Fonctionnement d’un four et fabrication de la chaux
La chaux s’obtient à partir du calcaire calciné dans un four à chaux à environ 1000°C pendant une semaine à dix jours. Dans le Sud,
plusieurs fours à chaux tronconiques inversés sont connus. Les blocs de calcaire sont amoncelés au-dessus de la chambre de chauffe en formant une voûte, les gros morceaux en bas et les petits en
haut et recouverts d’argile percée de trous d’évent destinés à laisser s’échapper la fumée. Une baie permet d’accéder au foyer, une autre permet de retirer les cendres. Le feu est puissant et
violent, mais les pierres se calcinent lentement car la cuisson est faite à l’étouffé. Les fours étaient d’ailleurs également utilisés pour produire du charbon de bois. Les pierres pulvérulentes
se réduisent alors en poussière facilement. Cette chaux brûle alors naturellement, elle est dite chaux vive ; elle est dangereuse et ne peut être utilisée en l’état. C’est un oxyde de
calcium anhydre obtenu directement après la cuisson des calcaires. Pour l’éteindre, il faut y ajouter de l’eau, et on obtient alors de la chaux dite éteinte, hydratée, de composition chimique
Ca(OH)2. La chaux issue du four n’est pas parfaite, d’une part parce qu’on y mettait parfois des calcaires de mauvaise qualité, d’autre part parce que la fabrication comportait des risques et des
difficultés. Ainsi, on peut parfois trouver des petits blocs de pierre mal cuite enrobés de chaux. Tout est concassé, broyé à l’état de poussière et transporté sous cette forme. La poudre est
ensuite additionnée à du sable et de l’eau et sert ainsi de liant pour former le mortier que nous connaissons auquel on a parfois ajouté des briques et des tuiles pilées ; sous cette forme,
elle résiste à l’eau et au milieu humide et pouvait donc être utilisée dans la construction des ponts. Elle peut aussi être utilisée comme badigeon sous forme de lait de chaux, à savoir de la
poudre de chaux mise en suspension dans de l’eau. Pour la fabrication du mortier, on avait donc besoin de combustible, le bois, de calcaire ou de molasse (grès tendre à ciment calcaire se formant
dans les dépressions au pied des montagnes), de sable qui existe sur le causse sous forme de sable dolomitique, et d’eau.
Par comparaison ethnologique, on sait que des chaufourniers travaillent ainsi en Sicile et grâce à des témoignages oraux et des documents d’archives, on sait que les fours ont continué d’être
utilisés jusque dans les années 1930. De plus, les mêmes sources renseignent sur le fait que les pierres du four s’usent très vite en raison de la forte chaleur qui y règnent, il faut donc
souvent réparer le four ou en construire un peu plus loin, ce qui pourrait entre autres expliquer la concentration de sites que nous avons remarquée. Toujours d’après les mêmes sources, on sait
qu’il faut compter environ 15 jours pour que la température baisse. Pendant ce temps, les ouvriers affectés aux fours devaient donc s’occuper d’une autre activité proche géographiquement.
Organisation spatiale et contrôle de la production
On remarquera la concentration de ces sites dans des zones de production bien précises. Doit-on penser, comme pour les stations de résiniers, que l’on n’a pas hésité à changer de site une fois
les ressources devenues trop éloignées et les fours usés ? C’est possible, la forêt ayant également subi les conséquences de cette activité. A moins que ces sites ne forment vraiment un
bassin de production. Dans le cas d’une contemporanéité avec les stations de résiniers et les sites de réduction du minerai de fer, on peut penser qu’ils formaient un autre pan de l’économie
locale et qu’ils étaient administrés de la même façon. Leur répartition spatiale et leur contexte géographique et archéologique pourrait peut-être nous en dire plus. En effet, le four à chaux
produisait du charbon de bois, qui, nous l’avons vu, est très apprécié d ans la métallurgie. Une association n’est donc pas
impossible. De plus, une concentration de ces sites est logique, puisqu’ils nécessitaient des ressources en eau non négligeables, et que celle-ci est relativement rare sur le plateau. La
localisation de ces sites artisanaux près des puits ou dans les vallées est donc pragmatique.
Reste à savoir si l’on peut parler de bassin artisanal : doit-on considérer ces sites comme étant contemporains et fonctionnant dans une même logique de mise en valeur du territoire sous
contrôle des villae ? Dans le cas d’une contemporanéité antique de ces sites, on peut le penser, mais il ne faut pas oublier que nous travaillons là sur des sites témoignant d’un
artisanat qui a eu une durée de vie très longue, parfois de l’Antiquité à nos jours pour la fabrication de la chaux, du début de l’Antiquité au haut Moyen Age au moins pour la fabrication de la
poix et de la céramique et certainement même bien après pour la fabrication du fer. Il est donc difficile d’imaginer d’hypothétiques réseaux de sites à partir de données chronologiques vagues.
Toutefois, la carte présentée au début de cette partie montre au moins une association spatiale des sites. A défaut d’affirmer leur contemporanéité, on ne peut en tout cas l’infirmer.
5.1.4. L’occupation du territoire au début du Moyen Age
L’antiquité tardive et l’antiquité ne semblent pas, au premier abord, faire apparaître de coupure ou de rupture. En effet, l’altitude des sites reste la même, comme nous avons pu le voir, le
causse n’est donc pas déserté. Toutefois, l’occupation de certains sites de hauteur (Clapas-Castel, Lou Clapio) atteste d’un certain mouvement de retraite dans des endroits sûrs. Néanmoins,
certains sites sont occupés à la même époque sans aucune protection (Les Cheyrouses). Il se peut donc que tous ces sites dits contemporains à cause du découpage chronologique historique
traditionnel et artificiel ne soient pas en réalité strictement contemporains et qu’il ait existé des périodes d’instabilité provoquant ce net recul. On remarque en tout cas un abandon des
villae et établissements ruraux et habitats groupés présentant des données de fouille autour du IVe siècle. On notera la continuité de la nécropole de Banassac, l’essor même pris par
Banassac à la période mérovingienne et le nombre considérable de sites traditionnellement connus comme ayant été occupés par des communautés juives, comme en témoigne la toponymie (Salmon,
Montjézieu, Booz…).
5.2. CARACTERISTIQUES DES DYNAMIQUES DE PEUPLEMENT
5.2.1. Les continuités
5.2.1.1. Continuité dans l’occupation des sites
Certains sites n’ont été occupés que pendant une brève période, ce qui ne veut pas dire toutefois qu’ils aient été occupés qu’une seule fois. Ils ont parfois donné
lieu à une simple halte (site de débitage du silex), d’autres ont certainement été réoccupés à chaque saison (les stations de résiniers), d’autres sont occupés sur de très longues périodes comme
les habitats en grottes, les abris et dolines barrées, les sépultures en grottes, les dolmens, les tertres. On se doute que certains de ces sites ont connu des phases d’abandon entre temps, mais
il est difficile de le dire en prospection.
5.2.1.2. Continuité dans les stratégies de peuplement
On a pu noter que, depuis la Préhistoire, l’homme a toujours essayé de tirer profit du mieux qu’il pouvait des ressources du Causse et de la vallée. Cette adéquation
entre les deux milieux a donné lieu à des traditions qui perduraient il y a encore peu de temps et qui ont plus ou moins conditionné l’implantation de l’homme en certains endroits, en témoignent
les pratiques pastorales. Les activités artisanales présentes sur le Causse ont en fait perduré tant qu’elles trouvaient un débouché viable, ce qui a été le cas jusqu’à la Révolution
industrielle, puisque les caussenards étaient surtout tournés vers les activités primaire et secondaire. Ainsi, même si les tous les sites ne sont pas forcément réoccupés ou occupés sur le long
terme, ce sont les pratiques propres à la mise en valeur de ce terroir qui ont perduré. Encore aujourd’hui, on peut donc se servir de l’exemple ethnologique donné par les habitants du causse pour
comprendre comment l’homme a peu à peu maîtrisé ce milieu. C’est effectivement moins en lisant des livres qu’en discutant avec les habitants que l’on peut appréhender cet espace si particulier.
On a ainsi pu remarquer que nombre de mas désertés il y a peu ou encore occupés par une ou deux familles présentent en fait un site archéologique tout proche qui semble avoir eu une continuité
jusqu’à nos jours (Les Cheyrouses, Le Masmontet, La Lavagne...). Ainsi, la présence ancienne des hommes a t-elle eu une incidence sur la physionomie caussenarde traditionnelle.
5.2.1.3. Continuité dans les réseaux viaires ?
Problèmes
Etant donné la charge de travail que représente l’étude du réseau viaire à l’échelle d’une aussi grande commune, il n’est possible d’en donner qu’un aperçu à travers les indices trouvés dans la
bibliographie, sur le terrain et grâce aux témoignages oraux des habitants.
Le premier problème réside dans l’absence de toute fiche d’inventaire DRACAR consacrée aux voies pour les communes de Banassac et de La Canourgue : impossible, donc, d’utiliser le moindre
tronçon de voie comme point de départ.
Le second problème réside dans la bibliographie : en effet, étudier le réseau viaire à l’échelle d’une commune oblige plus ou moins le lecteur à lire systématiquement toutes les informations
données au niveau départemental, et donc à traiter une plus grande somme de textes pour finalement un maigre apport sur la commune choisie. Ainsi, une étude plus globale sur tout le réseau viaire
du département à partir de la bibliographie est plus payante qu’une étude au niveau d’une commune.
En réalité, j’ai moins acquis d’informations en lisant les ouvrages qu’en interrogeant habitants et agriculteurs. Là encore, un problème s’impose, celui de la terminologie adoptée pour chaque
structure viaire : les personnes interrogées répondent toutes « oui » à la question « savez-vous où passe la voie romaine ? », alors que leurs indications concernent
tantôt une draille, un chemin bordé de pierres, une route moderne etc. Cela nécessiterait au moins une année d’interroger minutieusement et systématiquement les habitants et de classer toutes les
données pour ensuite aller les vérifier sur le terrain.
Pistes de recherches
Il serait intéressant d’étudier systématiquement le réseau viaire dans ces communes car :
- les différents oppida et sites d’artisanat devaient être reliés entre eux par des cheminements certainement repris à l’époque gallo-romaines car peu de passages existent
- Banassac devait être plutôt bien desservie, en particulier pour exporter la céramique sigillée produite dans les ateliers
- la zone d’étude couvre vallée et causse ; il me paraît intéressant d’étudier la façon dont on pouvait passer de l’un à l’autre, défi qui n’a trouvé de solution moderne à grande
échelle qu’avec la construction de l’autoroute A 75. Or, on sait que le milieu caussenard et la vallée communiquaient sans cesse et depuis le Néolithique au moins.
Il serait judicieux de :
- parcourir le territoire à pied soi même pour se rendre compte de la topographie et des cheminements actuels, à plusieurs périodes de l’année. En effet, certaines
voies contournent quelque chose qui n’existe pas, ce qui peut nous paraître aberrant. En réalité, elles ne font que suivre la course du soleil afin d’être en permanence dégelées, ce qui ne se
remarque que si l’on parcourt la zone à plusieurs périodes de l’année et à des horaires différents, et qui semble finalement logique dans une zone qui ne voit la neige fondre qu’à la fin du
printemps
- une fois le travail d’enquête orale et bibliographique réalisé, cartographier les hypothèses les plus probables… et aussi les plus audacieuses (cf. premier
exemple).
- retourner sur le terrain pour voir en premier lieu les tronçons « sûrs » et les localiser au GPS
- suivre les cheminements passant par ces points et pointer systématiquement au GPS tous les 50 m
- cartographier ensuite tous les points pour avoir un tracé plus probable que les lignes droites tout d’abord dessinées.
Cette méthode, que j’avais commencé à mettre en œuvre, se révèle très payante, mais prend énormément de temps. Pour un travail d’une année, il faudrait parcourir la zone étudiée durant l’été
précédent l’année universitaire afin de mieux connaître le territoire, profiter de l’hiver pour étudier la bibliographie, mener l’enquête orale et cartographier, et enfin, dès la fonte des
neiges, retourner sur le terrain pour finaliser le pointage des tracés les plus probables. Ce travail détaillé ne peut bien sûr pas être effectué en une poignée de semaines en plein hiver. Or,
l’urgence était plutôt d’inventorier nombre de sites déjà découverts et qui risquaient d’être détruits lors des labours. C’est pourquoi j’ai pris le parti de travailler sur ces sites sur le
terrain dès janvier et de volontairement négliger l’étude du réseau viaire, qui ne m’aurait pas laissé le temps de faire le reste.
J’ai donc inventorié comme indices de site les chemins et routes dont un tronçon est visible et localisable précisément et qui sont considérés comme anciens soit par la population locale, soit
dans la bibliographie. Mais il est difficile de donner plus qu’une simple description car ces anciens cheminements sont largement recouverts par la végétation. Toutefois, la plupart du temps,
nous n’avons pas de tronçon visible et localisé précisément, mais plutôt des indications sur le tracé. Dans ce cas, j’ai listé les toponymes cités par les habitants dans l’ordre donné par ces
derniers et j’ai joint à ce texte une carte IGN mentionnant ces points et un tracé imaginaire reliant ces points en ligne droite : ce n’est évidemment pas le tracé réel.
En l’état, il est possible de penser que les réseaux viaires ont connu une certaine pérennité, ne serait-ce que les drailles. On se doute que les passages stratégiques
- vallées, vallées sèches, cols – ont toujours été surveillés, en témoigne la carte de répartition des oppida et des villae.
5.2.2. Des ruptures ?
Nous pouvons parler de ruptures dans l’occupation des sites lorsque ceux-ci ont été abandonnés temporairement ou définitivement comme c’est d’ailleurs le cas pour la
majorité des sites, mais cela n’aurait pas vraiment d’intérêt. Nous allons plutôt nous concentrer sur les ruptures en matière de peuplement. Comme nous l’avons dit plus haut, il semble qu’il y
ait certaines périodes d’instabilité qui ont présidé à des changements dans les stratégies d’occupation du territoire. C’est le cas à la Protohistoire, où l’on note un perchement de la population
de plus de 200 m par rapport à la période précédente et au haut Moyen Age où il semblerait que la population ait cherché à se protéger d’un danger.
On note également des ruptures quant aux fonctions des établissements : on pensera à Banassac qui passera d’un centre de production de la poterie à une bourgade
mérovingienne qui frappe monnaie, de l’abandon de Cadoule/Ron de Gleizo etc.
On peut aussi citer les ruptures dans les habitudes prises dès la Préhistoire, à savoir l‘abandon des sommets haut perchés pour les nécropoles qui vont peu à peu se
rapprocher de l’habitat à l’époque romaine, tout en restant en périphérie, jusqu’au Moyen Age où les morts et les vivants vont presque cohabiter.
On notera enfin la particularité des lieux de culte dont certains perdurent dans leur emplacement mais voient une nouvelle religion s’installer, leur donnant alors une
nouvelle destination.
5.2.2. Les critères
d’établissement et d’abandon : hypothèses
Il faut dire avant tout qu’aucun site ne me semble avoir été implanté à tel endroit plutôt qu’un autre à cause d’un seul facteur, c’est donc bien sûr la
combinaison de ces facteurs qui a précédé l’établissement d’un site sur un lieu précis. Toutefois, il me paraît intéressant de regarder de plus près le rôle de chacun.
5.2.3.1. Les critères d’établissement
La présence de ressources naturelles
L’eau
La présence de l’eau est sans contexte un des facteurs les plus importants en matière d’implantation des hommes, à toutes les périodes, pour tous les types d’établissements, et d’autant plus que
nous sommes sur un causse. Sans vouloir faire de déterminisme géographique, il est évident que les sources et résurgences jouent un rôle considérable en la matière. A la Préhistoire, il est
notable que les avens-grottes, les abris sous roche et les cavernes plus profondes ont proposé à l’homme à la fois un lieu sûr, car difficile à atteindre, et proche de l’eau qui se trouve soit
dans l’aven, soit dans la vallée que cette grotte permet de surveiller. A la Protohistoire, on note de même la proximité des habitas et de l’eau, mais l’eau ne semble pas jouer de rôle en matière
d’implantation des nécropoles. On notera à cette période - et certainement avant mais nous n’en avons pas la trace – de l’eau dans les cultes. A la période gallo-romaine, l’eau tient une grande
place, en particulier pour les ateliers de potiers qui l’utilisent à grande échelle, bien qu’ils ne se soient vraisemblablement pas servi des cours d’eau pour leurs exportations. L’eau est
également très utilisée dans les diverses activités artisanales telles que la fabrication du fer et de la chaux. Enfin, à toutes les périodes, l’eau est de toute façon un facteur d’implantation
des aires de repos sur les drailles, afin que les troupeaux s’abreuvent lors de leurs haltes, près des lavognes et puits généralement.
Il faut tout de même noter que l’absence d’eau n’est pas pour autant un facteur de vide humain : certains sites ont été occupés alors que l’eau n’était pas
vraiment à proximité, c’était donc autre chose qui était recherché (l’altitude par exemple).
Autres ressources
Le bois, l’argile, les minerais de fer, le calcaire en plaques, le sable dolomitique, la faune très variée des Causses ont sans conteste eu une incidence sur le
peuplement de cette région. Il faut dire que tant que ces ressources avaient de la valeur, la zone a été prospère. C’est au moment où ces ressources se sont avérées peu demandées que le Causse a
commencé à péricliter, faute d’avoir quelque chose à échanger. Il est évident que les hommes de la Protohistoire ont allègrement profité des minerais de fer qui se ramassent sans même avoir
besoin de creuser, que les ateliers de production de la sigillée ne se seraient pas implantés s’il n’y avait eu de l’argile de qualité, du bois et de l’eau en abondance etc.
La topographie
La topographie est sans doute un des critères d’établissement les plus probants. En effet, nombre de sites ont été implantés en liaison directe avec le relief, si l’on considère que ce dernier
offre des opportunités non négligeables en matière d’implantation humaine. Il faut ici partir du présupposé selon lequel le relief n’a pas beaucoup changé au cours des siècles, ce qui est vrai
pour certaines zones, mais qui est bien sûr très loin de la réalité pour les zones proches des routes contemporaines, dont les abords ont été très remaniés. Dès la Préhistoire, les hommes
profitent des anfractuosités du relief comme les grottes et les abris sous roche, les dolines, les mamelons du Causse etc. C’est d’ailleurs la Protohistoire qui donnera ses lettres de noblesse à
ces protubérances karstiques, dont les hommes feront des places fortes ou des éperons barrés. A l’Antiquité, l’altitude et le relief semblent jouer un rôle bien moindre, l’homme étant plus à même
de s’organiser pour maîtriser son milieu. Toutefois, on notera la forte influence de la topographie pour ce qui est des réseaux viaires, qui contournent sans trop le choix les nombreux obstacles
naturels que sont les puechs et les falaises. Le haut Moyen Age profitera allègrement du perchement des fortifications protohistoriques pour se mettre à l’abri.
En ce qui concerne le choix de l’implantation de tel ou tel habitat en fonction du relief, on notera la nette référence des hommes de la Préhistoire pour les hauts sommets pour y implanter les
marqueurs de leur territoire et leurs nécropoles.
La topographie a aussi eu une incidence indirecte sur le peuplement en matière d’exposition : la plupart des habitations sont exposées sud, et les dolmens et lieux de cultes chrétiens sont,
eux, orientés.
Les voies de communication ?
Pour résumer, le problème des réseaux viaires et des habitats est identique à celui de la poule et de l’œuf, c’est à se demander lequel a engendré l’autre…A la
Préhistoire, les cheminements induits par le mode de vie nomade puis semi-nomade ont certainement précédé l’implantation d’abord saisonnière puis définitive en certains endroits propices. Il se
peut que ces lieux aient été justement choisis en fonction de leur proximité avec des chemins mais ce n’est certainement pas le premier facteur, l’eau ayant dû joué rôle plus prépondérant en la
matière. A la Protohistoire, la proximité entre les habitats de hauteur et ces chemins qui permettaient de rallier plus ou moins toutes les zones voisines des causses a certainement dû influencer
le choix des sites d’implantation mais, là encore, c’est la topographie qui semble avoir primé sur le choix. A l’Antiquité, la présence des axes reliant La Graufesenque à Anderitum et à
La Régordane a sans doute joué un rôle dans l’implantation des ateliers de sigillée, à condition qu’ils aient été antérieurs…
Dans tous les cas, il faut bien penser que les routes ont pu venir après les sites, ou en même temps, et que dans ce cas elle n’ont pas joué de rôle en matière
d’implantation du site, elles en sont au contraire les conséquences. Ainsi, on se doute qu’il devait exister un formidable réseau viaire capable de relier entre eux tous ces sites.
La présence des ateliers de production de céramique sigillée ?
Il est aussi intéressant de se demander quel rôle a joué l’implantation des ateliers de production de la céramique sigillée à Banassac sur le peuplement. Cela
nécessite de connaître d’un part la chronologie précise des ateliers, d’autre part la date de création des autres sites antiques présents sur la zone d’étude. Toutes ces conditions ne sont pas
remplies. Toutefois, les ateliers semblent avoir débuté leur activité autour de 100 + ou - 10 ans. Or, nombre de sites ont été créés au premier siècle, datés en particulier par la céramique
toujours très dépendante des traditions artisanales indigènes. De même, certains établissements ruraux semblent avoir pris le relais de sites gaulois (Ron de Gleizo…) et leur création n’est donc
pas à imputer à l’établissement des ateliers dans la vallée. Il semblerait donc à première vue que les ateliers aient été implantés dans une zone déjà bien maîtrisée par l’homme et dont les
réseaux de communication et de mise en valeur du terroirs étaient déjà existants.
Cela ne veut pas dire, bien sûr, que les ateliers n’ont eu aucun impact sur le peuplement proche. Il se peut que cette activité économique ait dynamisé la région au
point de favoriser l’implantation des riches domaines décrits plus hauts. D’après Alain Vernhet, l’activité artisanale de la production de céramique et l’activité de l’extraction de la poix
étaient liées. En effet, les troncs destinés aux ateliers étaient débités par les bûcherons, puis descendus dans la vallée par schlittage et acheminés certainement par voie fluviale, alors que
les petits déchets étaient récupérés pour distiller la résine. Les sites producteurs de poix étaient eux-mêmes certainement liés aux sites de fabrication du fer car, comme nous l’avons vu, les
bas fourneaux fonctionnent mieux avec le charbon de bois, produit à la fois lors de la distillation de la résine et lors de la fabrication de la chaux. Toutes ces activités étant complémentaires
d’un point de vue technique, on se doute que leur contrôle et leur gestion pouvaient l’être aussi. Il se peut donc que l’implantation des ateliers de sigillée aient renforcé cette économie
locale, par l’apport de financements et de soutiens logistiques et techniques entre autres. Ainsi, leur implantation dans la vallée a donné du travail aux bûcherons, a facilité la coopération
avec les fabricants de poix et de fer etc. Il me semble qu’il faut y voir là un ensemble d’activités qui se sont érigées en système économique : chacun dépendait donc des autres, ce qui
nécessitait une certaine puissance d’organisation et de contrôle de la part de ceux qui en avaient la gestion.
D’un autre côté, il ne faut forcément voir dans les ateliers de potiers le maillon fort de cette chaîne, il ne s’agit que d’un des maillons. En effet, ces activités
existaient bien avant l’arrivée des ateliers et ont perduré après leur déclin. Les ateliers n’ont donc fait que s’insérer - harmonieusement il est vrai - dans un tissu artisanal déjà bien établi.
Il faut dire que la présence d’une longue tradition artisanale et d’un réseau de mise en valeur du territoire préétablis ont dû favoriser cette implantation.
5.2.3.2. Les critères d’abandon
Certains critères d’abandon correspondent en réalité aux critères d’établissement des périodes antérieures : les sites de hauteur si recherchés en période de
troubles sont vite abandonnés en période de paix car ils n’ont plus de raison d’être ; les sites difficiles d’accès et les anfractuosités si appréciés à la Préhistoire sont boudés par les
Gallo-Romains qui leur substituent des aires dégagées. L’eau peut elle-même être un critère d’abandon : n’oublions pas que Banassac et La Canourgue, construites sur l’eau, comportent un
risque d’inondation important. On sait que les potiers du Rozier ont eu à gérer des inondations qui avaient d’ailleurs détruit leurs fours. On peut penser que Banassac, vu sa configuration, a
aussi eu affaire à ce type de problèmes. Toutefois, ce n’est pas pour cela que Banassac et La Canourgue ont été abandonnées ; au contraire, toutes deux sont encore habitées
aujourd’hui.
En réalité, les critères d’abandon des sites sont plutôt à chercher dans des conditions culturelles et socio-économiques qui, parfois, nous échappent. Le danger, mais
aussi le rattachement à telle ou telle structure plutôt qu’une autre, les croyances ont pu jouer un rôle non négligeable dans le choix de quitter un site pour un autre. Cette hypothèse fonctionne
donc aussi pour les critères d’implantation. Il ne faut pas trop faire de déterminisme : les hommes ont toujours su s’adapter à leur environnement et adapter celui-ci à leurs besoins.
Conclusions
En ce qui concerne l’occupation du territoire, l’ancienneté préhistorique du peuplement de ce milieu s’est avérée décisive et la mise en place de réseaux stratégiques
dès la Protohistoire a posé les bases de la structuration du milieu à l’époque suivante. En effet, on observe à l’époque gallo-romaine une formidable mise en valeur du plateau comme des vallées,
par un vaste réseau de villae et d’établissements ruraux adaptés aux activités agricoles, pastorales et artisanales. Ceux qui réussiront à passer le cap des crises de la fin de
l’Antiquité donneront d’ailleurs naissance aux mas médiévaux dont les hameaux actuels sont les dignes héritiers. Durant cette longue épopée de la mise en valeur du terroir caussenard, la présence
de l’eau et des nombreuses ressources naturelles du Causse ainsi que la variété de ses reliefs tourmentés ont joué un rôle majeur, un rôle de complémentarité avec les besoins humains. Les Causses
ne sont donc pas qu’une terre de passage, ils sont avant tout un lieu de vie.
Quant au rôle joué par les ateliers de potiers de Banassac sur le peuplement, il me semble ambivalent : d’une part le peuplement antérieur semble avoir facilité
leur implantation et ne doit rien à leur arrivée, d’autre part il semblerait que leur courte mais flamboyante activité se soit très bien intégrée au réseau local déjà présent de mise en valeur du
territoire. Peut-être l’officine a t-elle dynamisé les activités économiques et permis aux producteurs de s’offrir des débouchés plus lointains que la traditionnelle Narbonnaise, mais en tout cas
son déclin n’a pas entraîné dans sa chute les structures rurales environnantes, qui tiraient leur richesse de suffisamment de ressources différentes pour pouvoir faire face à la perte d’un tout
jeune marché. En revanche, l’implantation des ateliers a pu engendrer un apport de capitaux et d’intérêts qui ont certainement eu une influence sur les villae et leurs réseaux et donc
sur le peuplement de la région. La comparaison avec des études d’archéologie spatiale réalisées autour d’autres ateliers de production de sigillée pourrait permettre d’affiner ces
conclusions.
Enfin, le constat que l’on peut faire après cette année de prospections consiste à lever un a priori sur les zones boisées ou couvertes de lande : elles
sont nullement un obstacle à la découverte de sites archéologiques. Ce sont cent vingt sites archéologiques nouveaux qui viennent d’être inventoriés sur deux communes situées sur le Causse boisé.
Il est vrai que la méthode employée est fondamentalement différente de la prospection en terrain labouré et que les conditions de travail ne sont pas très enviables (escarpement, ronces, neige,
sangliers…). Toutefois, l’appréhension d’un milieu aussi particulier s’est finalement faite sans mal et la densité de sites recensés laisserait perplexe plus d’un chercheur. En effet, nous avons
recensé 203 sites sur 121,7 Km², soit 1,67 sites au Km² ou 1 site pour 60 ha en moyenne. Et si l’on ajoute les indices de sites, qui de toute façon sont des sites mais dont on n’a pu renseigner
toutes les caractéristiques, on obtient plus de deux sites au Km² ou 1 site pour 48 ha. J’espère que ceci encouragera les recherches à l’avenir et que cet exemple donnera aux habitants
l’occasion de prendre conscience de leur patrimoine afin de mieux le protéger.
AUDREY ROCHE
Formation
Ø 2008 Ecole du Louvre, "prépa conservateur" , admissible en 2008 spé.
musées et spé. archéologie, option archéologie historique de la France (-52 - 1789) (Paris)
Ø 2007 Master professionnel Métiers de l'Archéologie et Patrimoine
mention Très Bien (Lyon)
Ø 2006 Maîtrise Histoire des Arts et Archéologie mention Très
Bien (Clermont-Ferrand)
Ø 2006 Licence Allemand-Anglais
Ø 2005 Licence d’Histoire des Arts et Archéologie mention
Bien
Ø 2002 Baccalauréat ES spé Maths mention Très Bien, section européenne
d’Anglais (Mende)
Expérience professionnelle
Ø Depuis novembre 2011 Attachée de conservation du patrimoine-Archéologue, Conseil
Général de la Savoie, musée savoisien.
Ø 2010-2011, Assistante qualifiée de conservation du patrimoine, Responsable du service culturel municipal, Vernou
(77)
Ø 2008-2010 Adjoint technique au musée du Louvre. Accueil, sécurité,
médiation.
Ø avril-août 2007 Archéologue, canton d’Argovie (Suisse allemande).
Fouille d’une voie romaine de Vindonissa.
Ø étés 2004 et 2005 Adjoint du patrimoine remplaçant, musée du site
gallo-romain de Javols (48)
Stages
Conservation : musée départemental de la Lozère
Ethnologie : SRI d’Auvergne
Documentation : bibliothèque universitaire d’Histoire de l’Art à Clermont-Ferrand
Fouilles archéologiques : 1 an de fouilles bénévoles environ (tumulus dans le Cantal ; site
Néolithique et âge du Bronze à Molène ; fosses hallstattiennes à Lyon ; camp légionnaire romain d’Oedenburg ; capitale des Gabales à Javols-Anderitum ;
castrum de Calberte ; habitats du haut Moyen âge dans le Cantal, site du Britzgyberg en Alsace.
Prospections pédestres : Grande Limagne ; Lozère
Autres : archéologie du bâti médiéval en Auvergne ; numismatique gauloise à Bibracte
Divers
Ø Permis de conduire B et voiture personnelle
Ø Logiciels : Word, Excel, Illustrator,
Photoshop, ACDSee, Carto-Exploreur , Access, File Maker, Arc View, Photoplan, Socrate.
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