généralités
 
Remarques
 
La céramique rencontrée en prospection était très souvent particulièrement érodée, au point d’hésiter parfois entre un tesson et un simple morceau de calcaire. Au-delà du manque criant de formes permettant un classement et une typologie, le problème rencontré a été d’identifier tout simplement les fragments de céramique. En effet, la majorité des tessons ne sont classifiables qu’à partir de leur couleur et de leur texture (fragments de panse, sans décor). L’inventaire du mobilier présent dans les fiches de sites peut donc paraître peu conventionnel… Tout ce qui a pu être identifié a été classé grâce aux catalogues et typologies habituelles. Lorsqu’un tesson semble appartenir à telle ou telle catégorie de céramique sans que l’on en soit sûr, la dénomination en doute est directement suivie d’un point d’interrogation. Parfois, des éléments descriptifs ont été ajoutés car le fragment ne semblait pas pouvoir entrer avec certitude dans une catégorie.
 
Codification et abréviations
 
Des codes ont été utilisés dans un but de simplification. Pour la céramique :

 

-                     PRO : céramique protohistorique
-                     SG : sigillée Gaule du Sud
-                     TB : Terre blanche de l’Allier
-                     CRO : céramique à engobe orangé
-                     COX : céramique commune oxydante
-                     CLA : céramique commune claire
-                     RED : céramique commune réductrice
-                     MED /MOD : céramique médiévale ou moderne
-                     GRI : céramique grise
-                     AMP : amphore
-                     URN : urne à résine

 

 
L’abréviation fr. désigne le mot « fragment ».
 
Avertissement
 
Etant donné la difficulté d’identifier certains tessons, une analyse approfondie permettrait dans certains cas de modifier le classement de certains fragments. Afin de ne pas tromper le lecteur au sujet des céramiques peu identifiables, des photographies ont été préférées au dessin technique pour certains tessons qui ne pouvaient faire l’objet d’un dessin comme les fragments de panse ne comportant aucun décor. La photographie, bien qu’ayant le défaut d’aplatir l’objet en deux dimensions, permet au moins de se rendre compte de la couleur avec plus de justesse qu’une description…
Les autres tessons ont été dessinés dans la mesure du possible. Par manque de temps et de moyens et aussi parce que les informations intrinsèques aux fragments étaient difficiles à appréhender, les dessins ont été simplifiés et peuvent paraître peu conventionnels car ils ne comportent pas la partie droite : seule la coupe a été dessinée, afin de donner un aperçu de la forme d’un bord par exemple. La céramique étant très abîmée, il n’a pas toujours été possible de déterminer l’horizontalité : le trait horizontal adjoint à chaque tesson ne fait donc que rappeler dans quel sens il faut comprendre le récipient : le trait est du côté interne. Enfin, l’échelle a systématiquement été jointe à chaque dessin afin de se rendre compte de leur taille relative. Les diamètres n’ont pas été calculés.
 
Résultats
 
Ce travail a eu le mérite de montrer que certains sites présentaient des céramiques en commun, ce qu’il n’aurait pas été possible de voir si chaque tesson indéterminable avait été classé comme étant indéterminé. Le travail a donc plus porté sur ces fragments-là, difficiles à appréhender au premier abord et peu étudiés, pour la même raison certainement. Il apparaît en particulier qu’une céramique grise, à parois assez fines, à l’apparence marbrée (veines fines gris foncé sur fond gris légèrement plus clair) est présente sur certains sites gallo-romains importants (voir en annexe le détail des décomptes).
 
Traitement de surface
 
On a pu relever des poteries brossées au tampon d’herbes, des poteries peignées, des poteries engobées d’une pâte argileuse fluide badigeonnée. Certaines ont été cuites en avec un apport d’oxygène, d’autres non, en témoigne la vaste palette de couleurs que l’on a pu remarquer.
 
4.1.1.2. La céramique protohistorique
 
La céramique protohistorique que nous avons rencontrée en prospection, en particulier sur le causse, est soit de couleur brune, soit de couleur gris foncé/noir. Modelée, très abîmée, érodée et le plus souvent informe, elle est facilement identifiable mais pose des problèmes de datation. Pratiquement aucun fragment caractéristique n’a pu être mis en évidence avec certitude, hormis quelques cordons ; il a donc été difficile de proposer des datations plus précises que « Protohistoire indéterminée » tellement le mobilier collecté s’y prêtait peu.
Ces céramiques sont donc toutes classées comme étant protohistoriques ; à défaut d’entrer dans le détail, cela permet au moins de ne pas se tromper. Il est à noter que cette catégorie, vaste, regroupe des céramiques qui n’ont rien en commun, si ce n’est leur chronologie. Certaines sont plus orangées et semblent posséder une sorte d’engobe lisse érodé, d’autres sont au contraire noires et à l’aspect brut, la pâte accroche. Le dégraissant utilisé pour toutes ces céramiques correspond visiblement à de la calcite broyée, voire du sable dolomitique. Il est très visible sous forme de petites particules blanches incluses dans la pâte foncée. On remarque également que certains sites ont livré de la céramique plutôt homogène, d’autres ont en revanche présentent une palette très variée de tessons protohistoriques, de l’ocre au noir en passant par le brun et l’orangé.
 
4.1.1.3. La céramique gallo-romaine
 
La céramique gallo-romaine est présente en nombre assez conséquent.
 
Céramique sigillée
 
Sur 203 sites, 35 ont livré de la sigillée, soit 17,2 %. La sigillée, contrairement à ce que l’on aurait pu penser, vu la proximité de Banassac, est peu représentée dans le total des céramiques ; c’est la céramique commune qui prime. La sigillée n’est toutefois pas absente en prospection, mais il est vrai que nous avons prospecté peu de parcelles labourées. Etant donné la taille de ses fragments, elle a pu nous échapper lorsque nous prospections en forêt et dans la lande, ou bien tout simplement elle est pas remontée à la surface, pour cause d’absence de labours tout simplement. Quelques formes classiques du Haut Empire sont reconnaissables, en particulier la Drag. 35-36, produite à Banassac.
En revanche, la sigillée est bien sûr surreprésentée dans les fouilles des ateliers de Banassac. Des milliers de tessons ont ainsi été découverts. Il fut même un temps où on les comptait même en tonnes…
 
Les amphores et les grands récipients de stockage
 
Des fragments d’amphores et de gros récipients de stockage ont été découverts en prospection. Nous avons parfois eu du mal à les distinguer de la TCA, seule la pâte au dégraissant plus fin nous a permis de dire qu’il s’agissait d’amphores, les tessons étant trop petits et érodées pour observer leurs courbures. 19 sites en fournissent, soit 9,4 %.
 
Les urnes à résine
 
Les urnes ayant servi à fabriquer la résine ont été découvertes en grand nombre lors de nos prospections. Une urne presque entière est conservée à la salle d’exposition de Banassac, qui permet de se rendre compte de l’aspect du récipient, ce qui est plus difficile à appréhender à partir des tessons collectés en surface. Ces fragments, particulièrement bien conservés, font penser que les urnes enfouies sont peut-être encore intactes pour certaines. Un pain de résine a d’ailleurs été découvert par un habitant (cf. IND 1 et IND 2). Certains tessons sont bien plus épais que d’autres. Parfois, ils sont brûlés, d’autres ne le sont pas ; cela correspond peut-être à l’urne inférieure et à l’urne supérieure du dispositif de distillation. Les tessons, rouge et noir, sont la plupart du temps peignés, au moins sur une face, parfois sur les deux. Des fragments de bord ont également été collectés, de section triangulaire, particulièrement brûlés. Un bord bien conservé, permet de se rendre compte du « décor » externe du récipient, composé de stries en grande saillie qui devaient faciliter le transport, du moins le déplacement de l’urne. En effet, il est difficile de parler de décoration pour des récipients qui étaient avant tout enterrés. Toutefois, on peut penser que les urnes n’étaient peut-être pas fabriquées que pour cette activité. Le dégraissant utilisé est, là encore, la calcite ou le calcaire broyés. Etant donné que les urnes se ressemblent toutes étrangement, elles devaient être produites dans un même atelier. 25 sites sur 203 en ont livré, soit 12,3 %.
 
La terre cuite blanche de l’Allier (TB)
 
De la terre cuite blanche de l’Allier a été découverte lors des fouilles, mais pas en prospection. La villa de Pont Plan en a livré, tout comme le Champ del Mas et l’habitat groupé de Ron de Gleizo. Dans les deux derniers cas, la présence d’un lieu de culte est avérée.
                                  
4.1.1.4. La céramique tardive
 
L’existence d’un site de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Age a la plupart du temps été identifiée grâce à la présence de céramique grise. Toutefois, la méthode a ses limites, en particulier, comme nous l’avons déjà dit, pour des tessons très abîmés et qui ont absorbé au fil des siècles la couleur des sédiments dans lesquels ils étaient enfouis : certains tessons bruns pourraient donc être en fait des céramiques grises. D’autre part, certains tessons plus fins que les autres pourraient être de la céramique grise fine du premier siècle. Des céramiques gris-bleu ont également été identifiées comme étant de la fin de l’Antiquité.
La céramique vernissée du Bas Moyen Age et de la période moderne se trouve aussi dans les champs, mais en bien moindre quantité, nous l’avons pourtant ramassée : cela témoignerait-il d’un faible amendement des terres dans une région plus propice à l’élevage qu’à l’agriculture ? En effet, peu de zones sont réellement cultivées encore aujourd’hui (voir carte de la couverture forestière fig.10 p. 28) hormis les dolines et certaines parcelles présentant des bancs de sable dolomitique, plus faciles à travailler que les parcelles présentant du calcaire en plaques, qui demandent sans cesse à être épierrées, d’où les nombreux clapas. Il semble à première vue que l’élevage et les productions autres qu’agricoles aient joué un rôle bien plus grand dans l’économie locale que l’agriculture, à toutes les périodes. Il est fort probable que, comme aujourd’hui, l’agriculture devait être pratiquée pour répondre aux besoins locaux (céréales à usage familial et cultures destinées à nourrir les bêtes uniquement).
           
4.1.2. Les matériaux de construction
 
4.1.2.1. Terre cuite architecturale (TCA)
 
Mise au point
 
Nous avons trouvé diverses terres cuites architecturales : tegulae et imbrices. Dans l’inventaire, les tegulae, les seules qui soient exclusivement antiques, ont été appelées TEG. Les fragments qui n’ont pu être déterminés et les fragments de tuile courbe ont été dénommés TCA.
Les tegulae sont sans nul doute les artefacts que l’on a le plus souvent rencontrés en prospection, que ce soit sur le plateau ou dans la vallée. La plupart des fragments rencontrés sont des « crochets de tegulae », correspondant à l’angle du matériau. Il faut dire que leur taille et leur couleur se prête à leur repérage rapide, même dans un milieu a priori hostile à la prospection : lande à moutons hérissée de buis et de ronces, forêt, escarpements du causse…Nous avons ramassé quelques fragments pour mémoire ainsi que des fragments particuliers mais la majorité du matériel a bien sûr été laissé en place, d’une part pour des raisons de stockage, d’autre part parce que ce sont des collectes qui ne servent à rien (cela n’apporte pas plus d’informations de les ramasser que de simplement noter leur présence). De plus, cela permet aux futurs prospecteurs de repérer également le site. Ce sont ces artefacts là qui ont le plus souvent servi à délimiter la surface des établissements car ils ont été, vu leur taille, moins sujets au déplacement et au broyage lors des labours que les petites poteries.
Les tuiles de type imbrices sont présentes en grand nombre également mais il est moins facile d’affirmer leur antiquité.
69 sites sur 203 ont livré de la TCA, soit 1/3.
 
Apport de l’étude de la TCA 
 
Sur certains sites « tests », les tegulae et autres artefacts ont été systématiquement pointés au GPS et cartographiés afin de déterminer si cela pouvait apporter plus d’informations. Il apparaît que c’est un travail très payant mais très fastidieux. Nous ne l’avons donc mis en place que pour certains établissements afin d’en préciser la nature et la description. Par exemple, on a ainsi pu montrer que le site gallo-romain des Balmes, bâtiment rectangulaire assez nettement délimité par les artefacts de surface, suivait le sens de la pente (nord-ouest / sud-est) et présentait deux aires distinctes : la partie nord-ouest constituée essentiellement de céramiques fines (sigillée entre autres) et de tuiles, la partie sud-est représentée majoritairement par des TCA et des meules. Il apparaît donc au premier abord que la première partie correspond plus vraisemblablement à l’habitat et la seconde à la partie agricole de l’établissement. Une cartographie précise a également permis d’en déterminer ses dimensions.
 
4.1.2.2. Moellons(MOEL)
 
Les moellons sont des pierres, ici calcaires, épannelées, destinées à être appareillées, le plus souvent avec du mortier. Leur forme caractéristique et leur aspect standardisé permet de les repérer sans mal. Ils n’ont bien sûr pas été décomptés lors de la prospection. Toutefois, leur présence est mentionnée dans les fiches des sites concernés car ils témoignent d’une structure bâtie en dur.
De nombreux moellons calcaires jonchent le sol mais surtout les bordures des parcelles, mis de côté durant des siècles par les agriculteurs désireux de cultiver leurs champs. En relevant systématiquement la présence d’artefacts de ce type dans les clapas (tas d’épierrement) bordant les parcelles, on pouvait ainsi facilement localiser un site : il suffisait de prospecter ledit champ, et nous y trouvions des dizaines de tegulae. Les moellons ont aussi très souvent été remployés dans la construction des murs de parcelles.
32 sites sur 203 en ont livré, soit 15,8 % des sites.
 
4.1.2.3. Briques(BRI, HYP)
 
Nous avons aussi rencontré en assez grand nombre des briques, essentiellement des fragments de deux sortes d’épaisseur, les fines et les épaisses. Les premières sont dénommées BRI. Les secondes sont visiblement des pilettes d’hypocauste (HYP) et ont été trouvées sur des sites de grande taille, associées à d’autres matériaux (hypocauste avec tubuli, mosaïque, colonnes, tegulae, céramique) permettant de qualifier ces sites de villae ou de grosses exploitations agricoles. 12 sites ont ainsi livré de l’hypocauste, soit 5,9 %. Elles sont également présentes sur les ateliers de sigillée et dans les thermes (privés ?) découverts à Banassac.
 
4.1.2.4. Mortier de chaux, chaux (MOR, CH)
 
Du mortier de chaux a parfois été recueilli en prospection : 9 sites sur 203 en tout en ont livré, soit 4,4 %. Ce décompte ne tient pas compte des murs bâtis mais seulement des fragments de mortier retrouvés. Le calcaire local devait être brûlé dans des fours à chaux. Le tout, réduit en poudre, pouvait être mélangé au sable dolomitique encore exploité aujourd’hui, présent sous forme de bancs peu profonds ; il suffit de creuser et l’enlever la couche superficielle de terre pour y accéder. De la chaux a d’ailleurs été remarquée dans ou a proximité de certains fours à chaux.
 
4.1.2.5. Enduit peint (END)
      
Aucun enduit peint n’a été retrouvé en prospection. En revanche, de l’enduit a été mis au jour lors des fouilles : 6 sites en ont livré, soit moins de 3 %.
 
4.1.2.6. Mosaïques, tesselles (MOS)
 
Des mosaïques ont été mises au jour lors des fouilles (5 sites en présentent sur 203, soit moins de 2,5 %). En prospection, nous avons pu trouver sur un site des éléments sur lesquels le doute persiste : il s’agit de petits cubes d’1 cm3 de côté, en calcaire local, jaune, blanc et gris-bleu. Ils ont été trouvés strictement au même endroit sur le site du Masmontet, certainement une villa. Il est difficile de dire s’il s’agit là de tesselles, car on est plutôt habitué à des pierres plus dures, mais leur forme y fait penser. Découvert sur un site qui présentait déjà de l’hypocauste et un grand nombre de TCA, de céramiques, de meules et de scories de fer, cela ne semble pas impossible.
 
4.1.2.7. Marbre et dérivés(MAR)
 
Un seul site sur 203 présente du marbre ; il a été fouillé, il s’agit de BAN 05, un atelier de potier. En prospection, on trouve toutefois du calcaire en plaques naturel qui, sur des sites reconnus, nous a fait penser que ce matériau si facile d’extraction et déjà « taillé » aurait pu servir de matériau de construction et surtout de décoration (placages). Après tout, les colonnes aussi sont en calcaire…
 
4.1.2.8. Colonnes (COL)
 
Aucune colonne n’a été trouvée en prospection, hormis parmi les indices ( IND 24 ; IND 32) mais quatre sites avaient livré des colonnes lors de diverses fouilles. Parmi les indices, citons les colonnes de la Canourgue qui alimentent tant les spéculations (IND 32) : il s’agit de remplois dont on ne connaît pas la provenance. En allant voir un site, nous sommes passés devant une maison dans le jardin de laquelle trônaient deux colonnes et une sorte de sculpture très abîmée. La maison étant fermée, nous n’avons pas pu mener l’enquête orale afin de déterminer le lieu de découverte de ces colonnes. D’après certains habitants, il pourrait s’agir de Cadoule (Puech de Cadoule ou Ron de Gleizo) ou de la montagne du calvaire (Vergnèdes). Difficile de proposer une datation, nous n’avons pas pu approcher les colonnes, nous les avons photographiées de la route. Une autre colonne découverte grâce un témoignage d’un habitant pose problème (Site du Fraissinet) : découverte dans le jardin dans un bassin, elle a vraisemblablement servi de support à un jet d’eau car elle est creuse et le propriétaire avait découvert par la même occasion un tuyau de céramique au niveau d’un trou percé dans la partie basse : l’eau, dont la pression était assurée par la vitesse de son acheminement par ledit tuyau qui provenait d’une pente (la source étant située en haut de la montagne), devait remonter en haut de la colonne par le conduit creusé à l’intérieur et ressortir sous forme de jet en haut. Il est difficile de dire de quelle période date ce système.
 
4.1.2.9. Eléments de fours de potiers
 
Lors des fouilles, de nombreux éléments de fours de potiers ont été mis au jour, ce qui n’a pas été le cas en prospection. Avant de prospecter, il m’a paru nécessaire de visiter les collections et de parcourir les catalogues et les publications afin de savoir ce que l’on était en mesure de trouver en surface. La salle d’exposition de Banassac fut d’un grand secours : elle présente au public plus ou moins tous les éléments constitutifs d’un four et en explique la fonction et la localisation grâce à des schémas. Ces éléments auraient pu être mis dans la partie céramique mais étant donné qu’ils font partie d’une structure construite, ils apparaissent dans la partie éléments de construction. Nous n’avons point trouvé ce type d’éléments en prospection. Un indice issu de la prospection orale paraît toutefois être lié à un four qui conserve encore sa sole, mais très abîmé, en partie détruit. Ce site sera visité ultérieurement car l’informateur n’était pas disponible avant la date butoir de rendu des mémoires.
 
4.1.2.10. Canalisations
 
7 sites ont livré des canalisations. Elles ont des aspects variés. En prospection, nous avons pu recueillir des canalisations en terre cuite, attribuables à plusieurs périodes visiblement. Elles nous ont toutes été données par les habitants et les agriculteurs qui les avaient recueillies par curiosité lors du creusement de tranchées, de la construction de leur maison, lors des labours etc. Toutes se ressemblent, mais à y voir de plus près, toutes ne sont pas contemporaines. Elles n’ont pas exactement le même aspect. Certaines sont plus régulières et semblent donc plus récentes, ce type de canalisations ayant été utilisé jusqu’à il y a peu, on en trouve d’ailleurs encore en fonctionnement dans les Cévennes. D’autres sont enduites d’une sorte de vernis ; aucune n’est toutefois enduite sur la face externe, contrairement auxdites canalisations des Cévennes. Certaines conservent un dépôt calcaire à l’intérieur, indiquant dans quel sens elles étaient posées. D’autres présentent un diamètre plus petit et peuvent s’emboîter : l’embout élargi de l’un présente une sorte de pas de vis interne, l’autre embout, plus mince, peut s’ y emboîter. L’une semble modelée à la main, il y a encore les traces. Les autres ont l’air plutôt « standardisées », de façon toute relative bien sûr.
 
 
 
                   4.1.3. Autres
 
Nous n’avons pas nous mêmes trouvé de pièces de monnaies, de parure ou de hache mais ce genre de découvertes fortuites existe sur les communes de Banassac et de la Canourgue et nous nous sommes efforcés de les notifier comme indices lors de l’enquête orale. Des haches polies néolithiques, des haches en bronze de l’Age du Bronze, des pièces de monnaies gauloises et romaines ont donc été découvertes par des particuliers et se trouvent encore dans des collections particulières aujourd’hui. La difficulté a été de localier ces artefacts, d’en faire un inventaire et de les photographier pour en tirer le maximum d’informations. Toutes ces étapes n’ont pas vraiment pu être effectuées, les habitants étant tout de même très méfiants à cet égard. Au mieux, nous avons eu les indications nécessaires à la localisation approximative de la découverte et une brève description effectuée par les informateurs renseignés. Ceux-ci ont rarement souhaité nous communiquer l’identité des détenteurs des objets.
 
4.1.3.1. Monnaies, méreaux (NUM)
 
M. Mirmand a accepté de nous donner des renseignements sur les pièces de monnaie découvertes en Lozère, et plus précisément sur les communes concernées. La découverte d’une pièce datant de Claude sur le site de La Chan permet ainsi d’avoir un indice sur la datation qui était difficilement palpable par la céramique. En ce qui concerne les sites fouillés, 9 sites en ont livré.
 
4.1.3.2. Outils (FER : en fer ; PIERRE : en pierre ; BR : en bronze)
 
Lors de ses randonnées, M. Le Lay a également découvert des outils en métal et des galets de quartz ébréchés qui, à proximité de sites préhistoriques, pourraient faire penser à des percuteurs ou à des pierres de jets. Des pierres de jets identiques avaient été découverts sur des sites de hauteurs fouillés. Il est difficile de dire de quand ils datent, car ce n’est pas parce qu’ils se trouvent sur une parcelle présentant un site protohistorique que ces outils le sont. Dans l’attente d’études plus approfondies sur le sujet, il était toutefois intéressant de noter leur existence sur les fiches de sites. Il est à noter que des outils de forgeron avaient été découverts dans une tombe du Champ del Mas, une pelle et une pince.
 
4.1.3.3. Haches
 
Des haches avaient été trouvées par des habitants. M. Mirmand en avait trouvé en-dessous de Plo de Coustous étant petit, haches qu’il avait alors données à l’école du village, qui ne les conserve plus. D’autre part, il nous a fait part de la découvert par un autre habitant d’une hache de bronze découverte sur un chemin de Banassac qui monte à la croix.
 
4.1.3.4. Sculptures
 
M. Mirmand nous a également donné des informations sur des sites archéologiques qu’il a lui-même découverts fortuitement sur la commune au cours de randonnées et nous en a communiqué les coordonnées Lambert. Une statuette de Mercure a été découverte, blottie dans des fragments d’urnes à résine, à La Gardette. Une autre sculpture, de pierre, a été découverte dans le jardin mentionné plus haut qui comporte également des colonnes. Vu de loin, ce pourrait être une tête humaine ou animale sculptée, mais nous ne pouvons en dire plus, faute d’informations.
 
4.1.3.5. Meule (MEU)
 
En revanche, les fragments de meule sont nombreux, que ce soit des meules en basalte ou en grès ou en granit, les premières étant très majoritaires. On pense qu’elles proviennent soit du territoire arverne soit de la région d’Agde, mais seule une étude de synthèse sur le sujet à l’échelle du Massif Central permettrait d’en dire un peu plus. La plupart du temps fragmentaires, les meules nous permettent toutefois de reconnaître sur un site la présence soit d’une ferme. Certaines meules, trop lourdes, n’ont pas été ramassées mais laissées en place, et leur emplacement est notifié sur les fiches de sites. Sur 203 sites, 29 en ont livré, soit 14,3 %.
 
Par Audrey Roche
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Mardi 2 octobre 2007

3

4.1.3.6. Verre (VER)
 
Des fragments de verre ont été mis au jour lors de fouilles archéologiques. En prospection, nous en avons parfois rencontré, mais il est difficile d’en préciser une datation. Sur 203 sites, 7 en ont livré.
 
 
 
4.1.3.7. Scories (SCO)
 
De nombreuses scories de fer ont été découvertes en prospection, et quelques unes lors de fouilles. Les différences observées sur le plan de la morphologie des scories sont notables : certaines sont bien coulées, d’autres non. Comme expliqué plus bas dans le chapitre consacré à la fabrication du fer, cela peut résulter de différences techniques, mais aussi de l’étape de la chaîne opératoire concernée, certaines scories résultant de la réduction, d’autres de la forge. 42 sites sur 203 présentent des scories, soit 1/5. Lors de nos prospections, nous avons le plus souvent décompté le nombre de scories au m² et nous en avons collecté un échantillon, car il était bien sûr impossible de ramasser et de stocker les centaines de Kg de scories que le sol du causse présente en surface, sans compter que ce ne serait pas très utile. Il ne faut donc pas prendre le nombre de scories collectées comme représentatif de ce qu’on l’on trouve en prospection. Pour des informations complémentaires sur la fabrication du fer, se reporter au chapitre correspondant.
 
4.1.3.8. Charbons de bois, cendres (CHA)
 
Des charbons de bois et des cendres ont été relevés lors des fouilles, et on en a parfois trouvé en prospection, mais il est difficile de dire si ces dépôts étaient ou non contemporains des sites alors découverts… Neuf sites en ont livré. C’est en revanche certainement le cas pour les sites d’extraction de la résine et pour les sites de fabrication du minerai de fer. Lors des fouilles, les cendres et charbons ont principalement été mis au jour dans les grottes.
 
Résultats chiffrés et statistiques
 
Sur 203 sites inventoriés, on n’en retiendra que 201, après avoir supprimé les deux sites globaux du corpus (BAN 04 et CAN 01). Les statistiques concernant le mobilier sont les suivantes (détails en annexes) :
 
-         16 présentent de la céramique protohistorique, soit 7,96 %
-         47 présentent de la céramique gallo-romaine au sens large, soit 23,38 %
-         35 présentent de la sigillée, soit 17,41 %
-         8 présentent de la céramique GR tardive, soit 3,98 %
-         25 présentent de la céramique d’époque indéterminée, soit 12, 44 %
-         5 présentent des éléments de fours de potiers, soit 2,49 %
-         19 présentent des amphores, soit 9,45 %
-         12 présentent de l’hypocauste, soit 5,97 %
-         69 présentent de la TCA, soit 34,32 %
-         9 présentent au moins une monnaie, soit 4,78 %
-         7 présentent des objets en bronze, soit 3,48 %
-         11 présentent des objets en fer, soit 5,47 %
-         8 présentent du silex ou de la chaille, soit 3,98 %
-         3 présentent des objets en plomb, soit 1,49 %
-         3 présentent de la terre cuite blanche de l’Allier, soit 1,49 %
-         7 présentent du verre, soit 3,48 %
-         117 présentent du bâti, soit 58,21 %
-         32 présentent des moellons dépareillés, soit 15,92 %
-         1 présente de la chaux, soit 0,49 %
-         19 présentent une meule, soit 9,45 %
-         9 présentent du mortier seul, soit 4,48 %
-         1 présente du marbre, soit 0,49 %
-         5 présentent de la mosaïque, soit 2,49 %
-         7 présentent des canalisations, soit 3,48 %
-         4 présentent des colonnes, soit 1,99 %
-         6 présentent de l’enduit peint, soit 2,99 %
-         42 présentent des scories de fer, soit 20,89 %
-         25 présentent de l’urne à résine, soit 12,44 %
-         4 présentent des outils ou objets, soit 1,99 %
-         9 présentent des cendres/charbons/traces de foyer, soit 4,48 %
-         17 présentent des ossements, soit 8,46 %
 
46,27 % des sites sont connus par un seul descripteur
18,41 % des sites sont connus par exactement 2 descripteurs
11,44 % des sites sont connus par exactement 3 descripteurs
5,97 % des sites sont connus par exactement 4 descripteurs
4,48 % des sites sont connus par exactement 5 descripteurs
3,98 % des sites sont connus par exactement 6 descripteurs
1,49 % des sites sont connus par exactement 7 descripteurs
2,49 % des sites sont connus par exactement 8 descripteurs
1,99 % des sites sont connus par exactement 9 descripteurs
0,49 % des sites sont connus par exactement 10 descripteurs
0 99 % des sites sont connus par exactement 11 descripteurs
0,99 % des sites sont connus par exactement 12 descripteurs
0,49 % des sites sont connus par exactement 13 descripteurs
0,99 % des sites sont connus par exactement 14 descripteurs
0,49 % des sites sont connus par exactement 15 descripteurs
 
54% des sites sont connus par au moins deux descripteurs, 36% par au moins trois descripteurs, 24% par au moins 4 descripteurs, 18% par au moins 5 descripteurs, 14% par au moins 6 descripteurs, 10% par au moins 7 descripteurs, 8% par au moins 8 descripteurs, 3,5% sont connus par plus de dix descripteurs. Ces résultats sont plutôt encourageants, étant donné que la prospection s’est rarement faite en terrain labouré, mais plutôt en forêt et dans des zones de landes.
Les 18 sites les mieux renseignés sont BAN 01, BAN 02, BAN 03, BAN 05, BAN 10, BAN 12, CAN 03, CAN 05, CAN 06, CAN 10, CAN 12, CAN 14, CAN 41, CAN 68, C    AN 84, CAN 100, CAN 102 et CAN 110. 11 d’entre eux ont été fouillés, ce qui tend à les sur-représenter. Mais 7 d’entre eux ne l’ont pas été (de CAN 14 à CAN 110). Sans surprise, il s’agit de grands domaines ruraux pour la plupart, d’une part parce qu’ils sont grands et donc plus d’artefacts remontent à la surface, d’autre part parce que les activités artisanales qui y étaient pratiquées laissent plus de traces que les simples habitations.
 
4.2. LES SITES
 
4.2.1. Définitions
 
4.2.1.1. DRACAR
 
La base DRACAR du Ministère de la Culture utilise comme définition du site archéologique un lieu défini dans l’espace de manière plus ou moins précise et qui présente au moins une occupation humaine passée, caractérisée par la présence de vestiges immobiliers et/ou mobiliers. Les fiches DRACAR recensent ainsi les sites et leurs occupations successives et décrivent leurs caractéristiques. Ce sont ces fiches qui ont d’abord servi de base à l’élaboration de mon inventaire. Toutefois, certaines fiches recensent des « sites globaux », à savoir qu’il ne s’agit pas d’un lieu défini mais plutôt d’un ensemble de découvertes en des points isolés qui font en fait partie du même site archéologique. C’est par exemple le cas de deux fiches, une classée dans Banassac, l’autre dans La Canourgue, qui récapitulent les acquis des recherches concernant les ateliers de production de la céramique sigillée. Les lieux-dits, les parcelles, les vestiges sont multiples et disséminés dans tout le village. Chacun a sa propre fiche, et les deux fiches de synthèse permettent de faire le lien entre elles. Elles recensent aussi les documents et la bibliographie afférents. Il ne faudra donc pas prendre en compte ces fiches dans la synthèse car elles risqueraient d’être comptabilisées comme un site supplémentaire alors qu’elles ne font que rappeler le lien entre les autres fiches concernant les ateliers.
 
4.2.1.2. PATRIARCHE
 
La base PATRIARCHE prend en compte les entités, c’est-à-dire les lieux comprenant des vestiges qui présentent un continuum chronologique et au plus deux interprétations différentes. Parfois, un site recensé dans la base DRACAR est donc « éclaté » en de nombreuses entités sous PATRIARCHE. Les tableaux d’équivalence entre les deux bases permettent de mieux cerner les différentes natures d’occupation d’un site et leur chronologie. C’est plus ou moins sous cette forme que j’ai créé ma propre base de données, avec quelques modifications.
 
4.2.1.3. Définition adoptée dans le catalogue
 
La définition adoptée dans le catalogue suit la définition de la base DRACAR, c’est-à-dire qu’une fiche recense toutes les occupations d’un même lieu, y compris si un même lieu présente un abri sous roche aménagé et une doline barrée, par exemple. Cela permet au lecteur de voir tous les éléments se trouvant sur le même lieu, et qui ont souvent fonctionné ensemble ; ce système facilite une compréhension spatiale du site, utile pour l’interprétation.
 
4.2.1.4. Définition adoptée dans la base de données
 
La définition du site utilisée dans ma base de données, qui n’apparaît pas vraiment dans le mémoire car c’est une des « faces cachées » du travail, est plus proche du système PATRIARCHE, qui me paraît plus adéquat pour cartographier les résultats et élaborer des statistiques. J’ai donc créé une fiche par entité, mais j’ai modifié les définitions de la base du Ministère. Chaque entité ne comprend qu’une interprétation et j’ai volontairement découpé les entités ayant un continuum chronologique en entités artificielles, classées par période. Par exemple, pour un site qui regroupe en un même lieu une nécropole ayant fonctionné sans discontinuité au Haut-Empire et au Bas-Empire et une voie ayant fonctionné au Haut-Empire, j’ai fait une fiche Nécropole Haut-Empire, une fiche Nécropole Bas-Empire et une fiche Voie Haut-Empire. Ces divisions artificielles permettent, à défaut de coller à la réalité historique, d’y voir plus clair et de cartographier très facilement, par exemple les nécropoles utilisées au Haut-Empire, les sites de hauteurs utilisés uniquement à la Protohistoire etc. Comme il est expliqué dans la partie consacrée à la base de données, deux rubriques à réponse fermée (oui/non) permettaient de savoir s’il y avait une réoccupation du lieu et/ou une réoccupation d’un seul des éléments du lieu (seule la nécropole est utilisée à deux périodes, la voie ne l’est pas mais le lieu est occupé sur les deux périodes). C’est cette base qui a servi à calculer les statistiques et à cartographier les sites.
 
Conclusion
 
Afin que le lecteur ne se perde pas dans les dédales de définitions, et pour toujours faire le lien avec les fiches de sites présentées en annexes, les tableaux de synthèse se réfèrent toujours aux codes de ces fiches-là. La base de données n’a donc servi qu’à mener une réflexion qu’elle a facilitée sous la forme choisie, et s’est ensuite effacée au profit d’une présentation plus simple des données.
 
4.2.2. La qualité des sites (site, indice)
 
Je n’ai distingué que deux niveaux de qualité : le site et l’indice de site.
Le site (BAN ou CAN + n° selon la commune) est défini par une concentration de vestiges assez bien délimitée dans l’espace et localisable précisément grâce aux coordonnées Lambert (données en Lambert III). Ces vestiges peuvent être immobiliers (murs, soles de fours, mosaïque en place…) ou mobiliers (céramiques, scories, tuiles…). La nature du site reste ensuite à préciser dans la typologie.
J’ai défini comme indices de sites (IND + n°) les éléments (écrits, dans la bibliographie ; oraux, lors des recueils de témoignages ; mobiliers ou immobiliers, trouvés sur place) qui permettent de penser qu’il y a un site enfoui, mais pour lesquels des précisions manquent : la localisation est approximative ; les artefacts sont trop peu nombreux pour déterminer la présence d’un site ; le lieu fait penser à un site mais il n’y a pas de preuve probante que l’homme a vécu là etc. J’ai intégré les objets isolés découverts fortuitement par les particuliers à cette rubrique car leur localisation m’avait souvent été donnée oralement ou pointée approximativement sur la carte.
Il fallait faire ce distinguo entre site et indice afin de donner plus de pertinence aux sites sûrs par rapport à ce qui l’était moins, sous peine d’inventorier tout et n’importe quoi comme étant un site, ce qui d’une part desservirait le travail de conservation des sites sûrs, et qui d’autre part ne faciliterait pas l’interprétation et par conséquent la synthèse. Les indices de sites sont listés à la suite des sites dans les fiches du catalogue car ils permettent parfois d’appuyer une hypothèse et de mieux comprendre les sites présents aux alentours. Ces indices n’ayant pas fourni assez d’éléments, ils ne peuvent être qualifiés de sites ; toutefois, nombre d’entre eux sont certainement des sites qu’il faudrait localiser plus précisément et dont il faudrait déterminer la nature, ce que le temps ne nous permettait pas de faire. En effet, mon travail devait au départ consister en la vérification de ces indices, afin de préciser leur emplacement, leur nature, leur chronologie. Mais vu l’opportunité que représentait l’inventaire des sites découverts par M. Pol Le Lay et les autres informateurs locaux, il m’a semblé plus efficace de m’occuper de ces sites et de délaisser momentanément lesdits indices, plus qu’approximatifs, l’objectif recherché étant bien sûr l’acquisition d’un maximum de données sur des sites sûrs, pouvant servir de base à la synthèse.
Les bruits de fond sous forme d’épandage de céramique moderne sont juste mentionnés dans les fiches de sites dans l’inventaire du mobilier (MED/MOD) ; étant donné qu’il y a vraiment peu d’épandage de ce type sur les sites étudiés dans ce mémoire, je n’ai pas vu l’utilité de créer une rubrique propre à cette pratique : je n’aurais pas eu de quoi la remplir…
 
4.2.3. Typologie des sites
                                  
4.2.3.1. Nature de l’occupation
 
On définit la nature d’une occupation d’après plusieurs paramètres : la surface des artefacts témoins, le mobilier et les structures mises au jour principalement. Sans oublier qu’un même site peut bien sûr combiner ces éléments, nous proposons de diviser au maximum les sites en catégories, afin de mieux en cerner les caractéristiques. On distingue ainsi :
 
v     les lieux d’habitation, surtout caractérisés par la présence de céramique quotidienne, hormis pour les périodes antérieures au Néolithique bien sûr.
 
v     les exploitations agricoles, définies par leur activité de mise en valeur des terroirs, et caractérisées par la présence de matériaux de construction, d’outils, de mobilier et de structures agraires (meule, amphores, autres récipients de stockage etc.)
 
v     les ateliers, bâtis ou en structure légère de plein air, définis par leur fonction de transformation d’une matière : atelier de production de la céramique, atelier de forge, atelier de réduction du minerai de fer, atelier de distillation de la résine, four de fabrication de la chaux etc.
 
v     les nécropoles, caractérisées par leur fonction funéraire et donc par les artefacts résultant de l’inhumation ou de l’incinération d’un défunt ou par une structure dont l’architecture est caractéristique (dolmens…)
 
v     les sanctuaires, définis par leur aspect sacré à l’époque de leur utilisation, plus difficiles à appréhender donc ; l’historiographie a souvent caractérisé de sanctuaires des structures qu’elle ne parvenait pas à analyser autrement. Nous les définirons par leur structure architecturale et le mobilier présent, mais c’est un point difficile car nombre d’édifices ont été dits cultuels grâce à la découverte de tel ou tel mobilier à l’intérieur, mobilier qui a parfois été dit cultuel parce qu’il avait été découvert dans tel ou tel édifice…
 
v     les enclos, les cabanes de bergers ont été définis par leur ressemblance avec les structures actuelles et par leur contexte géographique ; parfois la toponymie a donné des indices (La Gardette, La Lavagne…)
 
v     les fortifications sont définies par leur fonction défensive et non par leur aspect, sinon nous pourrions plus ou moins inventorier toutes les limites de parcelles comme étant des murs de protection…
 
v     les marqueurs du territoire ont été définis comme étant des sites qui ne nous semblaient pas avoir d’autre fonction probante que la fonction de bornage d’un espace. Nous n’avons donc pas comptabilisé dans cette catégorie les sites dont l’interprétation peut laisser penser qu’ils avaient aussi cette fonction (dolmens…)
 
v     les cheminements désignent les chemins, routes, voies, passages auxquels on reconnaît une fonction évidente de lien entre deux lieux, plus ou moins visible aujourd’hui. Ils sont définis par leur fonction de vecteurs d’hommes et/ou de marchandises.
 
4.2.3.2. Sous-groupes
 
A l’intérieur de ces catégories, on peut parfois préciser un peu plus les caractéristiques des sites et créer des sous-ensembles. Si ce n’est pas possible, on se réfèrera aux génériques définis ci-dessus : il vaut mieux être moins précis mais juste, plutôt que trop précis et faux…
 
v     les lieux d’habitation peuvent être en plein air, en grotte, en structure légère, en dur, permanents ou saisonniers. Il est bien sûr difficile de repérer précisément cela dès la prospection, et c’est parfois aussi le cas lors de la fouille. La plupart du temps, on exposera donc les hypothèses les plus probables tout en précisant les raisons de l’infirmation de telle ou telle autre thèse et les critères qui ont fait pencher la balance pour la solution choisie.
 
v     les ateliers correspondent à une fonction de production que nous avons pu préciser au vu des artefacts qui les caractérisent : scories de fer et charbons de bois pour les sites de réduction du minerai ou de forge, fragments d’urnes à résine pour les stations de résiniers, éléments de fours et moules pour les ateliers de potiers, structures calcaires et éléments de chaux pour les fours à chaux… Ils ne sont pas forcément accompagnés d’éléments de construction, preuve qu’ils n’étaient pas tous bâtis en dur, ni forcément associés à des habitations, preuve que les travailleurs devaient habiter ailleurs et être rattachés à une autre structure, à moins que les habitations elles-mêmes fussent en structure légère, ce qui semble peu probable ici à l’année en raison du climat mais qui pouvait l’être de façon saisonnière.
 
v     les nécropoles ont été prises ici dans leur sens large, à savoir un site avec au moins une tombe, afin de pouvoir comptabiliser un tumulus dans cette catégorie lors de l’élaboration des statistiques. Les nécropoles seront subdivisées d’après la structure du site (dolmen sous tumulus, dolmen sans son tumulus, tumulus à cavité centrale, tumulus sans cavité centrale, mausolée) et par pratiques funéraires (incinération, inhumation), chaque catégorie pouvant encore être précisée (tombes groupées, tombes apparemment isolées etc.)
 
v     les sanctuaires, espaces sacrés, peuvent être un simple enclos sacré, un temple construit (dont fanum), un lieu de culte chrétien (chapelle), éventuellement un dépôt interprété comme étant votif.
 
v     les enclos, les cabanes de bergers représentent une catégorie qu’il a fallu créer afin d’intégrer des sites dont on savait par comparaison avec l’époque actuelle qu’ils pouvaient avoir cette fonction. Nous n’avons pas systématiquement inventorié ces sites car certains ne peuvent, à mon sens, être comptabilisés comme étant des sites archéologiques à proprement parler : certains n’ont pas de preuve probante de l’aménagement par l’homme, d’autres ne semblent pas anciens. Ont donc été inventoriées les dolines aménagées par des murs de pierres sèches non épannelées, les enclos construits à proximité d’un site reconnu, les abris sous roches ou entre roches dolomitiques aménagés et/ou fermés par des murs. Il faut préciser que beaucoup de ces sites semblent liés du point de vue interprétatif à un site archéologique plus probant situé à quelques dizaines de mètres : ils apparaissent donc souvent sur les fiches de ces sites dans la partie Remarques ou Description des découvertes. Seuls les sites les plus probants ont été inventoriés à part entière avec leur propre fiche. Cela ne change rien du point de vue des statistiques car, rappelons-le, elles ont été effectuées à partir d’une définition du site qui permettait de distinguer toutes les entités archéologiques présentes en un même lieu. Il faut également préciser que cette catégorie n’est pas vraiment objective, à savoir qu’elle ne fait pas qu’intégrer des données descriptives mais qu’elle se base aussi sur notre appréciation intuitive du site et sur son contexte archéologique. Cela peut paraître subjectif, mais encore une fois, nous restons plus proches de la réalité en procédant de la sorte qu’en appliquant strictement les critères de distinction des sites. Nous verrons d’ailleurs qu’il est fort possible que ces sites soient très anciens et que certains continuent encore d’être utilisés ; ce sont donc de vrais marqueurs atemporels de la mise en valeur du terroir. Cette catégorie n’est donc pas du tout à négliger, contrairement à ce que l’on pourrait penser, d’autant plus que l’élevage est, rappelons-le, très important dans cette région.
 
v     les fortifications peuvent être de plusieurs types : les enceintes caractérisées principalement par leur forme ovoïde fermée, et les éperons barrés décrits comme étant des places fortes originalement protégées, associant une défense naturelle à une muraille barrant les accès non protégés naturellement. Dans un cas, il a été difficile de déterminer la nature du site, nous sommes donc restés prudents et nous sommes contentés de dénommer le site par le générique.
 
v     les marqueurs du territoire comprennent les bornes et les menhirs
 
v     les cheminements regroupent les tronçons de voies romaines reconnues, les tronçons de chemins anciens bordés de pierres plantées de chant et non épannelées, les passages dont il est plus difficile de dire s’ils ont été aménagés, mais dont on est sûr qu’ils étaient stratégiques, vu le relief et leur position relative vis à vis des sites reconnus, les drailles, les ruelles de village, les chemins bordés de murets de pierres sèches appareillées, les chemins dont on devine le tracé par observation des micro-reliefs mais dont on ne peut pas vraiment préciser la nature.
 
 
v     les exploitations agricoles ont été ainsi subdivisées :
 
-         A – les grandes villae qui gèrent un vaste territoire. Elles se caractérisent d’abord par leur surface très vaste, bien que celle-ci soit difficilement appréhendable : les sites découverts en prospection sont souvent à cheval sur plusieurs unités paysagères (champs labourés, landes), les sites fouillés ne l’ont été qu’en partie. Ces grandes villae présentent des signes ostentatoires de richesse et de confort (arrivée d’eau, bains parfois, hypocauste, mosaïque, colonne, enduit peint), des matériaux de construction en grand nombre (tegulae, moellons, mortier de chaux), des témoins d’une habitation (céramique quotidienne, céramique fine, sigillée), des témoins d’une activité agricole (récipients de stockage, amphores, meules), et d’activités artisanales (forge, réduction de minerai, four, urne à résine, pesons de métier à tisser, fusaïoles). Ils correspondent visiblement à l’association d’une partie résidentielle richement ornée (pars urbana) et de bâtiments à fonction agricole et artisanale (pars rustica) et devaient appartenir à une élite fortunée qui se faisait un point d’honneur à imiter le mode de vie à la romaine. Ces domaines pouvaient visiblement contrôler économiquement une vaste partie du territoire et être à la tête de sites satellitaires qui l’approvisionnaient en productions variées.
 
-         B - les petites villae, caractérisées par la présence d’une habitation, de fonctions de production et d’ateliers séparés qui témoignent de leur fonction de mise en valeur du terroir, sans toutefois faire preuve du même caractère ostentatoire. Moins grands, moins riches, il s’agissait certainement de domaines dont les propriétaires contrôlaient une bonne partie du territoire délaissé par les grandes villae, à moins qu’ils ne constituent un intermédiaire entre les pôles de réseau et les petits satellites. Ils faisaient toutefois preuve d’un certain confort (chauffage par hypocauste).
 
-         C - les fermes destinées à mettre en valeur le terroir situé directement à proximité du site. Elles se caractérisent par la présence d’une habitation en dur (TCA, moellons, mortier) et d’indices d’une activité agricole (meule, amphore, autres récipients de stockage) et parfois également artisanale (pesons de métiers à tisser)… Les différences principales entre les fermes et les villae B sont la surface, le nombre d’artefacts retrouvés et l’absence de tout signe de richesse ou de confort. Ces descripteurs peuvent d’ailleurs être nuancés : par exemple, l’élevage a parfois laissé peu de traces que le prospecteur peut retrouver en surface. Nous avons donc comptabilisé comme étant des fermes des sites ne présentant parfois que les premiers critères, à condition que l’emplacement du site et sa surface permettent de penser que nous avions bien là une exploitation agricole. Cela peut paraître subjectif, mais si l’on suit les descripteurs à la lettre, on sent bien que l’on s’éloigne de la réalité appréhendée sur place…Il a donc fallu s’adapter.
 
-         D- les fermes de tradition indigène sont les héritières des cabanes protohistoriques dont on sait qu’elles ont perduré au début de l’époque gallo-romaine, en témoignent la persistance des céramiques réductrices, la présence de tessons protohistoriques et de fragments typiquement gallo-romains et l’absence de construction en dur. En réalité, seule la toiture semble avoir adopté la mode romaine des tegulae et imbrices. Les superstructures n’ont pas laissé de traces et l’on peut supposer qu’elle n’étaient pas en moellons assisés.
 
Choix des descripteurs
 
Le choix des descripteurs permettant de classer les sites dans telle ou telle catégorie n’est pas simple.
En effet, aucun site ne présente les cinq traditionnels critères de richesse (MOS, HYP, COL, MAR, END).
Seul un site en présente quatre (BAN 10 : MOS, HYP, END et COL) ; d’ailleurs, un seul site présente du marbre (BAN 04) mais il s’agit des ateliers de potiers…
Deux sites présentent trois des descripteurs : BAN 05 et CAN 10. Le premier correspond encore une fois aux ateliers de potiers. CAN 10 été fouillé : il s’agit d’une riche villa.
Deux sites présentent toutefois deux de ces descripteurs : CAN 84 et CAN 182, visiblement de grands bâtiments ruraux, BAN 03 (four de potier) et CAN 03 (habitat groupé antique, fouillé).
Onze sites présentent un seul de ces descripteurs : BAN 07 et CAN 05 (COL), le premier étant un four de potier, le second une villa fouillée en partie et ayant livré des fragments de colonnes en calcaire et des dizaines de récipients de stockage ; CAN 37, CAN 100, CAN 102, CAN 110, CAN 118, CAN 135, CAN 164 (HYP). De même, un seul site ne présente que du marbre (BAN 04) et un de l’enduit peint (BAN 01), des fours de potiers également. On ne sait si cela correspond à une réoccupation tardive du site ou si ce sont les reliquats d’une riche villa située sous le village actuel…Etant donné la facilité d’extraction du calcaire en plaques sur le causse, dont les carrières sont encore exploitées aujourd’hui, on peut penser que le calcaire a pu remplacer le marbre. Après tout, il est d’ores et déjà plat, régulier, blanc et abonde aux alentours. Il en est de même des tesselles de mosaïque, en témoigne la découverte de petits cubes de calcaire d’1cm3 sur le site CAN 84.
 
On voit bien la complexité qu’il y a à faire un lien direct entre les descripteurs et la typologie des édifices, et le danger aussi : les ateliers de potiers seraient qualifiés de villae si on les trouvait en prospection, alors que de vraies villae passeraient pour de simples fermes possédant un chauffage…
 
 
On peut coupler à ces données une estimation de l’emprise au sol des sites, qui peut donner une idée de l’ampleur des édifices.
 
-                     BAN 10 : fouille ancienne, peu de données, mais présence de thermes
 
-                     BAN 05 : atelier de potier, peu de données sur l’emprise au sol (bâti)
-                     CAN 10 : les deux points extrêmes donnés par les archéologues sont distants de 230 m. En imaginant l’édifice au sol, dans le sens de la pente, on peut estimer la surface à 140 m par 160m, soit 22 400 m².
 
-                     CAN 84 : d’après nos ramassages de surface : 190 m par 120 m, soit 22 800 m²
-                     CAN 182 : peu de données, non labouré (lande, herbe, terre dure)
-                     BAN 03 : fouilles anciennes, atelier de potiers (bâti) : peu de données
-                     CAN 03 : habitat groupé gallo-romain, estimation sur la carte 19000 m²
 
-                     BAN 07 : ateliers de potier
-                     CAN 05 : d’après nos ramassages de surface : 120m par 100 m, soit 12000 m²
-                     CAN 37 : d’après les points extrêmes pris par les archéologues et par estimation sur la carte : environ 200 m sur 150 m soit 30 000m2
-                     CAN 100 : d’après nos ramassages de surface, environ 210m par 200m, soit 42 000m²
-                     CAN 102 : d’après nos ramassages de surface, environ 200m par 230m, soit 46 000m²
-                     CAN 110 : d’après nos ramassages de surface, environ 150m par 250m, soit 30 000m²
-                     CAN 118 : ensemble de stations de résiner, fer, chaux sur 300 m par 150m soit 45 000m²
-                     CAN 135 : d’après nos ramassages de surface, 130 m par 70m, soit 9100m²
-                     CAN 164 : données insuffisantes pour donner une surface
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Par Audrey Roche
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Mardi 2 octobre 2007

4

-         C – fermes : 19 (48,72 %)
 
v     CAN 11 (TCA, murs)
v     CAN 13 (MOEL, TCA, SG, AMP, murs)
v     CAN 14 (TCA, SG, MOEL)
v     CAN 18 (TEG, SG, MOEL)
v     CAN 24 (murs, TEG, GRI, MOEL)
v     CAN 26 (TEG, antéfixe isolée)
v     CAN 29 (TEG, AMP)
v     CAN 33 (TEG, MOEL, AMP)
v     CAN 34 (AMP, TEG, MOEL, MEU)
v     CAN 65 (murs, SG, SCO)CAN 41 (TEG, murs, SCO)
v     CAN 85 (SCO, AMP, SG, URN)
v     CAN 103 ( murs, TEG, TCA, SG, stockage)
v     CAN 106 (MOEL, BRI, puits)
v     CAN 130 (murs, MOR, TCA, CO, BRI, SCO)
v     CAN 132 (TCA, MOEL, MEU, stockage)
v     CAN 136 (TCA, murs, MEU, COX)
v     CAN 169 (MOEL, TEG, COX)
v      CAN 177 (BRI, COX, SIG)
v     CAN 182 (TEG, AMP, HYP sur clapas)
 
-         D - Fermes de tradition indigène, à structure semi légère (torchis et tuiles) : 6 (18,42 %)
v     CAN 19 (TEG)
v     CAN 25 (TEG)
v     CAN 170 (COX, SG)
v     CAN 87 ( PRO, AMP, MEU, BRI, COX)
v     CAN 157 (SCO, stockage, COX)
v     CAN 178 (TEG)
v     CAN 179 (TEG)
4.2.2. Résultats
 
4.2.2.1. Représentativité et pertinence des sites choisis pour la synthèse
 
Les sites connus de longue date correspondaient avant tout à une carte de la recherche et les concentrations de sites n’étaient donc pas à prendre comme des pôles d’un quelconque réseau mais juste comme une zone où l’activité des chercheurs, amateurs ou professionnels, avait été très intense. De même, les vides se calquaient souvent sur une zone où peu d’études avaient été effectuées (forêts, lande), parce que difficiles d’accès, mais aussi parce ces espaces sont aujourd’hui désertés et que l’on a tendance à penser qu’il en a toujours été ainsi. Or, ce n’est pas le cas. Il y a ne serait-ce qu’un siècle, le causse était habité de nombreux petits hameaux abritant deux ou trois familles qui chacune gérait de grandes étendues nécessaires à leur quotidien, vu la rigueur du milieu. On peut donc penser que les périodes antérieures ont pu connaître une telle gestion du territoire.
 
Nos données sont issues de méthodes d’investigations tout à fait différentes : prospections, fouilles, découvertes fortuites, témoignages oraux, découvertes anciennes mal localisées etc. ; elles sont donc peu comparables en l’état. Toutefois, un énorme de travail a été effectué par Pol Le Lay, sans qui ce mémoire n’aurait absolument pas eu la même physionomie. Il a inlassablement parcouru la commune de La Canourgue, en particulier la partie caussenarde, ce qui rend, à mon sens, nos données très fiables. En effet, loin d’appliquer la triste habitude des archéologues qui consiste à déclarer non prospectable une parcelle peu lisible, il s’est toujours attaché à passer partout sans a priori : champs, prairie, landes, forêts, villages, hameaux abandonnés, buttes envahies par les ronces… Lors de nos vérifications, nous avons systématiquement arpenté le territoire selon ce parcours très complet qui permet de se rendre compte du milieu et de l’environnement des sites. Il apparaît que la végétation et le relief tourmenté ne sont en aucun cas des facteurs perturbant la découverte d’un site ; en revanche, ces éléments peuvent parfois en gêner la lecture précise (structure, étendue…). L’approche spatiale volontairement diachronique et ouverte du sujet permettait d’intégrer des données aussi variées que le contexte géographique, la présence de l’eau, l’altitude, ainsi que toute particularité remarquable. Nous avons ainsi relevé un maximum d’informations sur place ainsi que pris des centaines de clichés des sites, mais aussi de leur environnement (relief, puits, végétation actuelle, insertion dans un réseau visuel de sites pouvant être contemporains etc.). Toutes ces petites informations apparemment anodines ont en réalité eu une grande importance quant à la réflexion sur l’histoire particulière du peuplement de cette région. Les données du catalogue, tant les fiches de sites et d’indices de sites que les rubriques plus pointues ont donc leur utilité et sont dans la mesure du possible intégrées à la synthèse. Celle-ci, qui se veut un aperçu microcosmique de ce que l’on pourrait s’attendre à trouver si l’on menait un travail similaire sur la totalité du Causse, dépend donc entièrement de la rigueur de ce travail d’inventaire.
Etant donné le nombre de sites anciens et nouveaux et leur variété, le corpus me semble suffisant pour établir des statistiques qui donnent un état des lieux à un moment donné des connaissances archéologiques sur un territoire représentatif d’un milieu.
 
Tous les sites inventoriés ne sont pas appelés à être intégrés à la synthèse. En effet, il faut distinguer inventaire systématique des sites archéologiques d’un territoire et constitution d’un corpus destiné à répondre à une problématique. L’inventaire est un moyen de se constituer un corpus de base, mais n’est nullement une fin en soi. Deux fiches peuvent d’ores et déjà être supprimées, celles correspondant aux sites globaux de DRACAR ( BAN 04 et CAN 01), comme nous l’avons déjà expliqué plus haut.
 
D’autres sites ne seront pas directement exclus de la synthèse mais seront traités plus succinctement ; il s’agit des sites qui n’entrent pas dans le cadre chronologique du sujet, qui traite de la période comprise entre le Mésolithique et le haut Moyen Age : il faut donc exclure d’une étude plus approfondie les sites du Moyen Age médian et du Bas Moyen Age, qui demanderaient de consulter d’autres sources, en particulier écrites, pour être correctement cernés. Il s’agit des sites BAN 15 et BAN 16.
 
Enfin, ont été exclus d’une étude détaillée les indices de sites présents en annexes. J’ai pris le parti de ne faire appel à eux que si le besoin s’en fait sentir, pour appuyer une hypothèse ou mieux comprendre un site reconnu situé tout près. Etant donné le temps imparti, il n’est pas possible de traiter en plus des 203 sites reconnus les 53 indices de sites. De plus, l’incertitude qui règne autour de ces indices ne ferait que décrédibiliser la synthèse. Un tableau récapitulatif permet toutefois de voir leurs caractéristiques.
 
4.2.2.2. Résultats
 
Chronologie établie à partir des occupations
 
Sur la base de 324 occupations, 12 % sont préhistoriques, 22 % sont protohistoriques, 42 % sont gallo-romaines, 24 % sont médiévales.
 
19 % des sites du corpus sont occupés à la Préhistoire.
 
35 % des sites du corpus sont occupés à la Protohistoire.
 
67 % des sites du corpus sont occupés à la période gallo-romaine.
           
38 % des sites du corpus sont occupés au Moyen Age.
 
NB : le total dépasse largement 100% car de nombreux sites sont occupés à plusieurs périodes.
 
Spécificité de la chronologie
 
On remarque une nette représentation de la période gallo-romaine, ce qui n’est pas exceptionnel. En revanche, ce qui est plus original, c’est la part assez grande des sites occupés à la Préhistoire (1/5) et des sites occupés à la Protohistoire (1/3). L’occupation pré-romaine semble avoir joué un rôle très important dans le peuplement de ce territoire. La présence de l’homme dès le Mésolithique et la mise en place de réseaux d’habitats protohistoriques ne sont pas étrangers à la structuration de l’espace qui ne naît donc pas ex nihilo à la période suivante. La bonne représentation des sites occupés au Moyen Age (plus d’1/3), qui doit encore être augmentée des sites non présents dans le corpus (églises, châteaux…) montre que le causse n’est absolument pas déserté à cette époque. On peut d’ailleurs faire la remarque qu’ils se situent pour la plupart non loin des hameaux encore habités ou désertés depuis la Révolution industrielle.
 
Nature de l’occupation
 
Généralités 
 
98 sites sur 203 présentent apparemment une habitation, soit 48,3 %.
78 sites sur 203 présentent une activité artisanale, soit 38,4 %.
48 sites sur 203 sont des établissements ruraux à vocation agricole au sens large, soit 23,6%.
56 sites sur 203 sont des lieux de sépulture, soit 27,6%.
23 sites sur 203 présentent une activité pastorale (enclos, cabane), soit 11, 33%.
10 sites sur 203 sont fortifiés, soit 4, 9%.
7 sites sur 203 peuvent être interprétés comme des lieux de culte, soit 3,45 %
23 sites sur 203 présentent un tronçon d’ancien chemin, soit 11,33%.
 
Ces quelques statistiques font apparaître une forte prédominance de l’artisanat. Il faut dire que c’est le type d’occupation qui laisse le plus de traces pérennes (scories, urnes à résine…) alors que le pastoralisme, qui en laisse peu, est tout de même bien représenté. L’altitude moyenne des sites est de 790 m. La majorité des sites semble donc plutôt se localiser sur le plateau.
 
Les habitations
 
Leur altitude moyenne est de 766 m.
 
Parmi les 98 habitations, on en compte
-         5 préhistoriques, soit 5,10 %
-         17 protohistoriques, soit 17,35 %
-         58 antiques, soit 59,18 %
-         18 de la fin de l’Antiquité ou du Moyen Age, soit 18,37%
 
Au premier abord, il semble y avoir une progression lente mais bien nette à la Protohistoire, puis un essor du peuplement à la période gallo-romaine et enfin une concentration des habitants en un nombre restreint de lieux à la fin de l’Antiquité et au haut Moyen Age. Il faut toutefois nuancer ces conclusions : la période gallo-romaine est légèrement surreprésentée car elle est mise en exergue par la forte concentration de tegulae et de matériaux très facilement repérables dans un milieu a priori peu propice à la prospection. De même, l’Antiquité tardive et le haut Moyen Age sont certainement sous-représentés à cause de notre méconnaissance de la céramique propre à cette période. Enfin, il ne faut pas oublier que les données issues de la prospection, au contraire de la fouille, ne nous permettent pas de distinguer les différentes phases d’occupation d’un site avec certitude : au lieu de nous livrer les vestiges les uns après les autres dans l’ordre anti-chronologique, la prospection nous les révèle tous sur le même plan, à la surface. Toutefois, le nombre de sites est à mon avis suffisamment élevé pour que des approximations de datation aient un gros impact sur les statistiques.
 
L’altitude moyenne
 
-         des habitations préhistoriques est de 654 m
-         des habitations protohistoriques est de 824 m
-         des habitations gallo-romaines est de 777 m
-         des habitations de la fin de l’Antiquité et du haut Moyen Age est de 776 m
 
Ce constat fait apparaître ce que l’on avait effectivement remarqué sur le terrain : les hommes de la Préhistoire se sont d’abord installés dans les grottes situées à mi pente des falaises karstiques qui présentent des cavités accueillantes, à mi chemin entre le plateau et la vallée. La Protohistoire voit ses habitants se percher sur des hauteurs la plupart du temps fortifiées alors que la période gallo-romaine va stabiliser cette fluctuation pour longtemps, en témoignent les altitudes similaires des habitations antiques et du haut Moyen Age, et coloniser le plateau, sans pour autant abandonner les vallées. En effet, 20% des sites sont situés à une altitude inférieure à 630 m. Il faudra attendre la Révolution industrielle et même parfois le XXe siècle pour que le causse soit déserté au point d’avoir une densité inférieure à 5 hab./Km².
 
L’activité artisanale
 
Les sites qui présentent au moins une activité artisanale ont une altitude moyenne de 780 m. Mais ce nombre recouvre en fait deux réalités opposées : 11 sites liés aux ateliers de production de la céramique sigillée ont une altitude moyenne de 552 m et deux ateliers de débitage de silex préhistoriques ont une altitude moyenne de 532 m. Ils sont donc installés dans la vallée encaissée. En revanche, les autres sites ont une altitude moyenne de 835 m, plus proche de la réalité ; ils se situent sur le causse, au plus près des ressources.
Dans le détail, les sites liés à l’extraction de la résine se situent en moyenne autour de 819 m d’altitude, les sites alliant extraction de la résine et fabrication du fer ont une altitude moyenne de 829 m, les sites de fabrication de la chaux une altitude de 833 m, les sites de fabrication du fer une altitude de 843 m et l’unique site alliant extraction de la résine et four à chaux se situe à 851 m d’altitude. On a souvent pu remarquer sur le terrain que les sites de production du fer étaient souvent installés sur une petite butte, un promontoire, un site un peu plus élevé offrant plus de prise au vent car la température exigée lors de l’opération de réduction devait requérir le maximum de tirage.
Il est à noter qu’à dix mètres près, l’altitude moyenne des sites de production artisanale correspond à l’altitude moyenne des habitations antiques et alto médiévales.
 
Parmi les sites ayant livré des vestiges de la fabrication de la poix, 50 % étaient bâtis en dur et 50 % étaient faits de structure légère. Ce constat soulève deux questions. Le premier problème, c’est que le second pourcentage se base sur une absence de vestiges, ce qui peut être dû aux conditions de taphonomie mais aussi aux conditions de prospection. Le second problème, c’est ce qu’il faut comprendre de ces statistiques. Ce que l’on peut déjà dire, c’est que ces sites étaient effectivement associés une fois sur deux à un bâti, mais cette catégorie inclut les établissements ruraux qui présentent une activité artisanale, ce qui grossit leur nombre. On peut ajouter que l’autre moitié, constituée de matériaux légers, était celle qui était au plus près des ressources, alors que les fermes construites devaient assurer d’autres fonctions.
 
Pour ce qui est des sites de fabrication du fer, on note que 54,3 % d’entre eux sont associés à du bâti, 34,3 % sont apparemment en structure légère, et - particularité ? - 11,4 % se situent dans des abris sous roche ou entre des roches dolomitiques. Ce dernier cas pose problème, en particulier en ce qui concerne le vent qui est, par définition, absent de ce type d’abris. On peut se demander si les scories n’auraient pas été déplacées longtemps après… Dans l’hypothèse de grottes ayant servi de lieu de fabrication du fer, on peut s’interroger sur la chronologie mais rien ne permet à ce jour d’en dire plus.
Pour ce qui est des sites de fabrication du fer bâtis en dur, le problème est aussi de savoir si on a là un site de réduction établi de façon permanente ou un habitat rural qui possédait une forge. Il faut noter qu’on a trouvé sur presque tous les sites ayant livré des scories du grès ferrugineux ou des nodules de minerai de fer figés en train de fondre, ce qui ferait plutôt penser à des sites de réduction du minerai très répandus. Il est possible que l’on ait affaire à des sites de réduction associés à un habitat en dur tout proche ou à des sites de réduction situés directement à l’intérieur d’un petit domaine.
Les sites livrant à la fois des vestiges de la fabrication du fer et de la fabrication de la résine donnent 55 % de sites en dur contre 45 % en structure légère. Il semblerait donc que nous soyons là face à des établissements en dur spécialisés dans la production artisanale basée sur les diverses ressources locales.
Cela va à l’encontre du cliché habituel qui fait de tous ces sites de petites structures légères. On peut toutefois nuancer cette conclusion car il est possible que les différents sites ne soient que des de sites occupés successivement après épuisement des ressources les plus proches. Dans ce cas, nous aurions peut-être un premier atelier en dur, puis les ateliers légèrement postérieurs seraient déplacés au plus près des matières premières au fur et à mesure de la production, les familles continuant d’habiter la structure en dur située à quelques dizaines de mètres de là. Il est facile de construire un four plus loin, il l’est moins de déplacer toute une maison… Toutefois ceci est à nuancer. Les artefacts ne nous permettant pas d’en dire plus sur la chronologie, il pourrait s’agir d’un groupement de personnes ayant le même habitat mais plusieurs petits ateliers installés en bordure de clairière au plus près de la forêt…
 
Les sites liés à la fabrication de la chaux ne sont identifiables en l’état qu’aux vestiges de fours à chaux. Quinze fours ont été inventoriés, tous des sites nouveaux, qui se situent à chaque fois dans certaines zones, telles des petits bassins de production de la chaux. Il n’est pas rare de voir ces fours apparaître à un moment donné pour fournir à un chantier la matière nécessaire à la fabrication du mortier. Toutefois, la multiplication répétée de ces fours en certains endroits stratégiques et déjà occupés par les activités artisanales citées ci-dessus, et à la même altitude, font penser qu’on a peut-être là affaire à une tradition artisanale d’exploitation de la pierre calcaire.
 
Les établissements ruraux
 
Ces établissements sont dits agricoles au sens large parce que tous n’ont pas forcément livré de vestiges d’une quelconque activité primaire, mais plutôt des vestiges d’une activité artisanale même si l’on se doute, au vu de leur contexte géographique, qu’ils devaient mettre en valeur les champs et dolines des alentours et également vivre du pastoralisme. Les 48 sites ont une altitude moyenne de 820 m, dont 800 m pour les villae et 827 m pour les autres établissements ruraux. Cette différence ne me semble pas très significative : les quelque villae découvertes dans la vallée font en fait baisser l’altitude moyenne des villae, alors que peu d’établissements ruraux simples ont été mis au jour sur les coteaux de Banassac-La Canourgue. Il faut dire que personne ne les a cherchés là : les recherches précédentes se sont cantonnées soit aux ateliers de production de la sigillée dans la vallée, soit aux sites du causse. Nous-mêmes avons privilégié les plateaux à leurs franges. Il ne faut donc pas s’étonner de ces résultats.
L’autre remarque que l’on peut faire, c’est que les établissements ruraux ont une altitude légèrement plus haute de 20 m par rapport aux habitations antiques et alto médiévales en général. De plus, les établissements ruraux de toutes tailles ayant livré des traces d’artisanat se situent encore un peu plus hauts, à 833 m d’altitude.
 
On a donc un léger étagement qui apparaît ici, sans que l’on puisse forcément en tirer des conclusions :
 
-         habitations en général : 800 m
-         villae : 800 m
-         établissements ruraux en général : 820 m
-         établissements ruraux plus petits : 827 m
-         établissements ruraux avec activité artisanale : 833 m
 
A titre d’hypothèse, on peut penser que les agriculteurs et artisans au sens large se sont installés au plus près des ressources, ce pourquoi les fermes sont installées sur le plateau, tout comme les fermes avec production artisanale, qui avaient la nécessité d’être construites près de la forêt. En revanche, les villae, qui se chargeaient plutôt de centraliser cette production et de la redistribuer, avaient tout intérêt à s’implanter près des axes de communication et à égale distance des sites qu’elles contrôlaient, pour un meilleur rendement. Il n’était pas de leur préoccupation d’être au plus près de telle ou telle ressource, mais plutôt de maîtriser les productions diverses et variées d’un terroir, entre plateau et vallée.
 
Les nécropoles ( sur 55 sites bien renseignés)
 
Elle se situent en moyenne à 823 m d’altitude.
 
Parmi les tombes recensées, on peut distinguer :
 
-         les 3 grottes sépulcrales (CAN 44 ; CAN 45 ; CAN 56) avec pour altitude moyenne 851 m, les deux premières étant plutôt autour de 940 et la dernière à 670 m.
-         les 12 dolmens avec ou sans leur tumulus (BAN 13 ; BAN 14 ; CAN 17 ; CAN 47 ; CAN 48 ; CAN 49 ; CAN 50 ; CAN 52 ; CAN 53 ; CAN 54 ; CAN 57 ; CAN 62) avec pour altitude moyenne 850 m, dont 2 à plus de 900 m, 2 en dessous de 730 m, la majorité étant entre 820 et 885 m.
 
 
-         les 25 tumuli (CAN 16 ; CAN 63 ; CAN 64 ; CAN 66 ; CAN 20 ; CAN 58 ; CAN 67 ; CAN 72 ; CAN 93 ; CAN 94 ; CAN 96 ; CAN 97 ; CAN 98 ; CAN 99 ; CAN 104 ; CAN 105 ; CAN 134 ; CAN 181 ; CAN 142 ; CAN 154 ; CAN 155 ; CAN 160 ; CAN 159 ; CAN 161) avec pour altitude moyenne 854 m.
 
-         les mausolées (BAN 12, incinérations), à 533 m d’altitude.
 
-         les sites de tombes en dalles, sarcophages et tombes rupestres au nombre de 14 (BAN 06 ; BAN 08 ; CAN 04 ; CAN 05 ; CAN 08 ; CAN 21 ; CAN 22 ; CAN 23 ; CAN 30 ; CAN 34 ; CAN 36 ; CAN 38 ; CAN 55 ; CAN 59). Ils ont pour altitude moyenne 699 m. Ils datent pour la plupart de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Age.
 
On notera l’importance des découvertes d’inhumations sous tumulus. Toutefois, il ne s’agit pas de se baser sur ces statistiques pour ébaucher une synthèse sur les pratiques funéraires. D’une part, chaque construction est propre à une période et à une culture ; d’autre part, les tumuli sont bien représentés parce qu’on les a inventoriés un à un, ce qui n’est pas le cas pour les nécropoles plus récentes qui ont souvent été inventoriées dans la bibliographie ancienne comme étant un site et non comme étant autant de sites que le cimetière compte de tombes. Ces statistiques ne veulent donc pas dire que l’inhumation sous tumulus était majoritaire et que les grottes sépulcrales sont inexistantes ou presque, mais que l’on a trouvé plus de tumuli que de grottes.
On peut d’ores et déjà remarquer que les nécropoles préhistoriques sont haut perchées alors que les lieux de vie de la population le sont relativement moins. Ceci est à nuancer toutefois, car il est rare de trouver une habitation préhistorique en plein air, surtout à cette altitude et avec cette érosion…Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y en avait pas.
En revanche, les hommes de la Protohistoire vivaient sur le causse et enterraient leurs morts sur le causse également. Il y a donc changement de relation entre le lieu des vivants et le lieu des morts, mais il y a pérennité de l’utilisation du plateau comme lieu de sépulture, même si les pratiques funéraires évoluent.
Les sépultures des périodes suivantes perdent de leur hauteur et se retrouvent même à une altitude inférieure à celle des lieux de vie. Il faut dire que les nécropoles de Banassac font baisser la moyenne des altitudes puisqu’elles se situent au fin fond de la vallée. De plus, les pratiques chrétiennes qui préconisent l’inhumation ad sanctos n’y sont pas pour rien.
 
Les sites liés au pastoralisme
 
Les sites ayant livré une occupation liée au pastoralisme sont au nombre de 23 (CAN 07, CAN 56, CAN 71, CAN 74, CAN 75, CAN 76, CAN 77, CAN 78, CAN 79, CAN 80, CAN 81, CAN 86, CAN 88, CAN 115, CAN 140, CAN 143, CAN 144, CAN 146, CAN 147, CAN 148, CAN 151, CAN 153, CAN 162)
On peut ainsi citer les abris sous roche aménagés en bord de doline elle-même barrée comme c’est le cas des abris du Mazel, ou les grottes associées à des enclos situés non loin et supposés anciens (grotte des Balmes, grotte du Montet) et les enclos situés en bordure directe de la draille (enclos des Cheyrouses). Nous n’avons pas inventorié comme sites les lieux-dits dont la toponymie atteste de la pratique de la transhumance s’ils n’avaient pas livré de vestiges visibles. Mais on peut citer les toponymes parlants de « La Gardette », « Las Bastiolos », « La Lavagne » qui témoignent certainement de stations de repos lors de la montée en pâture. Ces sites, qui n’ont pas livré, il est vrai, de vestiges très impressionnants, sont en fait ceux qui ont à mon sens le plus d’importance en matière d’économie locale car ce sont les seuls et uniques vestiges immobiliers encore visibles des traditions pastorales. La plupart sont d’ailleurs situés en des endroits toujours occupés au siècle dernier, preuve de la pérennité de l’occupation de ces aires de repos (Les Cheyrouses, Le Mazelet, La Lavagne…)
 
Les sites fortifiés
 
Nous avons également inventorié 10 sites apparemment fortifiés (BAN 08, CAN 06, CAN 27, CAN 39, CAN 43, CAN 101, CAN 135 peut-être, CAN 140, CAN 145, CAN 153). Nous avons effectivement retrouvé des murs très épais, parfois en élévation à hauteur d’homme pour certains. Le problème, c’est que la fonction défensive de certains laisse à désirer, comme en témoigne le mur de CAN 135 dont on ne comprend pas ce qu’il protégeait. Peut-être s’agissait-il là de la délimitation du territoire d’un domaine ? Les autres sites paraissent avoir réellement été protégés. Certains sont des enceintes (Puech Redoun) mais pour la plupart il s’agit d’éperons barrés (Clapas-Castel, Lou Clapio, Plo de Coustous, Lou Puech des Cades…) d’autres ne sont pas déterminables en raison de la végétation envahissante et des nombreux murs de parcelles qui s’y sont rajoutés (Beauregard-Bas). La plupart des sites fouillés montrent la présence de cases en pierres sèches accolées aux murailles. Ces sites ont été habités à plusieurs périodes : à la Protohistoire, bien sûr, durant laquelle ils ont été bâtis, mais aussi à l’Antiquité tardive et au haut Moyen Age comme Clapas-Castel. Il est indéniable que ces sites témoignent d’une volonté de se mettre à l’abri d’un danger et de protéger les intérêts de la communauté. Etant donné la richesse des ressources dont disposaient les habitants du Causse, peut-être avaient-ils tout intérêt à se protéger… Enfin, on remarquera que l’eau n’est jamais bien loin.
 
Les lieux de culte
 
Sept sites inventoriés ont été interprétés comme comportant une activité cultuelle : BAN 11, qui pourrait être une ancienne chapelle, BAN 12, qui pourrait être un mausolée, CAN 03, qui comportait un fanum, CAN 08 qui se situe dans la chapelle Saint-Frézal, CAN 21, dont la fouille ancienne n’a pu préciser s’il s’agissait d’un mausolée ou d’une chapelle, CAN 109, dont on ne sait s’il s’agit là des vestiges d’un temple ou d’un calvaire, et CAN 150 qui était visiblement un dépôt d’une statuette de Mercure dans des fragments d’urne à résine. Ces vestiges témoignent de la diversité des cultes locaux. Certains sites attestent de la vivacité des cultes antiques, d’autant plus que nous n’avons pas pris en compte l’existence des laraires privés. D’autres sites sont clairement à rattacher à la religion chrétienne. Il est à noter que ces derniers sont souvent implantés sur les anciens sites païens, comme la chapelle Saint-Frézal qui aurait été installée sur un ancien lieu de culte de l’eau, juste au pied du plateau qui conserve les ruines d’un éperon barré et d’une nécropole tumulaire. De même, on pense que l’église de La Canourgue, héritière de l’abbaye, a été implantée sur le site d’un temple antique dont on conserve les colonnes monumentales. Enfin, nombre de vestiges antiques ont été christianisés, en témoignent les calvaires implantés sur les cippes (Saint-Frézal) et les pérennités de certaines nécropoles (Banassac).
 
Les réseaux viaires
 
Enfin, 23 sites présentent un tronçon de chemin ou de voie. C’est un des problèmes majeurs de ce sujet, qui devrait normalement comprendre une synthèse sur les réseaux viaires. Or, il existe des dizaines de chemins et cheminements sur le Causse qu’il est pour l’instant impossible d’interpréter. En effet, voies, chemins et passages naturels sont soit recouverts par les routes actuelles, étant donné qu’ils suivent le relief, soit ils sont abandonnés au milieu de la forêt ou recouverts par la lande qui a repris ses droits… Il est donc difficile de les appréhender.
En l’état des connaissances, ce que l’on peut dire, c’est que nombre de ces chemins sont très anciens. En effet, certains sont bordés de pierres de chant non épannelées et flanquées de tumuli et de mégalithes. D’autres sont pavés, comme la Jasse de Rascalon, située 800 m au sud de l’habitat groupé de Ron de Gleiso/Cadoule. On a pu remarquer que ces cheminements reliaient les principaux sites protohistoriques et antiques, et qu’ils présentaient toujours des points d’eau régulièrement. Ces sites n’ont pas forcément été inventoriés en fonction de la présence d’un chemin. Il se peut que la mention de la voie se trouve sur la fiche du site archéologique qui lui est directement rattaché. Ces sites sont CAN 04, CAN 12, CAN 34, CAN 36, CAN 40, CAN 60, CAN 80, CAN 81, CAN 86, CAN 89, CAN 90, CAN 91, CAN 92, CAN 95, CAN 100, CAN 102, CAN 110, CAN 117, CAN 131, CAN 133, CAN 145, CAN 162, BAN 10.
 
 
         5. HISTOIRE DE LA MISE EN VALEUR D’UN TERROIR
 
            5.1. UN ESPACE REPUTE CONTRAIGNANT QUI ATTIRE POURTANT LES HOMMES DEPUIS LE MESOLITHIQUE…
 
5.1.1 La Préhistoire : une présence décisive
 
5.1.1.1. Les sites
 
Les sites concernés sont : BAN 12, BAN 13, BAN 14, BAN 18, CAN 07, CAN 14, CAN 17, CAN 40, CAN 42, CAN 43, CAN 44, CAN 45, CAN 46, CAN 47, CAN 48, CAN 49, CAN 50, CAN 52, CAN 53, CAN 54, CAN 55, CAN 56, CAN 57, CAN 62, CAN 71?, CAN 75?, CAN 76?, CAN 77?, CAN 86?, CAN 88?, CAN 143?, CAN 144?, CAN 146?, CAN 147?, CAN 148?, CAN 151?, CAN 162?, CAN 174?, CAN 175?.
Les sites suivis d’un point d’interrogation sont ceux dont la présence des hommes à la Préhistoire n’y est pas attestée mais supposée (grottes aménagées etc.). Nombre des sites sûrs sont soit des grottes fouillées, soit des mégalithes.
 

Par Audrey Roche
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Mardi 2 octobre 2007

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5.1.1.2. L’organisation du territoire
 
Nous l’avons vu, la présence humaine est attestée ici dès le Mésolithique. Il faut dire que les grottes, qui proposent un abri, une vue sur la vallée, une carrière d’argile, de l’eau sont nombreuses à mi-pente des falaises karstiques. Cette situation privilégiée, à 650 m d’altitude en moyenne, permet de faire aisément le lien entre la vallée et le causse, deux milieux particulièrement complémentaires.
Au Néolithique, l’homme se fixe peu à peu. Toutefois, dans une région qui se fait un point d’honneur à pratiquer la transhumance, le semi-nomadisme est de rigueur, obligeant l’homme à prévoir ses déplacements et à organiser l’année.
Nous avons relevé, lors de nos prospections, la présence de nombreux abris aménagés avec des pierres non épannelées, en bord de doline fermée elle-même par des murets de pierres sèches, ou présentant des enclos situés non loin (Abris du Mazel, Grottes des Balmes). Les dolines sont, sur le plateau, les seuls endroits s’offrant sans mal aux cultures, sans compter qu’elles sont à l’abri du vent. Il est bien sûr difficile de proposer une datation de ces structures, dont on se doute bien qu’elles ont été occupées à toutes les époques, ne serait-ce que par les bergers ; nous sommes ici dans une région où les drailles abondent, ne l’oublions pas. Les avens-grottes ont ainsi pu être utilisés comme citernes et comme habitats temporaires dans le cadre d’un semi-nomadisme. Celui-ci engendre un partage du temps entre les vallées et les plateaux. Les mouvements des troupeaux sont facilités par l’existence de passages naturels entre les plateaux au niveau des pentes douces, comme on a pu le remarquer à la grotte de La Roquette. La transhumance devait déjà exister à l’Age du Bronze, et même avant, car elle est nécessaire au renouvellement de la pâture des animaux. J. Galtier mentionne ainsi douze drailles (Galtier 1971) et les auteurs se sont souvent essayé à montrer l’ancienneté de ces drailles en remarquant la grande densité des mégalithes à leurs abords (ibid. ; Maury 1967).
Nous avons également pu remarquer le fort rôle joué par le milieu, présence de l’eau et utilisation du relief en particulier. Enfin, il faut noter que nombre de sites préhistoriques seront réutilisés par la suite, donnant par là même une preuve de l’importance de la présence de l’homme à la Préhistoire pour le peuplement de ce milieu.
En revanche, les études paléo-environnementales montrent que l’impact de l’homme sur le milieu n’est vraiment important qu’à partir de l’Age du Bronze. Cela ne veut pas dire que l’homme du Néolithique n’a pas modifié son environnement mais que les modifications qu’il a faites ne sont pas assez importantes pour que des artefacts en témoignent dans les échantillons analysés.
En ce qui concerne les échanges, des auteurs affirment l’ancienneté des échanges entre le Quercy et les Grands Causses dès le Néolithique final, comme le montre la présence dans les dolmens du Quercy de parures typiques du groupe des Treilles (Thauvin-Boulestin 1998). On se doute que les drailles ont joué un important rôle dans ces échanges, comme l’atteste la densité incroyable de mégalithes situés le long de ces grands chemins.
Pour ce qui est des pratiques funéraires, de nombreux dolmens ont été construits au Chalcolithique et tous se trouvent sur des plateaux calcaires, c’est la « Loi du calcaire » (P. Temple 1936). Ces sépultures collectives sont fréquemment réutilisées. Ces monuments étaient inclus dans un tumulus de 4 à 8 m de diamètre et dépassent rarement 0,80 m de hauteur. Les chambres sont à peu près orientées est-ouest. Ces monuments sont placés à des endroits d’où ils étaient facilement visibles (col, plateau, ligne de crête, replat…) comme au Montet, sur la côte de la Galline etc. On remarquera, comme l’ont fait beaucoup d’auteurs, l’étrange concentration de mégalithes en bordure des drailles caussenardes. Enfin, les grottes sépulcrales sont nombreuses au Chalcolithique et continuent à être utilisées par la suite, comme la petite grotte de la Roquette. Il est à noter en matière de pratiques funéraires un choix délibéré d’implanter les tombes sur des hauteurs, en témoigne l’altitude moyenne des dolmens, supérieure à 850 m, alors que les sites habités se situent allègrement 200 m plus bas.
Pour conclure, la présence des hommes à la Préhistoire s’avère en réalité décisive : début de mise en valeur du milieu, mise en place de réseaux d’échanges, stratégie d’occupation du territoire et conservation de la tradition du semi-nomadisme font de cette période un jalon important dans l’histoire du peuplement des Causses. Ceci est d’autant plus vrai que nombre de ces sites sont réoccupés, en particulier ceux qui font l’originalité de cette période : grottes et tombes mégalithiques.
 
5.1.2. La mise en place de réseaux stratégiques dès la Protohistoire
 
5.1.2.1. Les sites
 
Les sites concernés sont : BAN 08, CAN 03, CAN 06, CAN 07, CAN 08, CAN 16, CAN 17, CAN 20, CAN 27, CAN 39, CAN 40, CAN 42, CAN 43, CAN 46, CAN 51, CA    N 55?, CAN 58, CAN 63, CAN 64, CAN 66, CAN 67, CAN 68, CAN 69, CAN 71?, CAN 72, CAN 73, CAN 75?, CAN 76?, CAN 77?, CAN 78?, CAN 79?, CAN 80?, CAN 81?, CAN 86?, CAN 87?, CAN 88?, CAN 93, CAN 94, CAN 96, CAN 97, CAN 98, CAN 99, CAN 101?, CAN 103, CAN 104, CAN 105, CAN 115,? CAN 133?, CAN 134, CAN 140?, CAN 141, CAN 142, CAN 143?, CAN 144?, CAN 145?, CAN 146?, CAN 147?, CAN 148?, CAN 151?, CAN 153, CAN 154, CAN 155, CAN 156?, CAN 159, CAN 160, CAN 161, CAN 162?, CAN 174?, CAN 175?, CAN 181.
Les sites suivis d’un point d’interrogation sont ceux dont la présence des hommes à la Protohistoire est incertaine. La majorité des sites sûrs sont soit des sites de hauteur fortifiés, soit des tumuli. Mais il existe aussi des sites non fortifiés de plein air comme l’exceptionnel site protohistorique des Abrits.
 
5.1.2.2. L’organisation du territoire
 
Après une installation déjà bien effective à la Préhistoire, la Protohistoire voit naître des réseaux de sites organisant le territoire. Nous avons pu voir que l’altitude moyenne des sites de cette période était de 200 m plus élevée qu’à la période précédente. On assiste effectivement à un perchement sur les hauteurs, mamelons et protubérances du Causse, certainement dans un but de protection. Le mobilier des causses (Thauvin-Boulestin 1998) ne présente aucune rupture entre le Chalcolithique et le Bronze ancien. On remarque en revanche une nette augmentation des armes…
Le mode de vie semi-nomade, inféré par l’élevage des ovicaprinés, perdure. L’agriculture (blé, orge) se pratique toujours dans les vallées et dans les dolines. La datation de la céramique issue de la prospection ne nous a pas permis de différencier Age du Bronze et Age du Fer. Par comparaison avec d’autres sites du Causse, on sait que les grottes continuent d’être utilisées, même celles à l’accès malaisé, qui devaient comporter des aménagements tels que des échelles ou des plateformes. On remarquera dès l’Age du Bronze une nette préférence pour les endroits étroits, reculés et difficiles d’accès (Thauvin-Boulestin 1998). Les habitats de plein air ne laissent que peu de traces mais devaient être utilisés lors de la montée en pâture.
On sait que dès cette époque se créent des réseaux de sites qui permettent une occupation du territoire stratégique, et un développement des échanges, en particulier avec le Quercy, auquel le Causse est relié par le Lot, l’Aveyron et le Tarn. L’étude des parures montre, quant à elle, les relations des Grands Causses avec les régions orientales - Suisse, Europe orientale… (Thauvin-Boulestin 1998). Il se peut en effet que les Causses aient joué un rôle de relais entre le Languedoc-Oriental et le Quercy. Le Causse du Larzac et le Causse de Blandas s’abaissent au pont de donner directement sur la plaine languedocienne, permettant le passage aisé des hommes et des troupeaux.
En ce qui concerne les pratiques funéraires, les dolmens ne sont plus construits au Bronze Ancien, mais réutilisés ; les ossements anciens sont poussés. Les coffres mégalithiques, dont la dalle supérieure pouvait s’enlever pour permettre une nouvelle inhumation datent de la fin du Chalcolithique ou du début du Bronze ancien. Les Cheyrouses nous en donnent un bel exemple. Quant à la trépanation, elle perdure encore un peu    au début du Bronze Ancien.
Nous sommes mieux renseignés pour l’Age du Fer. Nombre de sites de hauteurs ont été découverts, qui sont entre autres utilisés à l’Age du Fer. Ces éperons barrés et enceintes protègent une petite aire dévouée à la vie quotidienne, les habitations (cases) étant le plus souvent adossées au rempart.
On remarquera que les tumuli ont été découverts par dizaines, surtout parce qu’ils sont souvent groupés. Nous avons pu voir qu’ils étaient en moyenne 30 m plus haut que les habitations protohistoriques, peut-être dans l’objectif d’être bien visibles, comme c’était sans le doute également le cas des mégalithes.
En ce qui concerne les réseaux de communication, on se doute que les drailles millénaires ont joué un grand rôle. Il faut dire que les habitants des Causses avaient de quoi échanger : le fer, présent sous forme de nodules de minerai à la surface du sol, devait avoir une importance majeure pour l’économie de l’époque ; toutes les régions n’en possédaient pas autant de facilement exploitable. Toutefois, les scories retrouvées en prospection ne me semblent pas dater de cette période, la technique de réduction n’étant pas la même.
 
         5.1.3. Un efficace maillage du territoire à l’époque gallo-romaine
 
5.1.3.1. Banassac et Cadoule : agglomérations secondaires ou vici ?
 
Dans la bibliographie, ces deux sites globaux sont tantôt qualifiés d’agglomérations secondaires, tantôt de vici. Ceci pose d’une part la question du rôle joué par chacun des deux habitats groupés, et d’autre part la définition même des mots employés. De nombreux auteurs mentionnent Banassac comme étant la seconde « ville » (sic) du Gévaudan après la capitale, Javols-Anderitum. Or, il faudrait déjà pouvoir prouver qu’il s’agissait bien là d’une agglomération. Les nombreuses fouilles effectuées à Banassac ont longtemps porté sur les ateliers des potiers et ont négligé le reste. Les fouilles anciennes ont bien montré qu’il y avait des thermes luxueux, et ceux-ci ont été attribués à une villa « suburbaine » (sic). Le mausolée du Champ del Mas a aussi été mis en relation avec cet habitat. Les fiches DRACAR font, elles, apparaître une occupation « ateliers » et une occupation « vicus » pour les sites du centre-ville.
Pour ce qui est de Cadoule, l’habitat groupé, qui présente une dizaine de petites cases et visiblement un lieu de culte est lui aussi tantôt dénommé vicus (Peyre), tantôt qualifié d’agglomération secondaire (Tassaux, 1994). On a mis en valeur la présence d’instruments médicaux et d’une voie romaine, ainsi que d’activités artisanales et d’un fanum qui font pencher la balance pour une agglomération secondaire, mais sa taille n’est pas très impressionnante : sa surface est même inférieure à celle de certaines villae… Ceci ne semble pas vraiment poser problème car certaines agglomérations secondaires de Gaule sont petites et certaines villae très grandes. Mais pourquoi créer une agglomération secondaire si proche de Banassac, si Banassac elle-même est une agglomération secondaire ? Les deux habitats groupés auraient-ils eu des activités complémentaires ? Certains ont même parfois émis l’hypothèse que les potiers vivaient en fait à Cadoule…
 
Il n’est pas question ici de répondre à ce problème - bien trop vaste, et qui ne concerne finalement que quelques sites sur 203 - mais de poser des questions. En effet, c’est à se demander si Banassac était vraiment une agglomération secondaire. La découverte de nombreux artefacts dans les décombres des ateliers laisse penser qu’un riche habitat existait sous le village actuel. Comme nous l’avons vu lors de l’élaboration de la typologie, les descripteurs habituels de la villa s’y retrouvent plus ou moins systématiquement (MOS, END, COL, HYP, MAR). Les fouilles étant anciennes et les anciens érudits ne s’étant pas vraiment posé la question de l’habitation, on ne peut dire si ces éléments sont contemporains des ateliers ou postérieurs, Banassac ayant continué à exister longtemps après le déclin des ateliers. Or, on sait que Cadoule est délaissée à la fin du IVe siècle (Peyre 1968) alors que Banassac accueille dès l’époque mérovingienne un atelier de frappe de monnaies d’or et d’argent, preuve qu’il existait là un centre de pouvoir, après le déclin d’Anderitum. On peut donc émettre l’hypothèse d’un contrôle de la production des ateliers par des domaines de type villae à Banassac, ayant laissé la place après le déclin de Cadoule puis d’Anderitum à une agglomération tardive puis alto médiévale assez importante, qui elle-même se fera voler la vedette par le sanctuaire de Saint-Frézal puis le monastère de La Canourgue sur le plan religieux, et enfin par Mende sur le plan politique, économique et cultuel (martyre de saint Privat). Ce schéma reste bien sûr à l’état d’hypothèse.
 
5.1.3.2. Les établissements ruraux
 
Nous avons pu le voir d’après la typologie, nombre d’établissements ruraux existent dans la zone étudiée, de différentes tailles, importances, et fonctions. On a donc pu dénombrer :
-         4 grandes villae, grandes structures associant un domaine rural et une riche demeure ornée
-         9 villae moins fastueuses, qui disposaient toutefois d’un certain confort, mais tout aussi importantes dans la mise en valeur du terroir, en témoignent les nombreuses céramiques de stockage et les résidus des activités artisanales découverts sur place
-         19 fermes bâties en dur, de plus petite taille, sans grand faste, mais qui sont visiblement les plus à même d’exploiter le terroir tout proche en pratiquant des activités primaires et secondaires
-         6 sites en structure légère ayant une activité primaire au moins.
 
5.1.3.3. Des réseaux ?
 
Problème méthodologique
 
Etant donné la carte présentée ci-dessus, on peut penser que nombre de sites ayant livré des vestiges d’activités artisanales étaient en fait liés à ces établissements ruraux, à condition qu’ils soient contemporains. Or, nous ne sommes pas certains de la datation de ces sites. Ce qui nous fait pencher pour une datation gallo-romaine probable, c’est justement que la majorité de ces sites se trouvent dans un aire d’influence proche de ces établissements ruraux qui, eux, sont gallo-romains. Du point de vue de la méthode, cela peut faire sourire car on date des sites d’après un réseau probable, et on crée ce réseau à partir de sites dont on a justement établi la datation d’après ledit réseau…Mais nous n’avons pas d’autres moyens pour établir des hypothèses en la matière. Il nous faut donc créer virtuellement des réseaux pour voir si cela « fonctionne ».
 
En effet, nombre de sites ayant livré des traces d’activité artisanale (scories) sont peu datables, tout comme les fours à chaux. En superposant la carte de répartition de ces sites et la carte des établissements ruraux gallo-romains, on se rend compte qu’il pourrait y avoir un lien fort. Il en est de même pour les sites de fabrication de la poix, qui eux sont tout de même datés entre le Ier siècle et le IVe siècle (Trintignac 1999). Afin de mieux mesurer le lien entre chaque activité artisanale et ces pôles de réseaux, et pour plus de simplicité, j’ai pris le parti de traiter chaque cas à part.
 
L’industrie de la poix (cf. Trintignac 1999)
 
Les sites
 
La fabrication de la poix est attestée archéologiquement sur la commune de la Canourgue par la découverte de nombreux fragments d’urnes à résine, voire d’urnes à résine presque complètes et de pains de résine. Voici les sites qui en ont livré : CAN 10, CAN 12, CAN 32, CAN 35, CAN 85, CAN 89, CAN 112, CAN 113, CAN 116, CAN 117, CAN 118, CAN 119, CAN 120, CAN 125, CAN 127, CAN 128, CAN 129, CAN 141, CAN 150, CAN 152, CAN 158, CAN 176.
Parmi ces sites, certains sont clairement des stations de résiniers en structure légère, d’autres sont visiblement bâtis et sembleraient en réalité être de petites fermes qui pratiquaient, entre autres, la fabrication de la poix (ou le stockage ?). D’autres sont des villae qui ont livré des fragments d’urnes à résine.
 
Les ressources
 
Les habitants ne manquaient pas de résineux, en témoigne la carte de la couverture forestière actuelle, certainement proche de celle qu’ont connue les Gabales. La poix est obtenue à partir de la résine des pins sylvestres présents en grand nombre encore aujourd’hui sur le causse boisé. En 1999, Alain Trintignac recensait dans son mémoire de maîtrise 32 stations de résiniers sur le département de la Lozère, toutes sauf une situées sur les causses, dont une quinzaine sur le causse Méjean et un peu moins d’une dizaine sur le causse de Sauveterre. Il avait remarqué que toutes étaient situées sur le causse boisé, à l’ouest, proches des vallées ou du moins peu éloignées de celles-ci, et d’autres plutôt situées sur le plateau comme celles de La Canourgue déjà recensées (Maldefré, Casal de Gal, Catuzières, Combelongue, Lesquillou). Après nos prospections, le chiffre a considérablement augmenté (cf. tableau récapitulatif des sites en annexe).
 
La fabrication de la poix
 
Nous possédons un témoignage précieux de Pline l’Ancien concernant la fabrication de la poix (Histoire Naturelle, XVI, 52, 57). Deux techniques auraient existé : la distillation par le feu et le gemmage. La distillation nécessitait l’allumage d’un feu et au vu de la couleur noirâtre de la plupart des fragments d’urnes retrouvés, cette technique semble avoir été utilisée sur les causses lozériens. De plus, d’autres emplacements d’urnes sur le département ont livré des charbons de bois et présentaient un sol brûlé (Trintignac 1999). Concernant la seconde technique, le gemmage, qui consistait à « saigner » les arbres pour en recueillir la sève, elle ne semble pas avoir laissé de traces que l’on puisse retrouver en archéologie, si ce n’est peut-être les outils, mais qui devaient certainement se confondre avec l’outillage classique. Cette technique est encore attestée au XVIIIe siècle sur le causse du Larzac par des archives (Loir, 1940).
Plusieurs hypothèses, à partir du témoignage de Pline, ont été élaborées concernant le premier procédé. L’auteur précise « pix liquida in europa e taeda coquitur » / « en Europe, la poix liquide est obtenue à partir du pin par le feu ». Et il précise « lignum ejus concisum furnis undique igni extra circumfado fervet. Primus sudor aquae modo fluit canali. Hoc in syria cedrium vocatur cui tanta vis est ut in aegypto corpora hominum defunctorum perfusa eo serventur » / « le bois taillé bout dans des fours entourés de tous côtés par des feux extérieurs. Un premier liquide coule de la même manière que l’eau par un canal. Le liquide, nommé cedrium en Syrie, a tellement de force qu’il est utilisé en Egypte pour recouvrir les corps des hommes défunts afin qu’ils soient préservés » (Histoire Naturelle, XVI, 52 : traduction reprise car erronée). Bien qu’aucun four à poix décrit par Pline n’ait été découvert en Lozère, d’autres ont été trouvés en France et se présentaient sous forme de tertres d’environ 8 m de diamètre avec une entrée de 1 m de hauteur. La galerie se rétrécissait pour prendre la forme d’un canal de 0,65m de large qui menait à une cuve d’un mètre de diamètre et de 0,85m de profondeur destinée à recueillir la résine. Sur les causses et sur la commune de la Canourgue, ce sont plutôt des urnes, calcinées ou non, qui ont été découvertes. Alain Trintignac (Trintignac 1999) précise qu’en Lozère, les stations ont livré soit des urnes presque intactes contenant des résidus de poix, soit des fragments et que les vestiges ont souvent été trouvés enterrés, la partie supérieure ne dépassant que de quelques centimètres. Lors de nos prospections, nous avons pu remarquer qu les stations de résiniers du causse étaient souvent implantées dans la sable dolomitique qui devait faciliter le creusement d’un trou, et non dans les zones de calcaire en plaques qui ne permettaient pas aussi facilement d’enraciner les urnes dans le sol. Cela pourrait expliquer en partie la localisation des stations de résiniers.
Erasme Loir a publié une étude au sujet de l’industrie de la poix (Loir, 1940) et a pratiqué ce qui est devenu de l’archéologie expérimentale afin de démontrer sa théorie. Il explique le procédé ainsi : une première urne était enfoncée dans un trou pratiqué dans le sol et ne dépassait que de quelques centimètres. Une seconde urne était disposée sur la première, mais à l’envers et les deux urnes étaient colmatées avec de l’argile. Au préalable, on avait introduit dans l’urne supérieure du bois de pin coupé en morceaux comme l’indique Pline, qui devaient tenir au moyen d’un grillage. On allumait ensuite un feu autour de l’urne supérieure, à l’extérieur donc, comme l’indique Pline. Le bois situé dans l’urne supérieure se carbonisait à cause de la chaleur étouffante, créant du charbon de bois qui pouvait être réutilisé dans la fabrication du fer. La poix distillée coulait dans l’urne inférieure destinée à la recueillir. Le trou fait dans le fond de l’urne supérieure devait selon lui servir à évacuer gaz et fumées, alors que celui de l’urne inférieure devait permettre à l’eau de condensation de sortir. Après refroidissement de la structure, les deux urnes étaient désolidarisées afin de recueillir la poix située dans l’urne inférieure, qui n’était certainement pas sortie de terre. Erasme Loir a expérimenté ce procédé en utilisant des creusets en terre réfractaire. Il a réussi à obtenir de la poix, mais une partie s’est échappée par le trou de l’urne inférieure, ce qui était d’ailleurs prévisible. A ce sujet, on a retrouvé des urnes présentant une coulée de résine passée par ce trou inférieur et bloquée dans la roche sous-jacente, les résiniers antiques avaient donc dû rencontrer le même problème. Lors de sa seconde expérience, il utilisa un récipient inférieur sans trou pour éviter cette déconvenue. Il a réussi à obtenir de la poix, qui se présentait sous de formes de trois couches superposées : une couche supérieure de poix liquide, une couche aqueuse et une couche inférieure poisseuse. Les parois des récipients étaient charbonneuses. Il a recueilli peu de produit et en conclut que ses récipients étaient trop petits ou qu’il ne maîtrisait pas encore très bien la technique ancestrale. Alain Trintignac (Trintignac 1999) précise que parfois, un seul foyer pouvait être utilisé pour plusieurs urnes, et que l’urne inférieure était quelquefois renforcée par une autre urne venant en doublure pour améliorer la résistance aux fortes températures. En fait, des reconstitutions faite par Erasme Loir, beaucoup d’éléments correspondent aux faits archéologiques : des charbons de bois ont bien été retrouvés, les urnes sont effectivement souvent calcinées, une urne inférieure recueillait bien la poix, des joints d’argile ont aussi été retrouvés. On peut penser que la technique retrouvée par Erasme Loir ne devait pas être très éloignée de celle des Gabales, mais certains détails importants doivent nous échapper. Il précise lui même que parfois les urnes pouvaient être placées en partie hors du sol voire complètement hors du sol. Un dispositif plus complexe que celui imaginé pouvait donc exister. D’autre part, certains problèmes restent insolubles comme l’absence de cendres sur certaines stations, problème évoqué par Alain Trintignac (Trintignac 1999) et le cas des urnes qui ne présentent aucune trace de combustion, comme nous en avons nous même trouvé lors de nos prospections.
D’autres expériences ont été menées par la suite, en particulier en 1994 à La Combe, où il s’agissait de vérifier les dires d’Erasme Loir par de nouvelles expérimentations. Les urnes utilisées étaient en tôle de fer, ce qui à mon avis a eu une incidence sur l’expérience. Il me semble qu’en ce qui concerne l’archéologie expérimentale, il vaudrait mieux garder les paramètres connus par l’archéologie, déjà que nombre de paramètres sont inconnus… Le résultat fut effectivement décevant, aucune matière n’a été recueillie dans l’urne inférieure à part de l’eau ; en revanche, le bois placé dans l’urne supérieure a effectivement été transformé en charbon de bois, ce qui demande moins de technicité. Une seconde expérience a été tentée en remplissant de 10 litres d’eau l’urne inférieure afin de faciliter la condensation des matières volatiles. Ils n’ont obtenu qu’un film huileux dans l’urne inférieure (Fages 1994 ; Trintignac 1999).
 
D’autres expériences ont été menées, avec de grandes différences : suppression du trou du récipient supérieur et remplissage de brindilles et d’aiguilles de pins sèches. Le récipient supérieur a été placé sur un socle d’argile en cuvette qui comportait un tuyau au fond, tuyau débouchant 1,5 m plus loin dans une urne enterrée recouverte d’un plateau de bois. On a allumé un feu autour de l’urne supérieure durant deux heures : le bois s’est partiellement transformé en charbon de bois et on a recueilli dans l’urne inférieure un litre d’eau et la moitié d’un verre de liquide brunâtre foncé épais et visqueux dégageant une odeur âcre alors que de la suie s’était formée sur les parois. Ce procédé dit « à la marmite » était déjà mentionné par Erasme Loir (Loir 1940) et était utilisé il y a peu dans la fabrication de l’huile de cade, goudron obtenu par distillation du bois du genévrier, utilisé en dermatologie entre autres. Cette technique expliquerait l’absence de calcination de certaines urnes et de leur emplacement, la second urne enterrée n’étant pas soumise à la chaleur.
Ces expériences, suggère Alain Trintignac n’ont peut-être pas utilisé toutes les possibilités, en particulier pour la matière première (bois sec, demi-sec ?) et auraient peut-être apporté d’autres éléments si elles avaient été réalisées avec des récipients en terre cuite. En tout cas, elles ont le mérite de proposer des hypothèses quant aux techniques mises en œuvre dans le procédé d’obtention de la poix.
 
Caractéristiques des stations de résiniers
 
Les stations que nous avons inventoriées lors de nos prospections ainsi que celles déjà connues sur la commune de la Canourgue sont essentiellement représentées par la présence de fragments d’urnes à résine. Quelques indices de sites, la plupart issus de témoignages oraux et de pistes données par la bibliographie locale, renvoient à la découverte de pains de poix (IND 1 et IND 2). Parfois, c’est l’urne entière qui a été trouvée, comme celle présentée à la salle d’exposition de Banassac. La plupart des stations de résiniers lozériennes ont livré des tegulae, de la poterie et de l’urne à résine et couvrent une petite surface (Trintignac 1999). Six d’entre elles ont livré des restes d’habitations, onze n’ont rien livré d’autres que les urnes. L’auteur explique cela en émettant l’hypothèse selon laquelle il ne s’agirait que de lieux d’artisanat en structure légère, l’habitation étant située plus loin, ou bien que l’habitat permanent, lui-même en structure légère, n’a pas laissé de traces. Il précise que la plupart des stations semblent liées à des exploitations agricoles : soit les deux étaient collées, voire se confondaient, soit les deux se trouvaient à quelque distance, la station de résinier étant au plus proche de la forêt pour éviter le transport du bois sur une trop grande distance et il constate que toutes ces stations là étaient effectivement situées dans les environs proches d’un habitat gallo-romain reconnu, ferme ou villa, ce qui est effectivement confirmé par notre cartographie. Les stations étaient donc implantées non loin de la structure agricole qui les contrôlait certainement, tout en étant proches de la forêt et dans des terrains propices à l’enfouissement des urnes. Ces fermes pouvaient donc vivre à la fois de la production de la poix, mais aussi de l’agriculture et de l’élevage, des outils agricoles ayant été découverts dans ces fermes au niveau du département (Trintignac 1999). La présence de ces sites en bordure de forêt ou dans des clairières proches des dolines permettait donc d’allier ces activités sur un même site, bien qu’il y ait des exceptions. Il précise également que pour ces sites, l’activité devait suffire à répondre aux besoins de la famille. Le caractère léger des stations de résinier peut être expliqué par un artisanat saisonnier et parce que les sites avaient une durée de vie courte, à savoir qu’il fallait déplacer la station au plus près de la forêt dès que la ressource en bois devenait trop lointaine. Ainsi, il ne faudrait pas interpréter les concentrations de stations de résiniers comme étant des bassins de production de la poix mais comme étant des sites occupés successivement par une même population, mais l’hypothèse contraire reste bien sûr ouverte, en l’absence de données plus précises sur les sites que nous avons recensés en prospection. Alain Trintignac suggère aussi que lorsque la station était située trop loin de l’habitat en dur, celle-ci aurait pu momentanément servir d’habitation légère. De même, des lieux de stockage proches de la station auraient alors pu être aménagés (grottes, avens) comme en témoignent des découvertes locales (débris d’urnes à résine trouvés à l’entrée des grottes ou à l’intérieur) (Fabrié 1984 ; Trintignac 1999).
 
Le mobilier et la chronologie des stations de résiniers
 
Comme nous l’avons dit plus haut, une grande partie du mobilier des stations de résinier est constituée de fragments d’urnes à résine. Au niveau du département, quelques outils ont été retrouvés dans des stations de résiniers, à savoir un poêlon en céramique grise qui aurait servi à retirer la poix de l’urne inférieure car il présente une fine pellicule de résine, découvert au Buffre, ainsi qu’une rondelle de plomb interprétée comme un bouchon de fond d’urne découverte dans la villa du Rouveret. Pour la commune de la Canourgue, de nombreux fragments d’urnes à résine ont été recensés lors de nos prospections. La plupart sont des fragments de panse rosés sur la face externe et noirâtres sur la face interne, les deux faces étant bien souvent peignées. Mais nous avons aussi rencontré de nombreux bords de forme triangulaire et un grand bord nous permettant de comprendre que ces bords triangulaires ne correspondent à qu’une tout petite partie du bord de l’urne. Le grand bord est décoré sur la face externe par des reliefs et des creux, qui avaient peut-être une fonction autre que la simple fonction décorative ; en effet, pourquoi décorer un récipient qui avait pour destination une fosse creusée dans la terre ? A moins que ces urnes ne soient pas enterrées, comme le propose une hypothèse évoquée plus haut. Ceci est corroboré par le fait qu’un certain nombre de fragments d’urnes à résine ne portent aucune trace de brûlure. Les urnes auraient aussi pu porter ce « décor » pour une raison fonctionnelle, à savoir une facilité de transport (on peut les saisir par ces saillies) et une possibilité d’assemblage avec la seconde urne (les deux urnes auraient alors eu un « décor » complémentaire, tel une sorte de grand pas de vis constitué par ces reliefs et ces creux). D’autre part, au vu de la complexité envisagée de la mise en œuvre du procédé d’obtention de la poix, pourquoi ne pas penser que ces urnes étaient suspendues, peut-être lors du positionnement de l’urne supérieure sur l’urne inférieure et que ce «décor » avait en fait pour but de maintenir des liens autour de l’urne.
 
En ce qui concerne les urnes à résine, là aussi on se reportera à l’étude typologique menée par Alain Trintignac lors de sa maîtrise (Trintignac 1999). Celle-ci se base principalement sur les urnes presque intactes découvertes encore fichées dans le sol, il s’agit donc là des urnes inférieures. Pour résumer, la hauteur moyenne est d’environ 82 cm, le diamètre à l’ouverture d’environ 58 cm, le diamètre du fond moyen d’environ 20 cm, l’épaisseur des parois se situant autour de 1,5 cm. La pâte est la plupart du temps à base de dégraissant calcaire, comme nous l’avons remarqué pour nos urnes trouvées en prospection, et les parois sont peignées, certainement dans le but d’égaliser la surface de si grands récipients, parfois horizontalement, verticalement, en diagonale, ou même en tous sens. Certaines urnes ont été réparées et réutilisées. Ces vases, de forme tronconique, possédaient pour la plupart un orifice latéral ou médian percé dans le fond. Les urnes utilisées par les Rutènes étaient visiblement semblables. On peut penser qu’elles étaient fabriquées dans un même atelier, étant donné leur ressemblance. A ce propos, Dominique Fabrié propose l’hypothèse de la fabrication des urnes dans un atelier situé à Florac où la présence de potiers est attestée. Florac n’est pas très éloignée des stations de résiniers car elle est située en bordure du causse Méjean et pouvait contrôler économiquement la vallée, lieu de passage.
 
Peu de sites de notre corpus ont livré de la céramique autre que les urnes sur des stations de résiniers pouvant donner une datation plus précise. Quelques sites sont antiques à coup sûr mais on ne peut affiner la datation. Sur le plan départemental, Alain Trintignac, dans son mémoire de maîtrise (Trintignac 1999), a listé et comparé toutes les céramiques issues des sites lozériens ayant livré une station de résinier au moins. Sa première remarque est que la mauvaise connaissance de la céramique protohistorique et médiévale est un frein à une chronologie poussée des stations de résiniers. Pour lui, cet artisanat a démarré dès le début de notre ère et se poursuit au Bas-Empire. En tout cas, les grands groupes de céramiques représentatives du Haut-Empire (céramique de tradition indigène, céramique proto-sableuse, céramique grise sableuse, céramiques à pâte claire sableuse, sigillée) sont majoritaires sur ces sites. Il semblerait donc que cette activité ait au moins existé à assez grande échelle au Haut-Empire, peut-être un peu avant et un peu après, sans que pour autant chaque station ait cette durée de vie, bien sûr.
 
Commerce de la poix et utilisations
 
La production de poix n’était pas propre aux Gabales, on l’a reconnue aussi chez les Rutènes, entre autres ; en revanche, de nombreuses régions étaient demandeuses de cette ressource, et d’autres provinces de l’Empire en produisaient d’ailleurs, comme le Bruttium (Denys d’Halicarnasse, Antiquités Romaines, XX, 15). Elle était épaissie au vinaigre et était utilisée selon Pline et Columelle à poisser les récipients comme les amphores à vin par exemple. Mais la poix avait aussi d’autres utilisations, en témoignent les auteurs antiques. Pline, Galien et Dioscoride donnent des indications sur son utilisation sur le plan médical. Les médicaments étaient à base de fleur crue de résine, nommée crapula par Pline, broyée avec des éclats de bois et arrosée jusqu’à ce qu’elle soit cuite avec de l’eau bouillante. Sous forme d’application, la poix était utilisée contre les hémorroïdes, les ongles raboteux, la chute des cheveux, les dartres, la gale, elle était également utilisée contre les tumeurs ou pour guérir les ulcères, faire mûrir les abcès, soulager les douleurs de l’utérus. Lorsqu’elle était mélangée à de l’huile à base de rose, elle guérissait les oreilles douloureuses. La poix associée au miel, à l’écorce de pin broyée, au soufre, au son et à l’encens et parfois des raisins secs était utilisée contre les ulcères. Cuite avec de la farine d’orge et de l’urine, elle était utilisée contre les abcès tuberculeux. Mélangée avec du sel, elle permettait de lutter contre les morsures de serpents, associée au miel, elle guérissait asthme et bronchite. On l’utilisait encore pour lutter contre les maladies nerveuses comme la paralysie, les spasmes et les tremblements et pour ranimer les léthargiques ; de même la poix était employée à des fins vétérinaires.
La poix était également employée dans un tout autre domaine, à savoir l’étanchéité des récipients destinés à collecter des liquides, en particulier les amphores, et permettaient de donner un certain goût au vin. La poix liquide additionnée de vinaigre était enduite à l’intérieur des récipients (Trintignac 1999 ; Ferdière 1988). Cette opération est d’ailleurs représentée sur certaines mosaïques antiques. Selon Pline et Columelle, la poix durcie, vieillie, réduite en poudre et mélangée au moût avant fermentation permettait de donner une saveur supplémentaire au vin. Cela permet aussi de lui donner un aspect vieilli selon Plutarque. La poix mélangée à de la cire était également utilisée pour calfater les coques des navires, pour enduire les cordes et les voiles, les rendant imperméables et imputrescibles. La poix enflammée était utilisée comme arme lancée avec des catapultes, et permettaient ainsi d’enflammer les positions ennemies. La poix servait de même de combustible dans l’éclairage, les torches et les mèches étant enduites. La poix mêlée au noir de fumée composaient une encre appréciée.
 
Les utilisations de la poix étaient donc nombreuses et variées. Le sud de la Gaule offrait tout naturellement un débouché à la production gabale et rutène, par la présence de vignobles et de chantiers navals. Les quantités exportées hors de la cité devaient donc être considérables, en témoignent les pains de poix découverts en Lozère comme celui mentionné en 1866 près du hameau du Viala sur le causse Méjean (Trintignac 1999) et les indices de sites IND 1 et IND 2 désignant la découverte par un agriculteur du même type de bloc de poix dans la commune de la Canourgue, tous deux d’une cinquantaine de Kg. Les nombreuses routes et les drailles devaient permettre de transporter cette ressource vers le Midi.
 
Par Audrey Roche
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Mardi 2 octobre 2007

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Organisation spatiale des sites et hypothèses quant au contrôle de la production
 
Comme on le verra dans la partie suivante, nombre de stations de résiniers sont associées à des sites de fabrication du fer, entre autres pour des raisons techniques. Mais il ne faut pas oublier que ces sites, pour la plupart antiques, devaient être exploités par une population capable d’en organiser la production, le conditionnement, le stockage et la diffusion à grande échelle. On remarquera sur la carte la grande densité de stations de résinier en certains endroits, qui peuvent résulter, comme nous l’avons montré, d’un changement du lieu de production au fur et à mesure de l’éloignement de la forêt. La forêt a d’ailleurs été la première à subir les conséquences d’un tel artisanat, en témoignent les défrichements observés en ces endroits. Rien ne dit que les clairières ont effectivement été crées à l’époque du fonctionnement de cette industrie, toutefois, rien en prouve à ce jour le contraire.
Ces sites de taille peu imposante et pour la plupart en matériaux légers pouvaient donc tout autant approvisionner la famille et un marché local qu’un commerce bien plus florissant, comme nous l’avons montré. A cette échelle, il s’agissait alors d’organiser la production, chaque cellule familiale n’exportant pas sa propre et maigre production. On peut imaginer que chaque unité proposait son surplus à un colporteur qui collectait ainsi toute la production de la région afin de la centraliser pour l’exporter vers le Sud, le transport étant bien trop lourd à organiser au niveau individuel. Au vu de la proximité entre les stations de résinier et les grandes et petites villae, il n’est pas difficile d’imaginer un contrôle probable de celles-ci sur la production de poix, tout comme sur celle du fer et de la céramique sigillée.
La proximité entre villae et stations de résiniers avait déjà été évoquée par Alain Trintignac (Trintignac 1999) à l’échelle du département, en particulier pour le cas de la villa de Rouveret, située sur le causse Méjean non loin de la Malène. Cinq stations de résiniers se trouvaient en périphérie de la villa, dans un rayon de 3 Km autour, qui devaient entretenir avec elle des relations privilégiées : les stations se chargeaient de récolter de distiller la résine qui devait être purifiée et stockée dans la villa avant d’être introduite sur le marché. Cette petite ferme semble devoir en grande partie son essor et sa transformation en véritable villa au premier siècle à l’industrie de la résine, en témoignent le grand nombre de dépotoirs de tessons d’urnes à résine et la découverte d’un four à résine dans la villa. La villa périclitera au second siècle de notre ère, n’entraînant pas dans sa chute toutes les stations de résiniers périphériques. On peut penser que soit elles dépendaient d’une autre villa, soient elles ont continué à produire pour le marché local, soit elles se sont organisées autrement. L’abandon de la villa semble, selon les hypothèses actuelles, être lié à l’arrêt de la production des ateliers de sigillée qu’elle desservait également en bois, les artisans résiniers de la villa étant également dépendants des bûcherons. La même remarque peut être faite au sujet de la villa de Pont Plan.
A l’échelle de la zone étudiée, on peut rattacher nombre de stations de résiniers à des villae ou des fermes de moindre importance, en témoigne la carte présentée plus haut.
 
La fabrication du fer
 
L’étude des zones de production métallurgique sur le territoire national est née il y a peu car les vestiges sont ingrats et de surcroît difficiles à interpréter. Toutefois, au vu de l’importance de cette production pour l’économie gabale, il semble intéressant de développer ici cet aspect. Les explications générales concernant la fabrication du fer sont tirées de l’ouvrage Le Fer (Mangin 2004) et sont appliquées, autant que faire se peut, à la zone d’étude afin de mieux comprendre cette activité caussenarde.
 
Les sites
 
Les sites concernés sont : CAN 12, CAN 32, CAN 37, CAN 78, CAN 79, CAN 81, CAN 82, CAN 83, CAN 84, CAN 85, CAN 95, CAN 100, CAN 107, CAN 108, CAN 110, CAN 117, CAN 125, CAN 126, CAN 127, CAN 128, CAN 130, CAN 131, CAN 132, CAN 137, CAN 138, CAN 141, CAN 156, CAN 157, CAN 163, CAN 164, CAN 167, CAN 176, CAN 177.
Certains sites sont clairement des petits sites de réduction du minerai de fer, d’autres sont visiblement liés à une exploitation en dur, d’autres sont des forges ou fours à griller le minerai retrouvés dans des villae.
 
Une ressource non négligeable : les minerais de fer
 
Le fer est le minerai le plus courant à la surface du globe et il est le métal dont la production est la plus répandue. Il peut permettre d’étudier l’organisation d’une industrie dans la diachronie et son impact sur le paysage.
Le fer est un élément chimique du groupe des métaux. A température ambiante, c’est un solide, il a pour point de fusion 1536°C mais peut se ramollir à une température inférieure. Sa dureté augmente avec sa teneur en carbone, formant ainsi un alliage dont la température de fusion minimale est de 1150°C. Le nickel, le chrome, le manganèse, le soufre peuvent entrer en composition dans ces alliages et modifier les propriétés du matériau selon la volonté de l’homme.
Les minéraux riches en oxydes et hydroxydes comme l’hématite, la magnétite, la goethite, la sidérite et la limonite ont été utilisés dès l’origine pour produire le fer. Certaines roches contiennent une proportion élevée de fer et on les considère comme minerais si elles sont techniquement exploitables. Aujourd’hui, seuls les grands gisements avec des teneurs élevées sont exploités, ce qui n’était pas le cas dans les périodes anciennes ou l’on constate une exploitation des petits gisements. Faute de minerai, on note que les hommes ont utilisé toutes les ressources locales quelqu’en soit la qualité.
Les minerais de fer sont divers et résultent de processus géologiques différents. Il existe entre autres des minerais sédimentaires comme les minerais oolithes qui se sont formés par l’accumulation sur le fond de la mer de concrétions, les oolithes. Celles-ci se sont créées par précipitation d’un excès de fer dans l’eau de mer peu profonde. Ces gisements de nos jours souterrains peuvent mesurer plusieurs centaines de mètres de long sur quelques mètres d’épaisseur et le minerais contient alors bien souvent moins de 20% de fer.
Le Tertiaire a, lui, vu naître dans les régions émergées des latérites/ferralites en raison du climat humide. Les oxydes de fer ont alors formé des concrétions irrégulières (pisolithes) déposées par l’érosion dans les karsts creusés par les eaux dans les roches calcaires. Ce sont les minerais sidérolithes. Ces gisements sont souvent discontinus, essentiellement constitués par des poches. Ce minerai, présent sur la bordure du Massif Central, peut être séparé de sa gangue par lavage et la teneur du concentré atteint alors 50 %.
Il faut enfin citer les minéralisations plus restreintes : les formations d’altération superficielle et pédogénétiques. Le fer, qui ne se prête pas à être mis en solution dans les eaux de surface, s’accumule souvent sous forme de nodules ou de rognons dans les sols. En France, certaines régions sont privilégiées et possèdent un important potentiel en la matière, en particulier celles sont le substrat géologique est formé de sédiments mésozoïques. Ainsi, certains minerais de fer sous forme de concrétions ferrugineuses peuvent être obtenus de façon très simple, lors d’un ramassage de surface dans les champs labourés ou le lit des rivières. Ce mode d’approvisionnement était encore pratiqué au XIXe siècle comme une activité annexe des paysans.
Le fer existe donc sous forme de nodules sur les causses, mais on peut également obtenir le métal en réduisant le minerai présent dans le grès ferrugineux. Plusieurs stations de réduction de minerai et de forge ont été repérées sur la commune de La Canourgue, le plus difficile étant de proposer une datation pour ces sites. Nous avons qualifié d’antiques les sites ayant fourni du matériel autre que les scories et qui permettait d’affirmer leur antiquité, à savoir la céramique et les tuiles tegulae. Pour les autres, en l’absence de matériel typique d’une période ou d’une autre, c’est le contexte archéologique qui a permis de proposer une datation : si sur un même site coexistent une station de résinier et une station de réduction du minerai, il se peut qu’elles aient fonctionné ensemble.
 
Du minerai à l’objet : une chaîne opératoire complexe
 
Sur le terrain, on retrouve peu d’éléments permettant de caractériser les différentes phases de la fabrication et de l’utilisation du fer ; la plupart du temps, il ne reste que les déchets, en particulier les scories.
La chaîne opératoire, selon les connaissances actuelles et par comparaison avec d’autres régions, semble être la suivante. Le minerai est transformé par étapes en un objet fonctionnel, chaque étape étant caractérisée par des modifications de la matière provoquées par des gestes techniques. Les rubriques encadrées correspondent à chaque étape ; sur la gauche est mentionné ce que l’artisan garde, sur la droite se trouvent les déchets que l’on peut espérer découvrir en archéologie. Pour les causses, il faut adapter ce schéma général, à savoir qu’il faut remplacer l’extraction du minerai par la collecte en surface de la matière première. Lors de nos prospections, nous avons systématiquement relevé la position du minerai présent en surface au fur et à mesure de nos rencontres afin de les lier dans l’interprétation aux zones de réduction.
Le minerai subit un traitement métallurgique au cours duquel on provoque une réaction qui permet au métal de se former. C’est une réaction de réduction qui requiert l’utilisation d’un fourneau pour la confiner et d’un combustible riche en carbone, qui agit comme agent réducteur. Le monoxyde de carbone est capable de réduire les oxydes de fer à l’état métallique entre 1000°C et 1300°C, la réaction se fait alors à l’état solide car le point de fusion du fer est de 1536°C, c’est la méthode directe de réduction. Le métal produit est souvent impur, il faut l’épurer en chassant les particules non métalliques par martelage. Ensuite, le forgeage vient donner sa forme à l’outil, puis au cours de son utilisation, l’outil peut être réparé ou recyclé. Selon C. Dunikowski et S. Cabboï (in Mangin 2004) la chaîne opératoire de la fabrication du fer comprend à la fois l’approvisionnement en bois, en charbon de bois, en argile et sable et bien sûr en minerai. Toutes ces composantes pouvaient faire l’objet d’un échange mais il est vrai que la commune de la Canourgue était plutôt bien lotie en la matière, en particulier pour la partie localisée sur le plateau : le bois issu de la forêt omniprésente, l’argile de la vallée, les charbons de bois récupérés dans les foyers ayant servi à la fabrication de la poix étaient des ressources que les habitants possédaient en abondance, sans oublier le minerai bien sûr. Sur certains sites, nous avons pu retrouver non seulement les scories et les nodules de minerais de fer, mais aussi des blocs de grès ferrugineux figés en train de « fondre », la preuve même que nous étions bien sur un site de réduction du minerai.
 
Des traitements minéralurgiques à l’opération de réduction
 
Parfois, le minerai est enrichi avant réduction grâce à des traitements complexes en particulier concassage à l’aide de maillets de pierres sur une aire de battage ou un grand bloc plat et lavage. En effet, plus les particules de minerai sont fines et plus la réaction de formation du métal sera rapide car elle se fait à partir de la surface. On peut aussi chauffer le minerai à quelques centaines de degrés car en atmosphère oxydante les minéraux qui contiennent le fer subissent des transformations : de nombreuses particules sont évacuées sous forme de gaz et la teneur en fer augmente, ce qui permet de réduire le minerai avec une moindre consommation d’énergie et donc de combustible. Cette opération de grillage peut se faire tout simplement en jetant le minerai dans un feu quelques heures. Ces opérations minéralurgiques permettent à des gisements en apparence pauvres en fer de fournir une grande quantité de minerai utile.
Vient ensuite la réduction, qui est l’étape au cours de laquelle on transforme le minerai en métal. Elle a lieu dans un espace confiné, le fourneau. On mélange les minerais entre eux et on y additionne le combustible, le tout étant déposé dans le four par la partie supérieure. On note parfois aussi l’ajout de calcaire qui améliore le taux de libération du fer en prenant sa place dans les scories, comme sur le site d’Oulches. Le four allumé, le métal se forme et parallèlement se créent des déchets nommés « scories ». Le charbon de bois, plus que le bois lui même, est le combustible le mieux adapté à la réduction du minerai car la combustion du charbon dégage de la chaleur et du monoxyde de carbone qui réagit avec les oxydes de fer pour former du fer métallique et du gaz carbonique, réaction résumée dans l’équation-bilan suivante (Mangin 2004) :
Cette réaction démarre dès 650°C pour atteindre une efficacité notable autour de 1000°C. On remarquera que la réaction se produit à l’état solide car la température de réduction est inférieure au point de fusion du fer (1536°C). Toutefois, il y a dans le minerai une certaine proportion d’autres éléments comme la silice, l’alumine, la chaux parfois et ces oxydes ne sont réduits par le carbone qu’à des températures plus élevées que le minerai de fer ; pour pouvoir séparer le fer de ceux-ci, il faut les faire fondre autour de 1200°C. Cette matière liquide qui s’écoule par gravité et se sépare du métal se nomme la scorie. Il est à noter qu’elle comporte une proportion non négligeable d’oxydes de fer. Cette méthode, dite méthode directe de direction, est la seule qui existe jusqu’au Moyen Age : le fer métallique est produit à l’état solide, il n’y a pas de coulée de métal.
 
Quelques éléments de datation
 
- L’évolution des techniques de réduction
 
D’après l’état actuel de la recherche, la fabrication du fer a pris son essor en Occident à partir de la seconde moitié du premier millénaire avant notre ère, et en particulier aux IIe et Ier siècles avant notre ère comme en témoignent les fortifications gauloises qui présentent plusieurs milliers de clous en fer. Jusqu’à la fin du XVe siècle, le métal est produit à l’état solide au bas fourneau et bénéficie d’évolutions techniques notables comme l’utilisation de la force hydraulique dès l’an Mil pour actionner les marteaux et activer les soufflets puis plus tard les hauts fourneaux. Ces derniers sont plus grands et mieux aérés, produisent une température plus élevée et sont donc capables de produire de la fonte liquide ; mais les plus anciens hauts fourneaux connus à ce jour datent du XIIIe siècle et il faut attendre le XVIe siècle pour que cette technique supplante la précédente.
 
- La morphologie des fours
 
Le bas fourneau est une structure qui délimite un espace confiné semi-ouvert. Le minerai et le combustible sont introduits par le haut et déposés côte à côte alors que l’air arrive par le bas. D’après les données de fouilles d’autres sites français, les fours sont la plupart du temps construits en terre crue par modelage du terrain ou montage de briques ou bien construits avec divers matériaux : pierres à l’extérieur, revêtement argilo-siliceux à l’intérieur, tuiles, briques… Sur nos sites, nous n’avons trouvé en prospection aucun élément de four. De la TCA a été relevée sur certains sites mais l’absence de brûlure permet de penser qu’il s’agit de la toiture ou d’éléments de construction de l’atelier et non des éléments de fours.
Des fours de différents types ont existé. Toujours d’après l’état actuel des connaissances, les bas fourneaux à scories piégées existent du VIIIe siècle avant notre ère à la Tène finale : ils se caractérisent par l’absence de système d’évacuation externe des scories. Une fosse creusée sous la cuve est destinée à les recueillir. Les structures sont le plus souvent détruites à la fin de l’opération pour récupérer la masse de fer, mais il arrive parfois qu’un dispositif d’accès à la partie inférieure destiné à récupérer le produit métallique et retirer les scories existe. Les bas fourneaux à scories écoulées comportent eux un dispositif d’évacuation des scories et ont été réutilisés un grand nombre de fois, comme l’attestent les nombreux rechapages d’argile. Des estimations envisagent que chaque emplacement de fourneau laténien ou romain a pu être utilisé 4000 fois.
 
Essai de caractérisation des sites trouvés sur la zone étudiée
 
Les scories retrouvées en prospection sont pour la plupart le résultat d’une coulée. Le second type de fourneau semble donc être celui qui a été utilisé ici. De façon très schématique, la majorité des sites apparaissent donc postérieurs à La Tène. De plus, on a souvent remarqué que la concentration de scories apparaissait dans une parcelle au niveau d’une rupture de pente, il se pourrait donc qu’il s’agisse de fourneaux utilisant le relief pour être confinés dans une fosse creusée dans la terre. En effet, l’isolation thermique est souvent renforcée par l’encastrement de la cuve dans le terrain qui facilite également l’accès à la partie sommitale. Par ailleurs, nous avons noté que la majorité des ferriers étaient exposés aux vents dominants, certainement dans le but délibéré de favoriser le tirage. Enfin, certains sites ont particulièrement attiré notre attention, à savoir la découverte de scories de réduction (bien coulées) dans des abris sous roche : que penser de cette association entre la fabrication du fer et l’abri dolomitique ? S’agit-il d’apports postérieurs ? De recharges du sol ? Le site a t-il vraiment été utilisé comme lieu de production du fer ? Le problème principal reste à mon avis le manque de vent, l’abri étant par définition abrité des vents dominants, et la très grande humidité qui y règne. L’énigme reste donc entière. On peut aussi penser que les scories ont été amenées là postérieurement par des enfants ou qu’elles ont été utilisées après coup comme remblai. Il se pourrait donc que dans cette zone de dolines, les sites de réduction du minerai aient été associés d’une manière ou d’une autre avec des abris dolomitiques. Il est pour l’instant difficile de préciser la datation de ces sites.
 
L’organisation des « ateliers »
 
C’est en comparant les sites entre eux que s’ébauche peu à peu une organisation spatiale de la fabrication du fer. Sur le plan national, on constate le plus souvent une spécialisation des lieux de production : sur chaque site ne sont exécutées que certaines tâches, alors que les matières premières, les produits intermédiaires et les produits finis sont échangés. Il est à ce stade de nos investigations difficile de lier plus précisément la production primaire (collecte du minerai, réduction), les industries de transformation (forge) et le circuit de distribution du métal, son utilisation et son recyclage. Ces notions dépendent en effet de nos connaissances des scories, qui il est vrai, sont difficiles à appréhender. On remarque toutefois une différence notable entre certaines scories bien coulées dont on sent bien qu’elles sont tout droit issues de la réduction et d’autres scories plus brutes, dont il est difficile de dire si elles résultent d’un échec de la réduction (il faut maîtriser de nombreux paramètres pour une réduction réussie) ou d’une activité de forge. Nous nous sommes servi du contexte naturel et archéologique pour établir des hypothèses quant à la réelle destination d’un lieu de production : si à proximité immédiate d’un site présentant des scories nous avons découvert des nodules de fer naturel ou du grès ferrugineux, alors nous avons considéré qu’il s’agissait au moins d’un site de réduction, sinon le doute persiste. De plus, il ne faut pas oublier qu’un modèle intégré est imaginable, à savoir la présence sur un même site de plusieurs étapes de la chaîne opératoire, ce qui complique encore un peu plus l’interprétation.
En effet, il est parfois délicat en prospection de dissocier les déchets de la réduction des déchets de la forge. Nous n’avons rien trouvé d’autres que des scories. Parmi les scories issues de la forge, on sait qu’il existe des scories constituées de matériaux argilo-sableux, des scories grises denses qui résultent du refroidissement d’un liquide silicaté riche en oxydes de fer, des scories riches en oxydes de fer etc. Par comparaison entre le mobilier rencontré en prospection lors de notre inventaire et ces éléments, seuls quelques éléments non coulés et pourtant riches en fer apparaissent, pouvant peut-être résulter d’une activité de forge…. Mais ne l’oublions pas, les scories coulées ne sont pas forcément issues de la réduction du minerai car des écoulements peuvent se produire dans le foyer de forge et les scories non coulées ne sont pas forcément issues de la forge mais peuvent être le résultat d’une mauvaise maîtrise ponctuelle d’une des nombreux paramètres qu’exige l’opération de réduction.
Enfin,autour du four devaient exister d’autres aires d’activité de l’atelier comme les zones de stockage et de préparation du minerai et du combustible ainsi que les zones de déchets. Ce sont ces zones de déchets que l’on retrouve la plupart du temps (ferriers). Il ne faut pas non plus oublier la présence proche des habitations. Sur quelques sites ayant livré des scories, nous avons retrouvé de la céramique commune permettant de penser que la vie domestique et l’atelier coexistaient à quelques mètres près.
En ce qui concerne le rôle du personnel dévolu à cette activité métallurgique, plusieurs hypothèses déjà mentionnées dans l’ouvrage cité plus haut (Mangin 2004) viennent à l’esprit : des forgerons étaient peut-être occupés à temps plein dans les villae et les grands sites de production du fer mais certainement que les pasteurs et agriculteurs devaient aussi travailler le fer pour leur propre compte et leurs besoins ponctuels (entretien du matériel, recyclage, réparations) ou pour le compte d’une villa. Concernant le nombre de personnes qu’un site moyen site pouvait faire vivre, des estimations ont été faites pour Les Martys en comptant quatre ouvriers par fourneau et en doublant le nombre obtenu pour avoir une idée du nombre total d’hommes y travaillant afin de tenir compte de la main d’œuvre dévolue à l’approvisionnement en minerai et charbon de bois. Ensuite, il faut ajouter leurs familles. Pour les causses, il semble qu’il faille reconsidérer ce schéma car l’absence de mines et la facilité déconcertante avec laquelle on peut collecter le minerai en surface peut laisser imaginer que cette tâche n’était pas effectuée par un personnel particulier mais par tout un chacun (femmes, enfants). En ce qui concerne le statut des forgerons, on pense qu’une partie non négligeable de la population devait savoir effectuer les travaux communs d’entretien et de réparation mais les techniques plus sophistiquées et plus dangereuses devaient requérir une main d’œuvre spécialisée. Une tombe du Champ del Mas à Banassac permet de confirmer l’affirmation du statut social du forgeron, du moins sa volonté d’emporter avec lui dans sa tombe les symboles de son métier (pelle et pince associées à l’urne cinéraire).
 
L’association entre les stations de résiniers et les sites de fabrication du fer
 
Les auteurs Loir et Trintignac auteurs ont déjà mentionné le lien entre stations de résiniers et sites de réduction du minerai de fer, tout d’abord en constatant la présence de scories et de fragments d’urnes à résine sur les mêmes sites. Dans notre corpus, 9 sites présentent cette association directe, et nombreux sont les stations de résiniers et les sites de réduction du minerai qui sont proches géographiquement sans pour autant avoir été inventoriés ensemble. Cela s’explique d’abord sur le plan technique : comme nous l’avons déjà mentionné, la réduction du minerai de fer requiert un combustible du type charbon de bois. Or, celui-ci est produit en grandes quantités par l’activité des résiniers qui, eux, utilisent le bois. Il est donc tout à fait logique de retrouver sur un grand nombre de sites cette association qui permettait d’économiser de la matière première, et donc du temps et de l’argent, tout en permettant une grande efficacité dans la gestion des ressources. Le charbon de bois est en effet le résidu solide de la cuisson réalisée à l’abri de l’air dans un espace confiné, permettant ainsi la concentration du carbone, ce qui était le cas dans les stations de résiniers et les fours à chaux.
De plus, on peut penser que ces activités exigeant un foyer et produisant une certaine nuisance avaient vocation à être reléguées en un même lieu placé légèrement à l’écart, ne serait-ce que pour éviter la propagation du feu et des odeurs. Enfin, on ne sait si la réduction du minerai à cette échelle requérait vraiment la présence de personnes à temps plein, à savoir que la station de résinier et le site de réduction auraient pu être conjointement gérés par le même groupe de personnes vivant non loin et maîtrisant l’art du feu.
 
Utilisation et commerce du fer
 
Le fer est utilisé pour la construction des murs gaulois, comme en témoigne César (Guerre des Gaules, VII, 23). Il est aussi très apprécié dans la fabrication des outils et des armes et permet une augmentation de la productivité. Il est utilisé tant par le groupe (travaux) que par les particuliers (outils quotidiens). Le fer appartenant à ces derniers s’use bien plus vite car il est très utilisé et doit donc être reforgé ou réparé et débarrassé de sa rouille. On peut donc parfis se passer de production en réajustant le stock. Au vu de l’abandon par les soldats d’une grande quantité de fer, on peut penser que l’armée romaine était largement satisfaite en fer, ce métal n’était donc ni rare ni luxueux. Mais pour le petit peuple, le matériau devait être accessible sans être pour autant à bas prix, en témoignent les nombreuses récupérations. Pline l’ancien parle du ferrum gallicum au même titre que le fer parthique, sérique et norique (Histoire Naturelle, XXXIV, 144-145).
Sur le plan national, plusieurs sites fouillés montrent que le commerce du fer ne répondait pas à des critères de proximité : ce n’est pas parce qu’une région pauvre en fer se trouve à côté d’une région riche en fer qu’elle va s’approvisionner auprès de celle-ci. Ce constat pose donc la question des circuits de distribution du métal. Le fer n’était il échangé qu’à l’intérieur même de chaque cité ? Il se peut qu’il y ait eu différents niveaux : un commerce de proximité de pains de métal bruts ou à peine transformés, un échange à plus longue distance à partir de produits finis ou du moins de pains prêts à l’emploi. On sait qu’à l’époque protohistorique circulaient des barres de métal comportant une poignée. A l’époque romaine, on en connaît aussi mais sans poignée. Le fer a ainsi pu circuler à la Protohistoire et à l’Antiquité sous forme de produits bruts, de masses produites au bas fourneau ou de barres prêtes à l’emploi ayant subi une première transformation. Ces barres sont connues par des dépôts, mais aussi par l’iconographie funéraire et ont également été retrouvées dans des épaves échouées en Méditerranée, c’est dire l’importance du commerce de ce métal. De plus, quelques informations écrites existent au sujet de la production du fer pour la période gallo-romaine : Posidonius, au début du Ier siècle avant notre ère, fournit des renseignements repris par Strabon (Géographie, IV,2,2) selon lesquels des mines de fer se trouveraient chez les Bituriges Cubes et chez les Pétrocores. César le confirme en 52 avant notre ère (Guerre des Gaules, VII, 22). Pour que les auteurs antiques mentionnent la production gauloise, il fallait donc qu’elle soit d’une certaine importance.
 
Des réseaux de sites ?
 
Sur le plan national, on sait que depuis le début du Premier Age du Fer, on sait produire le fer à partir de ses minerais les plus faciles à traiter, les oxydes. A partir du second Age du Fer, les centres de production semblent attirer et fixer les populations qui se consacrent à la fabrication du fer. Avec la Conquête, les lieux de production du fer sont toujours en activité et semblent s’intégrer au réseau de sites contemporains. D’après l’état actuel des recherches françaises, deux fourneaux étaient le plus souvent associés du Ier siècle avant notre ère au haut Moyen Age, même si les ferriers sont distants de quelques dizaines de mètres.
Les vestiges retrouvés en prospection sur notre zone d’étude font apparaître certaines zones de concentration des ferriers. On peut se demander si ces ferriers étaient effectivement contemporains et fonctionnaient ensemble ou si, bien que contemporains, ils fonctionnaient indépendamment. On peut aussi penser qu’ils ne sont pas tout à fait strictement contemporains et qu’ils correspondent en réalité à un déplacement des zones de production d’un endroit à un autre tout simplement pour se rapprocher de la forêt défrichée au fur et à mesure. Le problème principal est l’absence de datation précise pour la plupart des sites, certains n’ayant même pas livré de mobilier autre que les scories. Ce problème restera donc pour l’instant à l’état d’hypothèses. Il est toutefois important de noter que c’est la forêt qui a eu en premier lieu à subir les conséquences de cette activité : les quantités de charbons de bois ingurgitées par cette industrie étaient considérables, bien que la solution de l’association avec les résiniers existât. Le charbonnage dépendant des ressources locales, c’est certainement le résineux qui était ici utilisé. A titre d’exemple, aux Martys, lors d’une campagne d’expérimentations réalisée en 1991, il a fallu 200 Kg de charbons de bois pour traiter 200 Kg de minerai, ce qui a permis de produire 90 Kg de scories et 30 Kg de fer. En mesurant la masse de scories retrouvées sur place, on peut estimer la masse de charbon de bois correspondante et donc le volume de bois brut exigé par la réduction et par là même le nombre d’hectares de forêt qu’a nécessité cette activité. Le plus souvent, les environs immédiats des fourneaux étaient assez vite déboisés, ce que l’on a aussi pu remarquer pour la zone étudiée. On peut penser que les hommes ont vite défriché une zone afin d’installer leurs fourneaux et, voyant la forêt s’éloigner de jour en jour de leur lieu de travail, ont pu déplacer celui-ci de proche en proche. Il ne faudrait donc pas voir tous ces sites comme ayant fonctionné en même temps, créant ainsi un bassin de fabrication du fer, mais plutôt comme étant des fourneaux utilisés successivement, à moins que l’hypothèse contraire, à savoir l’existence de complexes sidérurgiques, ne soit la bonne. En l’absence de données de fouilles, il est difficile d’en dire plus. En effet, sur cette commune, tous les sites de fabrication du fer ont été découverts en prospection et il est regrettable qu’aucun d’entre eux n’ait fait l’objet d’une campagne plus approfondie. De plus, la présence de scories peut ne pas indiquer un site de fabrication du fer mais une structure utilisant les scories comme fondations, remblais, recharge de voies, comme il était commune de le faire dès l’Antiquité. Quelques sondages seraient donc les bienvenus afin d’évaluer le taux de petits ferriers révélant effectivement un site de fabrication du fer.
 
Le contrôle de la production : hypothèses
 
Que penser du contrôle effectué sur la fabrication du fer par les peuples locaux ? Tout dépend de la période considérée. Pour la Protohistoire, il n’est pas interdit de penser qu’un lien unissait les sites de fabrication du fer et les sites fortifiés. Non contents de posséder le minerai et les ressources nécessaires à sa réduction, ainsi que la technique, les habitants de la région ont certainement cherché à protéger leur précieux trésor. Il se peut que ces sites aient contrôlé à un moment ou à un autre les lieux de réduction du minerai de fer situés en contrebas. Cela peut donc s’étendre de la Protohistoire au Moyen Age, au vu de la durée de l’occupation de ces sites de hauteur. Il faut aussi dire que la plupart de ces fortifications sont situées non loin des cheminements anciens, à savoir les drailles qui drainaient les troupeaux mais aussi certainement les hommes et leurs marchandises. De plus, on remarque la disposition stratégique de ces sites de hauteur qui s’implantent logiquement sur un mamelon surélevé du causse, dominant ainsi la vallée et les parcelles situées en deçà, et par là même les voies de passage. Sur le plan national, l’état des connaissances permet d’affirmer que des sites de forges faisaient partie intégrante des habitats groupés, en particulier au premier Age du Fer. Du IVe siècle avant notre ère à l’époque romaine, les fouilles ont plutôt montré qu’ils étaient situés près de la muraille. Rien n’est dit au sujet des sites de réduction. On le voit, il est donc difficile, en l’état actuel des connaissances surtout dues à la prospection, de prouver le lien entre les sites fortifiés dès la Protohistoire et les ateliers de fabrication du fer, même si cette hypothèse nous semble très intéressante. En effet, il ne faut pas oublier que le fer, comme la poix, devait trouver un débouché commercial évident dans le sud de la Gaule qui avait besoin de ces matériaux, pour la construction de bateaux et pour le cerclage des tonneaux, entre autres.
En ce qui concerne la période gallo-romaine, plusieurs pistes sont évoquées dans l’ouvrage signalé plus haut (Mangin 2004). On pense que certains complexes miniers et métallurgiques étaient aux mains des cités, comme celle des Ségusiaves qui contrôlait la production de plomb (CIL, XII, 5700). Des inscriptions vellaves en témoignent aussi (CIL XIII, 1576,1577). Mais on pense également que les personnages cités pouvaient être des représentants locaux d’une institution liée au Conseil des Gaules, l’arca ferrariarum ou caisse des mines de fer. Il se peut enfin que des particuliers aient tiré parti de la fabrication du fer, qui pouvait dépendre des villae. Parfois, ce peut être aussi un procurateur de l’empereur qui administrait entre autres les mines de fer qui appartenant à l’Etat, par l’intermédiaire de fermiers nommés conductores.
Dans la zone étudiée, on remarque un lien entre les établissements ruraux et les ferriers recensés. Prenons plus spécifiquement le cas des sites potentiellement liés à une villa. Dans le cas de réduction du minerai dans la villa, on peut penser tout d’abord à une consommation courante de la production, mais aussi pourquoi pas à un réseau local d’alimentation des autres fermes. De plus, chaque villa devait aussi disposer d’une forge. On peut également constater, comme ailleurs en France, l’association spatiale entre une villa romaine et des amas de scories de réduction situés non loin. Voir le cas de Pont Plan et les autres…
On peut donc penser qu’une élite locale, de tradition indigène ou non, a pris le contrôle économique de ces sites, tout comme les stations de résiniers et les ateliers de production de céramique sigillée, afin d’en tirer un profit non négligeable constituant à la fois son capital économique et son fief rural. Mais cela reste bien sûr à prouver.
En ce qui concerne l’antiquité tardive et le haut Moyen Age, rien ne dit que la production se soit interrompue, au contraire. Au plan national, des manufactures d’Etat « fabricae » destinées à la production d’armes comme à Argentomagus chez les Bituriges et Augustodunum chez les Eduens sont attestées (Notitia Dignitatum, Occ., IX, 31). Pourquoi n’en serait-il pas de même chez les Gabales ? La route du fer qui permettait d’écouler la production dans les cités avoisinantes peut très bien s’être maintenue par la suite. Le faible nombre de sites datant de ces époques dans notre corpus ne nous permet pas d’en dire davantage mais cette hypothèse serait à développer.
 
La fabrication de la chaux
 
Les sites 
 
Nous avons pu inventorier en prospection 15 fours à chaux, tous découverts par Pol Le Lay. Aucun n’avait donc auparavant été inventorié. Les sites concernés sont : CAN 90, CAN 91, CAN 92, CAN 11, CAN 112 associé à de l’urne à résine, CAN 114, CAN 121, CAN 122, CAN 123, CAN 124, CAN 149, CAN 165, CAN 166, CAN 172, CAN 173.
 
Caractérisation des fours à chaux et chronologie
 
Ils sont pour la plupart constitués, du moins ce qu’il en reste, de la même façon, à savoir qu’ils mesurent environ 8 m de diamètre, qu’ils se présentent sous la forme d’un bourrelet d’un mètre de hauteur, à peu près circulaire, délimitant un espace creux de plusieurs mètres de profondeur. Tous ces sites ont été découverts par Pol Le Lay et inventoriés lors de notre étude, il est donc difficile, en l’absence de données de fouilles et d’avis de la part des spécialistes, d’en dire plus. La végétation, qui a toutefois permis de conserver les vestiges, ne nous a pas non plus aidés à lire correctement les structures. Toutefois, nous avons pu remarquer que la partie creuse interne était visiblement constituée de pierres ; il est difficile de dire si elles sont assisées ou non, les ronces et buis ne permettant pas d’y voir clair. De la chaux a parfois été retrouvée à proximité immédiate (cf. CAN 90). On peut noter que ces sites se situent tous dans des zones de calcaire en plaques, facile à extraire du sol : cela peut se faire à la main, en un simple ramassage de surface. Il était donc aisé d’utiliser la ressource naturelle dominant ici, le calcaire. De plus, ces fours sont situés dans de petites vallées, là où le vent pouvait s’engouffrer. Ils ne sont pas à proximité immédiate des sites archéologiques connus, peut-être pour épargner aux habitants les nuisances, mais dans les environs proches tout de même. Ce que l’on peut remarquer, c’est qu’ils se situent dans des zones déjà mises en valeur par d’autres artisanats (fer, résine), ce qui pourrait faire penser qu’ils sont gallo-romains, mais cela reste une hypothèse.
En raison du manque criant de mobilier sur ces sites, difficile d’en dire plus quant à leur datation. Par comparaison avec d’autres régions, on sait que les fours à chaux ont existé dès l’Antiquité et que leur utilisation a perduré jusqu’à peu. Il serait donc hasardeux d’en dire plus. On sait que la chaux était utilisée dans le mortier romain et par la suite également. Etant donné que nombres d’habitats romains fouillés sur la zone d’étude ont livré des murs jointoyés au mortier, on peut penser qu’il leur a bien fallu à un moment ou à un autre fabriquer de la chaux dans un four à proximité.
 
Par Audrey Roche
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Mardi 2 octobre 2007
Fonctionnement d’un four et fabrication de la chaux
 
La chaux s’obtient à partir du calcaire calciné dans un four à chaux à environ 1000°C pendant une semaine à dix jours. Dans le Sud, plusieurs fours à chaux tronconiques inversés sont connus. Les blocs de calcaire sont amoncelés au-dessus de la chambre de chauffe en formant une voûte, les gros morceaux en bas et les petits en haut et recouverts d’argile percée de trous d’évent destinés à laisser s’échapper la fumée. Une baie permet d’accéder au foyer, une autre permet de retirer les cendres. Le feu est puissant et violent, mais les pierres se calcinent lentement car la cuisson est faite à l’étouffé. Les fours étaient d’ailleurs également utilisés pour produire du charbon de bois. Les pierres pulvérulentes se réduisent alors en poussière facilement. Cette chaux brûle alors naturellement, elle est dite chaux vive ; elle est dangereuse et ne peut être utilisée en l’état. C’est un oxyde de calcium anhydre obtenu directement après la cuisson des calcaires. Pour l’éteindre, il faut y ajouter de l’eau, et on obtient alors de la chaux dite éteinte, hydratée, de composition chimique Ca(OH)2. La chaux issue du four n’est pas parfaite, d’une part parce qu’on y mettait parfois des calcaires de mauvaise qualité, d’autre part parce que la fabrication comportait des risques et des difficultés. Ainsi, on peut parfois trouver des petits blocs de pierre mal cuite enrobés de chaux. Tout est concassé, broyé à l’état de poussière et transporté sous cette forme. La poudre est ensuite additionnée à du sable et de l’eau et sert ainsi de liant pour former le mortier que nous connaissons auquel on a parfois ajouté des briques et des tuiles pilées ; sous cette forme, elle résiste à l’eau et au milieu humide et pouvait donc être utilisée dans la construction des ponts. Elle peut aussi être utilisée comme badigeon sous forme de lait de chaux, à savoir de la poudre de chaux mise en suspension dans de l’eau. Pour la fabrication du mortier, on avait donc besoin de combustible, le bois, de calcaire ou de molasse (grès tendre à ciment calcaire se formant dans les dépressions au pied des montagnes), de sable qui existe sur le causse sous forme de sable dolomitique, et d’eau.
Par comparaison ethnologique, on sait que des chaufourniers travaillent ainsi en Sicile et grâce à des témoignages oraux et des documents d’archives, on sait que les fours ont continué d’être utilisés jusque dans les années 1930. De plus, les mêmes sources renseignent sur le fait que les pierres du four s’usent très vite en raison de la forte chaleur qui y règnent, il faut donc souvent réparer le four ou en construire un peu plus loin, ce qui pourrait entre autres expliquer la concentration de sites que nous avons remarquée. Toujours d’après les mêmes sources, on sait qu’il faut compter environ 15 jours pour que la température baisse. Pendant ce temps, les ouvriers affectés aux fours devaient donc s’occuper d’une autre activité proche géographiquement.
 
Organisation spatiale et contrôle de la production
 
On remarquera la concentration de ces sites dans des zones de production bien précises. Doit-on penser, comme pour les stations de résiniers, que l’on n’a pas hésité à changer de site une fois les ressources devenues trop éloignées et les fours usés ? C’est possible, la forêt ayant également subi les conséquences de cette activité. A moins que ces sites ne forment vraiment un bassin de production. Dans le cas d’une contemporanéité avec les stations de résiniers et les sites de réduction du minerai de fer, on peut penser qu’ils formaient un autre pan de l’économie locale et qu’ils étaient administrés de la même façon. Leur répartition spatiale et leur contexte géographique et archéologique pourrait peut-être nous en dire plus. En effet, le four à chaux produisait du charbon de bois, qui, nous l’avons vu, est très apprécié d            ans la métallurgie. Une association n’est donc pas impossible. De plus, une concentration de ces sites est logique, puisqu’ils nécessitaient des ressources en eau non négligeables, et que celle-ci est relativement rare sur le plateau. La localisation de ces sites artisanaux près des puits ou dans les vallées est donc pragmatique.
 
Reste à savoir si l’on peut parler de bassin artisanal : doit-on considérer ces sites comme étant contemporains et fonctionnant dans une même logique de mise en valeur du territoire sous contrôle des villae ? Dans le cas d’une contemporanéité antique de ces sites, on peut le penser, mais il ne faut pas oublier que nous travaillons là sur des sites témoignant d’un artisanat qui a eu une durée de vie très longue, parfois de l’Antiquité à nos jours pour la fabrication de la chaux, du début de l’Antiquité au haut Moyen Age au moins pour la fabrication de la poix et de la céramique et certainement même bien après pour la fabrication du fer. Il est donc difficile d’imaginer d’hypothétiques réseaux de sites à partir de données chronologiques vagues. Toutefois, la carte présentée au début de cette partie montre au moins une association spatiale des sites. A défaut d’affirmer leur contemporanéité, on ne peut en tout cas l’infirmer.
 
         5.1.4. L’occupation du territoire au début du Moyen Age
 
L’antiquité tardive et l’antiquité ne semblent pas, au premier abord, faire apparaître de coupure ou de rupture. En effet, l’altitude des sites reste la même, comme nous avons pu le voir, le causse n’est donc pas déserté. Toutefois, l’occupation de certains sites de hauteur (Clapas-Castel, Lou Clapio) atteste d’un certain mouvement de retraite dans des endroits sûrs. Néanmoins, certains sites sont occupés à la même époque sans aucune protection (Les Cheyrouses). Il se peut donc que tous ces sites dits contemporains à cause du découpage chronologique historique traditionnel et artificiel ne soient pas en réalité strictement contemporains et qu’il ait existé des périodes d’instabilité provoquant ce net recul. On remarque en tout cas un abandon des villae et établissements ruraux et habitats groupés présentant des données de fouille autour du IVe siècle. On notera la continuité de la nécropole de Banassac, l’essor même pris par Banassac à la période mérovingienne et le nombre considérable de sites traditionnellement connus comme ayant été occupés par des communautés juives, comme en témoigne la toponymie (Salmon, Montjézieu, Booz…).
 
5.2. CARACTERISTIQUES DES DYNAMIQUES DE PEUPLEMENT
 
5.2.1. Les continuités
 
5.2.1.1. Continuité dans l’occupation des sites
 
Certains sites n’ont été occupés que pendant une brève période, ce qui ne veut pas dire toutefois qu’ils aient été occupés qu’une seule fois. Ils ont parfois donné lieu à une simple halte (site de débitage du silex), d’autres ont certainement été réoccupés à chaque saison (les stations de résiniers), d’autres sont occupés sur de très longues périodes comme les habitats en grottes, les abris et dolines barrées, les sépultures en grottes, les dolmens, les tertres. On se doute que certains de ces sites ont connu des phases d’abandon entre temps, mais il est difficile de le dire en prospection.
 
5.2.1.2. Continuité dans les stratégies de peuplement
 
On a pu noter que, depuis la Préhistoire, l’homme a toujours essayé de tirer profit du mieux qu’il pouvait des ressources du Causse et de la vallée. Cette adéquation entre les deux milieux a donné lieu à des traditions qui perduraient il y a encore peu de temps et qui ont plus ou moins conditionné l’implantation de l’homme en certains endroits, en témoignent les pratiques pastorales. Les activités artisanales présentes sur le Causse ont en fait perduré tant qu’elles trouvaient un débouché viable, ce qui a été le cas jusqu’à la Révolution industrielle, puisque les caussenards étaient surtout tournés vers les activités primaire et secondaire. Ainsi, même si les tous les sites ne sont pas forcément réoccupés ou occupés sur le long terme, ce sont les pratiques propres à la mise en valeur de ce terroir qui ont perduré. Encore aujourd’hui, on peut donc se servir de l’exemple ethnologique donné par les habitants du causse pour comprendre comment l’homme a peu à peu maîtrisé ce milieu. C’est effectivement moins en lisant des livres qu’en discutant avec les habitants que l’on peut appréhender cet espace si particulier. On a ainsi pu remarquer que nombre de mas désertés il y a peu ou encore occupés par une ou deux familles présentent en fait un site archéologique tout proche qui semble avoir eu une continuité jusqu’à nos jours (Les Cheyrouses, Le Masmontet, La Lavagne...). Ainsi, la présence ancienne des hommes a t-elle eu une incidence sur la physionomie caussenarde traditionnelle.
 
5.2.1.3. Continuité dans les réseaux viaires ?
 
Problèmes
 
Etant donné la charge de travail que représente l’étude du réseau viaire à l’échelle d’une aussi grande commune, il n’est possible d’en donner qu’un aperçu à travers les indices trouvés dans la bibliographie, sur le terrain et grâce aux témoignages oraux des habitants.
Le premier problème réside dans l’absence de toute fiche d’inventaire DRACAR consacrée aux voies pour les communes de Banassac et de La Canourgue : impossible, donc, d’utiliser le moindre tronçon de voie comme point de départ.
Le second problème réside dans la bibliographie : en effet, étudier le réseau viaire à l’échelle d’une commune oblige plus ou moins le lecteur à lire systématiquement toutes les informations données au niveau départemental, et donc à traiter une plus grande somme de textes pour finalement un maigre apport sur la commune choisie. Ainsi, une étude plus globale sur tout le réseau viaire du département à partir de la bibliographie est plus payante qu’une étude au niveau d’une commune.
En réalité, j’ai moins acquis d’informations en lisant les ouvrages qu’en interrogeant habitants et agriculteurs. Là encore, un problème s’impose, celui de la terminologie adoptée pour chaque structure viaire : les personnes interrogées répondent toutes « oui » à la question « savez-vous où passe la voie romaine ? », alors que leurs indications concernent tantôt une draille, un chemin bordé de pierres, une route moderne etc. Cela nécessiterait au moins une année d’interroger minutieusement et systématiquement les habitants et de classer toutes les données pour ensuite aller les vérifier sur le terrain.
 
Pistes de recherches
 
Il serait intéressant d’étudier systématiquement le réseau viaire dans ces communes car :
- les différents oppida et sites d’artisanat devaient être reliés entre eux par des cheminements certainement repris à l’époque gallo-romaines car peu de passages existent
- Banassac devait être plutôt bien desservie, en particulier pour exporter la céramique sigillée produite dans les ateliers
- la zone d’étude couvre vallée et causse ; il me paraît intéressant d’étudier la façon dont on pouvait passer de l’un à l’autre, défi qui n’a trouvé de solution moderne à grande échelle qu’avec la construction de l’autoroute A 75. Or, on sait que le milieu caussenard et la vallée communiquaient sans cesse et depuis le Néolithique au moins.
 
Il serait judicieux de :
- parcourir le territoire à pied soi même pour se rendre compte de la topographie et des cheminements actuels, à plusieurs périodes de l’année. En effet, certaines voies contournent quelque chose qui n’existe pas, ce qui peut nous paraître aberrant. En réalité, elles ne font que suivre la course du soleil afin d’être en permanence dégelées, ce qui ne se remarque que si l’on parcourt la zone à plusieurs périodes de l’année et à des horaires différents, et qui semble finalement logique dans une zone qui ne voit la neige fondre qu’à la fin du printemps
- une fois le travail d’enquête orale et bibliographique réalisé, cartographier les hypothèses les plus probables… et aussi les plus audacieuses (cf. premier exemple).
- retourner sur le terrain pour voir en premier lieu les tronçons « sûrs » et les localiser au GPS 
- suivre les cheminements passant par ces points et pointer systématiquement au GPS tous les 50 m
- cartographier ensuite tous les points pour avoir un tracé plus probable que les lignes droites tout d’abord dessinées.
 
Cette méthode, que j’avais commencé à mettre en œuvre, se révèle très payante, mais prend énormément de temps. Pour un travail d’une année, il faudrait parcourir la zone étudiée durant l’été précédent l’année universitaire afin de mieux connaître le territoire, profiter de l’hiver pour étudier la bibliographie, mener l’enquête orale et cartographier, et enfin, dès la fonte des neiges, retourner sur le terrain pour finaliser le pointage des tracés les plus probables. Ce travail détaillé ne peut bien sûr pas être effectué en une poignée de semaines en plein hiver. Or, l’urgence était plutôt d’inventorier nombre de sites déjà découverts et qui risquaient d’être détruits lors des labours. C’est pourquoi j’ai pris le parti de travailler sur ces sites sur le terrain dès janvier et de volontairement négliger l’étude du réseau viaire, qui ne m’aurait pas laissé le temps de faire le reste.
J’ai donc inventorié comme indices de site les chemins et routes dont un tronçon est visible et localisable précisément et qui sont considérés comme anciens soit par la population locale, soit dans la bibliographie. Mais il est difficile de donner plus qu’une simple description car ces anciens cheminements sont largement recouverts par la végétation. Toutefois, la plupart du temps, nous n’avons pas de tronçon visible et localisé précisément, mais plutôt des indications sur le tracé. Dans ce cas, j’ai listé les toponymes cités par les habitants dans l’ordre donné par ces derniers et j’ai joint à ce texte une carte IGN mentionnant ces points et un tracé imaginaire reliant ces points en ligne droite : ce n’est évidemment pas le tracé réel.
En l’état, il est possible de penser que les réseaux viaires ont connu une certaine pérennité, ne serait-ce que les drailles. On se doute que les passages stratégiques - vallées, vallées sèches, cols – ont toujours été surveillés, en témoigne la carte de répartition des oppida et des villae.
 
5.2.2. Des ruptures ?
 
Nous pouvons parler de ruptures dans l’occupation des sites lorsque ceux-ci ont été abandonnés temporairement ou définitivement comme c’est d’ailleurs le cas pour la majorité des sites, mais cela n’aurait pas vraiment d’intérêt. Nous allons plutôt nous concentrer sur les ruptures en matière de peuplement. Comme nous l’avons dit plus haut, il semble qu’il y ait certaines périodes d’instabilité qui ont présidé à des changements dans les stratégies d’occupation du territoire. C’est le cas à la Protohistoire, où l’on note un perchement de la population de plus de 200 m par rapport à la période précédente et au haut Moyen Age où il semblerait que la population ait cherché à se protéger d’un danger.
On note également des ruptures quant aux fonctions des établissements : on pensera à Banassac qui passera d’un centre de production de la poterie à une bourgade mérovingienne qui frappe monnaie, de l’abandon de Cadoule/Ron de Gleizo etc.
On peut aussi citer les ruptures dans les habitudes prises dès la Préhistoire, à savoir l‘abandon des sommets haut perchés pour les nécropoles qui vont peu à peu se rapprocher de l’habitat à l’époque romaine, tout en restant en périphérie, jusqu’au Moyen Age où les morts et les vivants vont presque cohabiter.
On notera enfin la particularité des lieux de culte dont certains perdurent dans leur emplacement mais voient une nouvelle religion s’installer, leur donnant alors une nouvelle destination.
 
5.2.2. Les critères d’établissement et d’abandon : hypothèses
 
Il faut dire avant tout qu’aucun site ne me semble avoir été implanté à tel endroit plutôt qu’un autre à cause d’un seul facteur, c’est donc bien sûr la combinaison de ces facteurs qui a précédé l’établissement d’un site sur un lieu précis. Toutefois, il me paraît intéressant de regarder de plus près le rôle de chacun.
 
5.2.3.1. Les critères d’établissement
 
La présence de ressources naturelles
 
L’eau
 
La présence de l’eau est sans contexte un des facteurs les plus importants en matière d’implantation des hommes, à toutes les périodes, pour tous les types d’établissements, et d’autant plus que nous sommes sur un causse. Sans vouloir faire de déterminisme géographique, il est évident que les sources et résurgences jouent un rôle considérable en la matière. A la Préhistoire, il est notable que les avens-grottes, les abris sous roche et les cavernes plus profondes ont proposé à l’homme à la fois un lieu sûr, car difficile à atteindre, et proche de l’eau qui se trouve soit dans l’aven, soit dans la vallée que cette grotte permet de surveiller. A la Protohistoire, on note de même la proximité des habitas et de l’eau, mais l’eau ne semble pas jouer de rôle en matière d’implantation des nécropoles. On notera à cette période - et certainement avant mais nous n’en avons pas la trace – de l’eau dans les cultes. A la période gallo-romaine, l’eau tient une grande place, en particulier pour les ateliers de potiers qui l’utilisent à grande échelle, bien qu’ils ne se soient vraisemblablement pas servi des cours d’eau pour leurs exportations. L’eau est également très utilisée dans les diverses activités artisanales telles que la fabrication du fer et de la chaux. Enfin, à toutes les périodes, l’eau est de toute façon un facteur d’implantation des aires de repos sur les drailles, afin que les troupeaux s’abreuvent lors de leurs haltes, près des lavognes et puits généralement.
Il faut tout de même noter que l’absence d’eau n’est pas pour autant un facteur de vide humain : certains sites ont été occupés alors que l’eau n’était pas vraiment à proximité, c’était donc autre chose qui était recherché (l’altitude par exemple).
 
Autres ressources
 
Le bois, l’argile, les minerais de fer, le calcaire en plaques, le sable dolomitique, la faune très variée des Causses ont sans conteste eu une incidence sur le peuplement de cette région. Il faut dire que tant que ces ressources avaient de la valeur, la zone a été prospère. C’est au moment où ces ressources se sont avérées peu demandées que le Causse a commencé à péricliter, faute d’avoir quelque chose à échanger. Il est évident que les hommes de la Protohistoire ont allègrement profité des minerais de fer qui se ramassent sans même avoir besoin de creuser, que les ateliers de production de la sigillée ne se seraient pas implantés s’il n’y avait eu de l’argile de qualité, du bois et de l’eau en abondance etc.
 
La topographie
 
La topographie est sans doute un des critères d’établissement les plus probants. En effet, nombre de sites ont été implantés en liaison directe avec le relief, si l’on considère que ce dernier offre des opportunités non négligeables en matière d’implantation humaine. Il faut ici partir du présupposé selon lequel le relief n’a pas beaucoup changé au cours des siècles, ce qui est vrai pour certaines zones, mais qui est bien sûr très loin de la réalité pour les zones proches des routes contemporaines, dont les abords ont été très remaniés. Dès la Préhistoire, les hommes profitent des anfractuosités du relief comme les grottes et les abris sous roche, les dolines, les mamelons du Causse etc. C’est d’ailleurs la Protohistoire qui donnera ses lettres de noblesse à ces protubérances karstiques, dont les hommes feront des places fortes ou des éperons barrés. A l’Antiquité, l’altitude et le relief semblent jouer un rôle bien moindre, l’homme étant plus à même de s’organiser pour maîtriser son milieu. Toutefois, on notera la forte influence de la topographie pour ce qui est des réseaux viaires, qui contournent sans trop le choix les nombreux obstacles naturels que sont les puechs et les falaises. Le haut Moyen Age profitera allègrement du perchement des fortifications protohistoriques pour se mettre à l’abri.
En ce qui concerne le choix de l’implantation de tel ou tel habitat en fonction du relief, on notera la nette référence des hommes de la Préhistoire pour les hauts sommets pour y implanter les marqueurs de leur territoire et leurs nécropoles.
La topographie a aussi eu une incidence indirecte sur le peuplement en matière d’exposition : la plupart des habitations sont exposées sud, et les dolmens et lieux de cultes chrétiens sont, eux, orientés.
 
Les voies de communication ?
 
Pour résumer, le problème des réseaux viaires et des habitats est identique à celui de la poule et de l’œuf, c’est à se demander lequel a engendré l’autre…A la Préhistoire, les cheminements induits par le mode de vie nomade puis semi-nomade ont certainement précédé l’implantation d’abord saisonnière puis définitive en certains endroits propices. Il se peut que ces lieux aient été justement choisis en fonction de leur proximité avec des chemins mais ce n’est certainement pas le premier facteur, l’eau ayant dû joué rôle plus prépondérant en la matière. A la Protohistoire, la proximité entre les habitats de hauteur et ces chemins qui permettaient de rallier plus ou moins toutes les zones voisines des causses a certainement dû influencer le choix des sites d’implantation mais, là encore, c’est la topographie qui semble avoir primé sur le choix. A l’Antiquité, la présence des axes reliant La Graufesenque à Anderitum et à La Régordane a sans doute joué un rôle dans l’implantation des ateliers de sigillée, à condition qu’ils aient été antérieurs…
Dans tous les cas, il faut bien penser que les routes ont pu venir après les sites, ou en même temps, et que dans ce cas elle n’ont pas joué de rôle en matière d’implantation du site, elles en sont au contraire les conséquences. Ainsi, on se doute qu’il devait exister un formidable réseau viaire capable de relier entre eux tous ces sites.
 
La présence des ateliers de production de céramique sigillée ?
 
Il est aussi intéressant de se demander quel rôle a joué l’implantation des ateliers de production de la céramique sigillée à Banassac sur le peuplement. Cela nécessite de connaître d’un part la chronologie précise des ateliers, d’autre part la date de création des autres sites antiques présents sur la zone d’étude. Toutes ces conditions ne sont pas remplies. Toutefois, les ateliers semblent avoir débuté leur activité autour de 100 + ou - 10 ans. Or, nombre de sites ont été créés au premier siècle, datés en particulier par la céramique toujours très dépendante des traditions artisanales indigènes. De même, certains établissements ruraux semblent avoir pris le relais de sites gaulois (Ron de Gleizo…) et leur création n’est donc pas à imputer à l’établissement des ateliers dans la vallée. Il semblerait donc à première vue que les ateliers aient été implantés dans une zone déjà bien maîtrisée par l’homme et dont les réseaux de communication et de mise en valeur du terroirs étaient déjà existants.
Cela ne veut pas dire, bien sûr, que les ateliers n’ont eu aucun impact sur le peuplement proche. Il se peut que cette activité économique ait dynamisé la région au point de favoriser l’implantation des riches domaines décrits plus hauts. D’après Alain Vernhet, l’activité artisanale de la production de céramique et l’activité de l’extraction de la poix étaient liées. En effet, les troncs destinés aux ateliers étaient débités par les bûcherons, puis descendus dans la vallée par schlittage et acheminés certainement par voie fluviale, alors que les petits déchets étaient récupérés pour distiller la résine. Les sites producteurs de poix étaient eux-mêmes certainement liés aux sites de fabrication du fer car, comme nous l’avons vu, les bas fourneaux fonctionnent mieux avec le charbon de bois, produit à la fois lors de la distillation de la résine et lors de la fabrication de la chaux. Toutes ces activités étant complémentaires d’un point de vue technique, on se doute que leur contrôle et leur gestion pouvaient l’être aussi. Il se peut donc que l’implantation des ateliers de sigillée aient renforcé cette économie locale, par l’apport de financements et de soutiens logistiques et techniques entre autres. Ainsi, leur implantation dans la vallée a donné du travail aux bûcherons, a facilité la coopération avec les fabricants de poix et de fer etc. Il me semble qu’il faut y voir là un ensemble d’activités qui se sont érigées en système économique : chacun dépendait donc des autres, ce qui nécessitait une certaine puissance d’organisation et de contrôle de la part de ceux qui en avaient la gestion.
D’un autre côté, il ne faut forcément voir dans les ateliers de potiers le maillon fort de cette chaîne, il ne s’agit que d’un des maillons. En effet, ces activités existaient bien avant l’arrivée des ateliers et ont perduré après leur déclin. Les ateliers n’ont donc fait que s’insérer - harmonieusement il est vrai - dans un tissu artisanal déjà bien établi. Il faut dire que la présence d’une longue tradition artisanale et d’un réseau de mise en valeur du territoire préétablis ont dû favoriser cette implantation.
 
5.2.3.2. Les critères d’abandon
 
Certains critères d’abandon correspondent en réalité aux critères d’établissement des périodes antérieures : les sites de hauteur si recherchés en période de troubles sont vite abandonnés en période de paix car ils n’ont plus de raison d’être ; les sites difficiles d’accès et les anfractuosités si appréciés à la Préhistoire sont boudés par les Gallo-Romains qui leur substituent des aires dégagées. L’eau peut elle-même être un critère d’abandon : n’oublions pas que Banassac et La Canourgue, construites sur l’eau, comportent un risque d’inondation important. On sait que les potiers du Rozier ont eu à gérer des inondations qui avaient d’ailleurs détruit leurs fours. On peut penser que Banassac, vu sa configuration, a aussi eu affaire à ce type de problèmes. Toutefois, ce n’est pas pour cela que Banassac et La Canourgue ont été abandonnées ; au contraire, toutes deux sont encore habitées aujourd’hui.
 
En réalité, les critères d’abandon des sites sont plutôt à chercher dans des conditions culturelles et socio-économiques qui, parfois, nous échappent. Le danger, mais aussi le rattachement à telle ou telle structure plutôt qu’une autre, les croyances ont pu jouer un rôle non négligeable dans le choix de quitter un site pour un autre. Cette hypothèse fonctionne donc aussi pour les critères d’implantation. Il ne faut pas trop faire de déterminisme : les hommes ont toujours su s’adapter à leur environnement et adapter celui-ci à leurs besoins.
 
 

 

Conclusions
 
En ce qui concerne l’occupation du territoire, l’ancienneté préhistorique du peuplement de ce milieu s’est avérée décisive et la mise en place de réseaux stratégiques dès la Protohistoire a posé les bases de la structuration du milieu à l’époque suivante. En effet, on observe à l’époque gallo-romaine une formidable mise en valeur du plateau comme des vallées, par un vaste réseau de villae et d’établissements ruraux adaptés aux activités agricoles, pastorales et artisanales. Ceux qui réussiront à passer le cap des crises de la fin de l’Antiquité donneront d’ailleurs naissance aux mas médiévaux dont les hameaux actuels sont les dignes héritiers. Durant cette longue épopée de la mise en valeur du terroir caussenard, la présence de l’eau et des nombreuses ressources naturelles du Causse ainsi que la variété de ses reliefs tourmentés ont joué un rôle majeur, un rôle de complémentarité avec les besoins humains. Les Causses ne sont donc pas qu’une terre de passage, ils sont avant tout un lieu de vie.
Quant au rôle joué par les ateliers de potiers de Banassac sur le peuplement, il me semble ambivalent : d’une part le peuplement antérieur semble avoir facilité leur implantation et ne doit rien à leur arrivée, d’autre part il semblerait que leur courte mais flamboyante activité se soit très bien intégrée au réseau local déjà présent de mise en valeur du territoire. Peut-être l’officine a t-elle dynamisé les activités économiques et permis aux producteurs de s’offrir des débouchés plus lointains que la traditionnelle Narbonnaise, mais en tout cas son déclin n’a pas entraîné dans sa chute les structures rurales environnantes, qui tiraient leur richesse de suffisamment de ressources différentes pour pouvoir faire face à la perte d’un tout jeune marché. En revanche, l’implantation des ateliers a pu engendrer un apport de capitaux et d’intérêts qui ont certainement eu une influence sur les villae et leurs réseaux et donc sur le peuplement de la région. La comparaison avec des études d’archéologie spatiale réalisées autour d’autres ateliers de production de sigillée pourrait permettre d’affiner ces conclusions.
Enfin, le constat que l’on peut faire après cette année de prospections consiste à lever un a priori sur les zones boisées ou couvertes de lande : elles sont nullement un obstacle à la découverte de sites archéologiques. Ce sont cent vingt sites archéologiques nouveaux qui viennent d’être inventoriés sur deux communes situées sur le Causse boisé. Il est vrai que la méthode employée est fondamentalement différente de la prospection en terrain labouré et que les conditions de travail ne sont pas très enviables (escarpement, ronces, neige, sangliers…). Toutefois, l’appréhension d’un milieu aussi particulier s’est finalement faite sans mal et la densité de sites recensés laisserait perplexe plus d’un chercheur. En effet, nous avons recensé 203 sites sur 121,7 Km², soit 1,67 sites au Km² ou 1 site pour 60 ha en moyenne. Et si l’on ajoute les indices de sites, qui de toute façon sont des sites mais dont on n’a pu renseigner toutes les caractéristiques, on obtient plus de deux sites au Km² ou 1 site pour 48 ha. J’espère que ceci encouragera les recherches à l’avenir et que cet exemple donnera aux habitants l’occasion de prendre conscience de leur patrimoine afin de mieux le protéger.

                                                                       
                                                                               
                                                                                        AUDREY ROCHE

Adjoint du Patrimoine au Musée du Louvre, Domaine national des Tuileries
Sur liste d'aptitude d'assistant qualifié de conservation du patrimoine

v
          Formation 
  
Ø       2008   Ecole du Louvre, "prépa conservateur"
Ø       2007   Master professionnel Métiers de l'Archéologie et Patrimoine mention Très Bien (Lyon)
Ø       2006   Maîtrise Histoire des Arts et Archéologie mention Très Bien  (Clermont-Ferrand) 
Ø       2006   Licence Allemand-Anglais
Ø       2005   Licence d’Histoire des Arts et Archéologie mention Bien
Ø       2002   Baccalauréat ES spé Maths mention Très Bien, section européenne d’Anglais (Lozère)
 
Admissibilités aux concours  : Technicien de recherche en archéologie 2006, Ingénieur d’études en archéologie 2007 et 2008, Ingénieur des services culturels 2008, Conférencier national 2008, Adjoint du Patrimoine 2008 (admise), Assistant qualifié de conservation du patrimoine 2008 (admise), Conservateur 2008.

  
v          Expérience professionnelle 
 
CONTRATS
 
Ø       avril-août 2007   archéologue employée par le canton d’Argovie (Suisse allemande)
Ø       étés 2004 et 2005   musée du site gallo-romain de Javols (48)    
 
 
STAGES 
 
Ø       musées : musée départemental de la Lozère
Ø       documentation : SRI d’Auvergne ; bibliothèque universitaire d’Histoire de l’Art à Clermont
Ø       fouille : site mésolithique et tumulus dans le Cantal ; site âge du Bronze sur l’île Molène ; fosses hallstattiennes à Lyon ; camp légionnaire romain d’Oedenburg ; capitale des Gabales à Javols-Anderitum ; castrum de Calberte ; habitats du haut Moyen âge dans le Cantal
Ø       prospection : Grande Limagne ; Lozère
Ø       autres : archéologie du bâti médiéval en Auvergne ; Numismatique gauloise à Bibracte
 
v          Divers

Ø       Permis de conduire B
Ø       Logiciels : Word, Excel, Illustrator, Photoshop, ACDSee, Carto-Exploreur , Access, File Maker, Arc View et Photoplan
Par Audrey Roche
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