5.1.1.2. L’organisation du territoire
Nous l’avons vu, la présence humaine est attestée ici dès le Mésolithique. Il faut dire que les grottes, qui proposent un abri, une vue sur la vallée, une carrière
d’argile, de l’eau sont nombreuses à mi-pente des falaises karstiques. Cette situation privilégiée, à 650 m d’altitude en moyenne, permet de faire aisément le lien entre la vallée et le causse,
deux milieux particulièrement complémentaires.
Au Néolithique, l’homme se fixe peu à peu. Toutefois, dans une région qui se fait un point d’honneur à pratiquer la transhumance, le semi-nomadisme est de rigueur,
obligeant l’homme à prévoir ses déplacements et à organiser l’année.
Nous avons relevé, lors de nos prospections, la présence de nombreux abris aménagés avec des pierres non épannelées, en bord de doline fermée elle-même par des murets
de pierres sèches, ou présentant des enclos situés non loin (Abris du Mazel, Grottes des Balmes). Les dolines sont, sur le plateau, les seuls endroits s’offrant sans mal aux cultures, sans
compter qu’elles sont à l’abri du vent. Il est bien sûr difficile de proposer une datation de ces structures, dont on se doute bien qu’elles ont été occupées à toutes les époques, ne serait-ce
que par les bergers ; nous sommes ici dans une région où les drailles abondent, ne l’oublions pas. Les avens-grottes ont ainsi pu être utilisés comme citernes et comme habitats temporaires
dans le cadre d’un semi-nomadisme. Celui-ci engendre un partage du temps entre les vallées et les plateaux. Les mouvements des troupeaux sont facilités par l’existence de passages naturels entre
les plateaux au niveau des pentes douces, comme on a pu le remarquer à la grotte de La Roquette. La transhumance devait déjà exister à l’Age du Bronze, et même avant, car elle est nécessaire au
renouvellement de la pâture des animaux. J. Galtier mentionne ainsi douze drailles (Galtier 1971) et les auteurs se sont souvent essayé à montrer l’ancienneté de ces drailles en remarquant la
grande densité des mégalithes à leurs abords (ibid. ; Maury 1967).
Nous avons également pu remarquer le fort rôle joué par le milieu, présence de l’eau et utilisation du relief en particulier. Enfin, il faut noter que nombre de sites
préhistoriques seront réutilisés par la suite, donnant par là même une preuve de l’importance de la présence de l’homme à la Préhistoire pour le peuplement de ce milieu.
En revanche, les études paléo-environnementales montrent que l’impact de l’homme sur le milieu n’est vraiment important qu’à partir de l’Age du Bronze. Cela ne veut pas dire que l’homme du
Néolithique n’a pas modifié son environnement mais que les modifications qu’il a faites ne sont pas assez importantes pour que des artefacts en témoignent dans les échantillons analysés.
En ce qui concerne les échanges, des auteurs affirment l’ancienneté des échanges entre le Quercy et les Grands Causses dès le Néolithique final, comme le montre la
présence dans les dolmens du Quercy de parures typiques du groupe des Treilles (Thauvin-Boulestin 1998). On se doute que les drailles ont joué un important rôle dans ces échanges, comme l’atteste
la densité incroyable de mégalithes situés le long de ces grands chemins.
Pour ce qui est des pratiques funéraires, de nombreux dolmens ont été construits au Chalcolithique et tous se trouvent sur des plateaux calcaires, c’est la « Loi
du calcaire » (P. Temple 1936). Ces sépultures collectives sont fréquemment réutilisées. Ces monuments étaient inclus dans un tumulus de 4 à 8 m de diamètre et dépassent
rarement 0,80 m de hauteur. Les chambres sont à peu près orientées est-ouest. Ces monuments sont placés à des endroits d’où ils étaient facilement visibles (col, plateau, ligne de crête, replat…)
comme au Montet, sur la côte de la Galline etc. On remarquera, comme l’ont fait beaucoup d’auteurs, l’étrange concentration de mégalithes en bordure des drailles caussenardes. Enfin, les grottes
sépulcrales sont nombreuses au Chalcolithique et continuent à être utilisées par la suite, comme la petite grotte de la Roquette. Il est à noter en matière de pratiques funéraires un choix
délibéré d’implanter les tombes sur des hauteurs, en témoigne l’altitude moyenne des dolmens, supérieure à 850 m, alors que les sites habités se situent allègrement 200 m plus bas.
Pour conclure, la présence des hommes à la Préhistoire s’avère en réalité décisive : début de mise en valeur du milieu, mise en place de réseaux d’échanges,
stratégie d’occupation du territoire et conservation de la tradition du semi-nomadisme font de cette période un jalon important dans l’histoire du peuplement des Causses. Ceci est d’autant plus
vrai que nombre de ces sites sont réoccupés, en particulier ceux qui font l’originalité de cette période : grottes et tombes mégalithiques.
5.1.2. La mise en place de réseaux stratégiques dès la Protohistoire
5.1.2.1. Les sites
Les sites concernés sont : BAN 08, CAN 03, CAN 06, CAN 07, CAN 08, CAN 16, CAN 17, CAN 20, CAN 27, CAN 39, CAN 40, CAN 42, CAN 43, CAN 46, CAN 51,
CA N 55?, CAN 58, CAN 63, CAN 64, CAN 66, CAN 67, CAN 68, CAN 69, CAN 71?, CAN 72, CAN 73, CAN 75?, CAN 76?, CAN 77?, CAN 78?, CAN 79?, CAN 80?, CAN 81?, CAN 86?, CAN 87?, CAN
88?, CAN 93, CAN 94, CAN 96, CAN 97, CAN 98, CAN 99, CAN 101?, CAN 103, CAN 104, CAN 105, CAN 115,? CAN 133?, CAN 134, CAN 140?, CAN 141, CAN 142, CAN 143?, CAN 144?, CAN 145?, CAN 146?, CAN
147?, CAN 148?, CAN 151?, CAN 153, CAN 154, CAN 155, CAN 156?, CAN 159, CAN 160, CAN 161, CAN 162?, CAN 174?, CAN 175?, CAN 181.
Les sites suivis d’un point d’interrogation sont ceux dont la présence des hommes à la Protohistoire est incertaine. La majorité des sites sûrs sont soit des sites de
hauteur fortifiés, soit des tumuli. Mais il existe aussi des sites non fortifiés de plein air comme l’exceptionnel site protohistorique des Abrits.
5.1.2.2. L’organisation du territoire
Après une installation déjà bien effective à la Préhistoire, la Protohistoire voit naître des réseaux de sites organisant le territoire. Nous avons pu voir que
l’altitude moyenne des sites de cette période était de 200 m plus élevée qu’à la période précédente. On assiste effectivement à un perchement sur les hauteurs, mamelons et protubérances du
Causse, certainement dans un but de protection. Le mobilier des causses (Thauvin-Boulestin 1998) ne présente aucune rupture entre le Chalcolithique et le Bronze ancien. On remarque en revanche
une nette augmentation des armes…
Le mode de vie semi-nomade, inféré par l’élevage des ovicaprinés, perdure. L’agriculture (blé, orge) se pratique toujours dans les vallées et dans les dolines. La
datation de la céramique issue de la prospection ne nous a pas permis de différencier Age du Bronze et Age du Fer. Par comparaison avec d’autres sites du Causse, on sait que les grottes
continuent d’être utilisées, même celles à l’accès malaisé, qui devaient comporter des aménagements tels que des échelles ou des plateformes. On remarquera dès l’Age du Bronze une nette
préférence pour les endroits étroits, reculés et difficiles d’accès (Thauvin-Boulestin 1998). Les habitats de plein air ne laissent que peu de traces mais devaient être utilisés lors de la montée
en pâture.
On sait que dès cette époque se créent des réseaux de sites qui permettent une occupation du territoire stratégique, et un développement des échanges, en particulier
avec le Quercy, auquel le Causse est relié par le Lot, l’Aveyron et le Tarn. L’étude des parures montre, quant à elle, les relations des Grands Causses avec les régions orientales - Suisse,
Europe orientale… (Thauvin-Boulestin 1998). Il se peut en effet que les Causses aient joué un rôle de relais entre le Languedoc-Oriental et le Quercy. Le Causse du Larzac et le Causse de Blandas
s’abaissent au pont de donner directement sur la plaine languedocienne, permettant le passage aisé des hommes et des troupeaux.
En ce qui concerne les pratiques funéraires, les dolmens ne sont plus construits au Bronze Ancien, mais réutilisés ; les ossements anciens sont poussés. Les
coffres mégalithiques, dont la dalle supérieure pouvait s’enlever pour permettre une nouvelle inhumation datent de la fin du Chalcolithique ou du début du Bronze ancien. Les Cheyrouses nous en
donnent un bel exemple. Quant à la trépanation, elle perdure encore un peu au début du Bronze Ancien.
Nous sommes mieux renseignés pour l’Age du Fer. Nombre de sites de hauteurs ont été découverts, qui sont entre autres utilisés à l’Age du Fer. Ces éperons barrés et
enceintes protègent une petite aire dévouée à la vie quotidienne, les habitations (cases) étant le plus souvent adossées au rempart.
On remarquera que les tumuli ont été découverts par dizaines, surtout parce qu’ils sont souvent groupés. Nous avons pu voir qu’ils étaient en moyenne 30 m plus
haut que les habitations protohistoriques, peut-être dans l’objectif d’être bien visibles, comme c’était sans le doute également le cas des mégalithes.
En ce qui concerne les réseaux de communication, on se doute que les drailles millénaires ont joué un grand rôle. Il faut dire que les habitants des Causses avaient de
quoi échanger : le fer, présent sous forme de nodules de minerai à la surface du sol, devait avoir une importance majeure pour l’économie de l’époque ; toutes les régions n’en
possédaient pas autant de facilement exploitable. Toutefois, les scories retrouvées en prospection ne me semblent pas dater de cette période, la technique de réduction n’étant pas la même.
5.1.3. Un efficace maillage du territoire à l’époque
gallo-romaine
5.1.3.1. Banassac et Cadoule : agglomérations secondaires ou vici ?
Dans la bibliographie, ces deux sites globaux sont tantôt qualifiés d’agglomérations secondaires, tantôt de vici. Ceci pose d’une part la question du rôle joué
par chacun des deux habitats groupés, et d’autre part la définition même des mots employés. De nombreux auteurs mentionnent Banassac comme étant la seconde « ville » (sic) du Gévaudan
après la capitale, Javols-Anderitum. Or, il faudrait déjà pouvoir prouver qu’il s’agissait bien là d’une agglomération. Les nombreuses fouilles effectuées à Banassac ont longtemps porté
sur les ateliers des potiers et ont négligé le reste. Les fouilles anciennes ont bien montré qu’il y avait des thermes luxueux, et ceux-ci ont été attribués à une villa
« suburbaine » (sic). Le mausolée du Champ del Mas a aussi été mis en relation avec cet habitat. Les fiches DRACAR font, elles, apparaître une occupation « ateliers » et
une occupation « vicus » pour les sites du centre-ville.
Pour ce qui est de Cadoule, l’habitat groupé, qui présente une dizaine de petites cases et visiblement un lieu de culte est lui aussi tantôt dénommé vicus
(Peyre), tantôt qualifié d’agglomération secondaire (Tassaux, 1994). On a mis en valeur la présence d’instruments médicaux et d’une voie romaine, ainsi que d’activités artisanales et d’un
fanum qui font pencher la balance pour une agglomération secondaire, mais sa taille n’est pas très impressionnante : sa surface est même inférieure à celle de certaines
villae… Ceci ne semble pas vraiment poser problème car certaines agglomérations secondaires de Gaule sont petites et certaines villae très grandes. Mais pourquoi créer une
agglomération secondaire si proche de Banassac, si Banassac elle-même est une agglomération secondaire ? Les deux habitats groupés auraient-ils eu des activités complémentaires ?
Certains ont même parfois émis l’hypothèse que les potiers vivaient en fait à Cadoule…
Il n’est pas question ici de répondre à ce problème - bien trop vaste, et qui ne concerne finalement que quelques sites sur 203 - mais de poser des questions. En effet,
c’est à se demander si Banassac était vraiment une agglomération secondaire. La découverte de nombreux artefacts dans les décombres des ateliers laisse penser qu’un riche habitat existait sous le
village actuel. Comme nous l’avons vu lors de l’élaboration de la typologie, les descripteurs habituels de la villa s’y retrouvent plus ou moins systématiquement (MOS, END, COL, HYP,
MAR). Les fouilles étant anciennes et les anciens érudits ne s’étant pas vraiment posé la question de l’habitation, on ne peut dire si ces éléments sont contemporains des ateliers ou postérieurs,
Banassac ayant continué à exister longtemps après le déclin des ateliers. Or, on sait que Cadoule est délaissée à la fin du IVe siècle (Peyre 1968) alors que Banassac accueille dès l’époque
mérovingienne un atelier de frappe de monnaies d’or et d’argent, preuve qu’il existait là un centre de pouvoir, après le déclin d’Anderitum. On peut donc émettre l’hypothèse d’un
contrôle de la production des ateliers par des domaines de type villae à Banassac, ayant laissé la place après le déclin de Cadoule puis d’Anderitum à une agglomération tardive puis alto
médiévale assez importante, qui elle-même se fera voler la vedette par le sanctuaire de Saint-Frézal puis le monastère de La Canourgue sur le plan religieux, et enfin par Mende sur le plan
politique, économique et cultuel (martyre de saint Privat). Ce schéma reste bien sûr à l’état d’hypothèse.
5.1.3.2. Les établissements ruraux
Nous avons pu le voir d’après la typologie, nombre d’établissements ruraux existent dans la zone étudiée, de différentes tailles, importances, et fonctions. On a donc
pu dénombrer :
- 4 grandes
villae, grandes structures associant un domaine rural et une riche demeure ornée
- 9 villae
moins fastueuses, qui disposaient toutefois d’un certain confort, mais tout aussi importantes dans la mise en valeur du terroir, en témoignent les nombreuses céramiques de stockage et les résidus
des activités artisanales découverts sur place
- 19 fermes bâties en
dur, de plus petite taille, sans grand faste, mais qui sont visiblement les plus à même d’exploiter le terroir tout proche en pratiquant des activités primaires et secondaires
- 6 sites en
structure légère ayant une activité primaire au moins.
5.1.3.3. Des réseaux ?
Problème méthodologique
Etant donné la carte présentée ci-dessus, on peut penser que nombre de sites ayant livré des vestiges d’activités artisanales étaient en fait liés à ces établissements ruraux, à condition qu’ils
soient contemporains. Or, nous ne sommes pas certains de la datation de ces sites. Ce qui nous fait pencher pour une datation gallo-romaine probable, c’est justement que la majorité de ces sites
se trouvent dans un aire d’influence proche de ces établissements ruraux qui, eux, sont gallo-romains. Du point de vue de la méthode, cela peut faire sourire car on date des sites d’après un
réseau probable, et on crée ce réseau à partir de sites dont on a justement établi la datation d’après ledit réseau…Mais nous n’avons pas d’autres moyens pour établir des hypothèses en la
matière. Il nous faut donc créer virtuellement des réseaux pour voir si cela « fonctionne ».
En effet, nombre de sites ayant livré des traces d’activité artisanale (scories) sont peu datables, tout comme les fours à chaux. En superposant la carte de répartition de ces sites et la carte
des établissements ruraux gallo-romains, on se rend compte qu’il pourrait y avoir un lien fort. Il en est de même pour les sites de fabrication de la poix, qui eux sont tout de même datés entre
le Ier siècle et le IVe siècle (Trintignac 1999). Afin de mieux mesurer le lien entre chaque activité artisanale et ces pôles de réseaux, et pour plus de simplicité, j’ai pris le parti de traiter
chaque cas à part.
L’industrie de la poix (cf. Trintignac 1999)
Les sites
La fabrication de la poix est attestée archéologiquement sur la commune de la Canourgue par la découverte de nombreux fragments d’urnes à résine, voire d’urnes à résine presque complètes et de
pains de résine. Voici les sites qui en ont livré : CAN 10, CAN 12, CAN 32, CAN 35, CAN 85, CAN 89, CAN 112, CAN 113, CAN 116, CAN 117, CAN 118, CAN 119, CAN 120, CAN 125, CAN 127, CAN
128, CAN 129, CAN 141, CAN 150, CAN 152, CAN 158, CAN 176.
Parmi ces sites, certains sont clairement des stations de résiniers en structure légère, d’autres sont visiblement bâtis et sembleraient en réalité être de petites fermes qui pratiquaient, entre
autres, la fabrication de la poix (ou le stockage ?). D’autres sont des villae qui ont livré des fragments d’urnes à résine.
Les ressources
Les habitants ne manquaient pas de résineux, en témoigne la carte de la couverture forestière actuelle, certainement proche de celle qu’ont connue les Gabales. La poix est obtenue à partir de la
résine des pins sylvestres présents en grand nombre encore aujourd’hui sur le causse boisé. En 1999, Alain Trintignac recensait dans son mémoire de maîtrise 32 stations de résiniers sur le
département de la Lozère, toutes sauf une situées sur les causses, dont une quinzaine sur le causse Méjean et un peu moins d’une dizaine sur le causse de Sauveterre. Il avait remarqué que toutes
étaient situées sur le causse boisé, à l’ouest, proches des vallées ou du moins peu éloignées de celles-ci, et d’autres plutôt situées sur le plateau comme celles de La Canourgue déjà recensées
(Maldefré, Casal de Gal, Catuzières, Combelongue, Lesquillou). Après nos prospections, le chiffre a considérablement augmenté (cf. tableau récapitulatif des sites en annexe).
La fabrication de la poix
Nous possédons un témoignage précieux de Pline l’Ancien concernant la fabrication de la poix (Histoire Naturelle, XVI, 52, 57). Deux techniques auraient existé : la distillation par
le feu et le gemmage. La distillation nécessitait l’allumage d’un feu et au vu de la couleur noirâtre de la plupart des fragments d’urnes retrouvés, cette technique semble avoir été utilisée sur
les causses lozériens. De plus, d’autres emplacements d’urnes sur le département ont livré des charbons de bois et présentaient un sol brûlé (Trintignac 1999). Concernant la seconde technique, le
gemmage, qui consistait à « saigner » les arbres pour en recueillir la sève, elle ne semble pas avoir laissé de traces que l’on puisse retrouver en archéologie, si ce n’est peut-être
les outils, mais qui devaient certainement se confondre avec l’outillage classique. Cette technique est encore attestée au XVIIIe siècle sur le causse du Larzac par des archives (Loir,
1940).
Plusieurs hypothèses, à partir du témoignage de Pline, ont été élaborées concernant le premier procédé. L’auteur précise « pix liquida in europa e taeda coquitur » / « en
Europe, la poix liquide est obtenue à partir du pin par le feu ». Et il précise « lignum ejus concisum furnis undique igni extra circumfado fervet. Primus sudor aquae modo fluit
canali. Hoc in syria cedrium vocatur cui tanta vis est ut in aegypto corpora hominum defunctorum perfusa eo serventur » / « le bois taillé bout dans des fours entourés de
tous côtés par des feux extérieurs. Un premier liquide coule de la même manière que l’eau par un canal. Le liquide, nommé cedrium en Syrie, a tellement de force qu’il est utilisé en
Egypte pour recouvrir les corps des hommes défunts afin qu’ils soient préservés » (Histoire Naturelle, XVI, 52 : traduction reprise car erronée). Bien qu’aucun four à poix
décrit par Pline n’ait été découvert en Lozère, d’autres ont été trouvés en France et se présentaient sous forme de tertres d’environ 8 m de diamètre avec une entrée de 1 m de hauteur. La galerie
se rétrécissait pour prendre la forme d’un canal de 0,65m de large qui menait à une cuve d’un mètre de diamètre et de 0,85m de profondeur destinée à recueillir la résine. Sur les causses et sur
la commune de la Canourgue, ce sont plutôt des urnes, calcinées ou non, qui ont été découvertes. Alain Trintignac (Trintignac 1999) précise qu’en Lozère, les stations ont livré soit des urnes
presque intactes contenant des résidus de poix, soit des fragments et que les vestiges ont souvent été trouvés enterrés, la partie supérieure ne dépassant que de quelques centimètres. Lors de nos
prospections, nous avons pu remarquer qu les stations de résiniers du causse étaient souvent implantées dans la sable dolomitique qui devait faciliter le creusement d’un trou, et non dans les
zones de calcaire en plaques qui ne permettaient pas aussi facilement d’enraciner les urnes dans le sol. Cela pourrait expliquer en partie la localisation des stations de résiniers.
Erasme Loir a publié une étude au sujet de l’industrie de la poix (Loir, 1940) et a pratiqué ce qui est devenu de l’archéologie expérimentale afin de démontrer sa théorie. Il explique le procédé
ainsi : une première urne était enfoncée dans un trou pratiqué dans le sol et ne dépassait que de quelques centimètres. Une seconde urne était disposée sur la première, mais à l’envers et
les deux urnes étaient colmatées avec de l’argile. Au préalable, on avait introduit dans l’urne supérieure du bois de pin coupé en morceaux comme l’indique Pline, qui devaient tenir au moyen d’un
grillage. On allumait ensuite un feu autour de l’urne supérieure, à l’extérieur donc, comme l’indique Pline. Le bois situé dans l’urne supérieure se carbonisait à cause de la chaleur étouffante,
créant du charbon de bois qui pouvait être réutilisé dans la fabrication du fer. La poix distillée coulait dans l’urne inférieure destinée à la recueillir. Le trou fait dans le fond de l’urne
supérieure devait selon lui servir à évacuer gaz et fumées, alors que celui de l’urne inférieure devait permettre à l’eau de condensation de sortir. Après refroidissement de la structure, les
deux urnes étaient désolidarisées afin de recueillir la poix située dans l’urne inférieure, qui n’était certainement pas sortie de terre. Erasme Loir a expérimenté ce procédé en utilisant des
creusets en terre réfractaire. Il a réussi à obtenir de la poix, mais une partie s’est échappée par le trou de l’urne inférieure, ce qui était d’ailleurs prévisible. A ce sujet, on a retrouvé des
urnes présentant une coulée de résine passée par ce trou inférieur et bloquée dans la roche sous-jacente, les résiniers antiques avaient donc dû rencontrer le même problème. Lors de sa seconde
expérience, il utilisa un récipient inférieur sans trou pour éviter cette déconvenue. Il a réussi à obtenir de la poix, qui se présentait sous de formes de trois couches superposées : une
couche supérieure de poix liquide, une couche aqueuse et une couche inférieure poisseuse. Les parois des récipients étaient charbonneuses. Il a recueilli peu de produit et en conclut que ses
récipients étaient trop petits ou qu’il ne maîtrisait pas encore très bien la technique ancestrale. Alain Trintignac (Trintignac 1999) précise que parfois, un seul foyer pouvait être utilisé pour
plusieurs urnes, et que l’urne inférieure était quelquefois renforcée par une autre urne venant en doublure pour améliorer la résistance aux fortes températures. En fait, des reconstitutions
faite par Erasme Loir, beaucoup d’éléments correspondent aux faits archéologiques : des charbons de bois ont bien été retrouvés, les urnes sont effectivement souvent calcinées, une urne
inférieure recueillait bien la poix, des joints d’argile ont aussi été retrouvés. On peut penser que la technique retrouvée par Erasme Loir ne devait pas être très éloignée de celle des Gabales,
mais certains détails importants doivent nous échapper. Il précise lui même que parfois les urnes pouvaient être placées en partie hors du sol voire complètement hors du sol. Un dispositif plus
complexe que celui imaginé pouvait donc exister. D’autre part, certains problèmes restent insolubles comme l’absence de cendres sur certaines stations, problème évoqué par Alain Trintignac
(Trintignac 1999) et le cas des urnes qui ne présentent aucune trace de combustion, comme nous en avons nous même trouvé lors de nos prospections.
D’autres expériences ont été menées par la suite, en particulier en 1994 à La Combe, où il s’agissait de vérifier les dires d’Erasme Loir par de nouvelles expérimentations. Les urnes utilisées
étaient en tôle de fer, ce qui à mon avis a eu une incidence sur l’expérience. Il me semble qu’en ce qui concerne l’archéologie expérimentale, il vaudrait mieux garder les paramètres connus par
l’archéologie, déjà que nombre de paramètres sont inconnus… Le résultat fut effectivement décevant, aucune matière n’a été recueillie dans l’urne inférieure à part de l’eau ; en revanche, le
bois placé dans l’urne supérieure a effectivement été transformé en charbon de bois, ce qui demande moins de technicité. Une seconde expérience a été tentée en remplissant de 10 litres d’eau
l’urne inférieure afin de faciliter la condensation des matières volatiles. Ils n’ont obtenu qu’un film huileux dans l’urne inférieure (Fages 1994 ; Trintignac 1999).
D’autres expériences ont été menées, avec de grandes différences : suppression du trou du récipient supérieur et remplissage de brindilles et d’aiguilles de pins sèches. Le récipient
supérieur a été placé sur un socle d’argile en cuvette qui comportait un tuyau au fond, tuyau débouchant 1,5 m plus loin dans une urne enterrée recouverte d’un plateau de bois. On a allumé un feu
autour de l’urne supérieure durant deux heures : le bois s’est partiellement transformé en charbon de bois et on a recueilli dans l’urne inférieure un litre d’eau et la moitié d’un verre de
liquide brunâtre foncé épais et visqueux dégageant une odeur âcre alors que de la suie s’était formée sur les parois. Ce procédé dit « à la marmite » était déjà mentionné par Erasme
Loir (Loir 1940) et était utilisé il y a peu dans la fabrication de l’huile de cade, goudron obtenu par distillation du bois du genévrier, utilisé en dermatologie entre autres. Cette technique
expliquerait l’absence de calcination de certaines urnes et de leur emplacement, la second urne enterrée n’étant pas soumise à la chaleur.
Ces expériences, suggère Alain Trintignac n’ont peut-être pas utilisé toutes les possibilités, en particulier pour la matière première (bois sec, demi-sec ?) et auraient peut-être apporté
d’autres éléments si elles avaient été réalisées avec des récipients en terre cuite. En tout cas, elles ont le mérite de proposer des hypothèses quant aux techniques mises en œuvre dans le
procédé d’obtention de la poix.
Caractéristiques des stations de résiniers
Les stations que nous avons inventoriées lors de nos prospections ainsi que celles déjà connues sur la commune de la Canourgue sont essentiellement représentées par la présence de fragments
d’urnes à résine. Quelques indices de sites, la plupart issus de témoignages oraux et de pistes données par la bibliographie locale, renvoient à la découverte de pains de poix (IND 1 et IND 2).
Parfois, c’est l’urne entière qui a été trouvée, comme celle présentée à la salle d’exposition de Banassac. La plupart des stations de résiniers lozériennes ont livré des tegulae, de la
poterie et de l’urne à résine et couvrent une petite surface (Trintignac 1999). Six d’entre elles ont livré des restes d’habitations, onze n’ont rien livré d’autres que les urnes. L’auteur
explique cela en émettant l’hypothèse selon laquelle il ne s’agirait que de lieux d’artisanat en structure légère, l’habitation étant située plus loin, ou bien que l’habitat permanent, lui-même
en structure légère, n’a pas laissé de traces. Il précise que la plupart des stations semblent liées à des exploitations agricoles : soit les deux étaient collées, voire se confondaient,
soit les deux se trouvaient à quelque distance, la station de résinier étant au plus proche de la forêt pour éviter le transport du bois sur une trop grande distance et il constate que toutes ces
stations là étaient effectivement situées dans les environs proches d’un habitat gallo-romain reconnu, ferme ou villa, ce qui est effectivement confirmé par notre cartographie. Les
stations étaient donc implantées non loin de la structure agricole qui les contrôlait certainement, tout en étant proches de la forêt et dans des terrains propices à l’enfouissement des urnes.
Ces fermes pouvaient donc vivre à la fois de la production de la poix, mais aussi de l’agriculture et de l’élevage, des outils agricoles ayant été découverts dans ces fermes au niveau du
département (Trintignac 1999). La présence de ces sites en bordure de forêt ou dans des clairières proches des dolines permettait donc d’allier ces activités sur un même site, bien qu’il y ait
des exceptions. Il précise également que pour ces sites, l’activité devait suffire à répondre aux besoins de la famille. Le caractère léger des stations de résinier peut être expliqué par un
artisanat saisonnier et parce que les sites avaient une durée de vie courte, à savoir qu’il fallait déplacer la station au plus près de la forêt dès que la ressource en bois devenait trop
lointaine. Ainsi, il ne faudrait pas interpréter les concentrations de stations de résiniers comme étant des bassins de production de la poix mais comme étant des sites occupés successivement par
une même population, mais l’hypothèse contraire reste bien sûr ouverte, en l’absence de données plus précises sur les sites que nous avons recensés en prospection. Alain Trintignac suggère aussi
que lorsque la station était située trop loin de l’habitat en dur, celle-ci aurait pu momentanément servir d’habitation légère. De même, des lieux de stockage proches de la station auraient alors
pu être aménagés (grottes, avens) comme en témoignent des découvertes locales (débris d’urnes à résine trouvés à l’entrée des grottes ou à l’intérieur) (Fabrié 1984 ; Trintignac 1999).
Le mobilier et la chronologie des stations de résiniers
Comme nous l’avons dit plus haut, une grande partie du mobilier des stations de résinier est constituée de fragments d’urnes à résine. Au niveau du département, quelques outils ont été retrouvés
dans des stations de résiniers, à savoir un poêlon en céramique grise qui aurait servi à retirer la poix de l’urne inférieure car il présente une fine pellicule de résine, découvert au
Buffre, ainsi qu’une rondelle de plomb interprétée comme un bouchon de fond d’urne découverte dans la villa du Rouveret. Pour la commune de la Canourgue, de nombreux fragments d’urnes à
résine ont été recensés lors de nos prospections. La plupart sont des fragments de panse rosés sur la face externe et noirâtres sur la face interne, les deux faces étant bien souvent peignées.
Mais nous avons aussi rencontré de nombreux bords de forme triangulaire et un grand bord nous permettant de comprendre que ces bords triangulaires ne correspondent à qu’une tout petite
partie du bord de l’urne. Le grand bord est décoré sur la face externe par des reliefs et des creux, qui avaient peut-être une fonction autre que la simple fonction décorative ; en effet,
pourquoi décorer un récipient qui avait pour destination une fosse creusée dans la terre ? A moins que ces urnes ne soient pas enterrées, comme le propose une hypothèse évoquée plus haut.
Ceci est corroboré par le fait qu’un certain nombre de fragments d’urnes à résine ne portent aucune trace de brûlure. Les urnes auraient aussi pu porter ce « décor » pour une
raison fonctionnelle, à savoir une facilité de transport (on peut les saisir par ces saillies) et une possibilité d’assemblage avec la seconde urne (les deux urnes auraient alors eu un
« décor » complémentaire, tel une sorte de grand pas de vis constitué par ces reliefs et ces creux). D’autre part, au vu de la complexité envisagée de la mise en œuvre du procédé
d’obtention de la poix, pourquoi ne pas penser que ces urnes étaient suspendues, peut-être lors du positionnement de l’urne supérieure sur l’urne inférieure et que ce «décor » avait en fait
pour but de maintenir des liens autour de l’urne.
En ce qui concerne les urnes à résine, là aussi on se reportera à l’étude typologique menée par Alain Trintignac lors de sa maîtrise (Trintignac 1999). Celle-ci se base principalement sur les
urnes presque intactes découvertes encore fichées dans le sol, il s’agit donc là des urnes inférieures. Pour résumer, la hauteur moyenne est d’environ 82 cm, le diamètre à l’ouverture d’environ
58 cm, le diamètre du fond moyen d’environ 20 cm, l’épaisseur des parois se situant autour de 1,5 cm. La pâte est la plupart du temps à base de dégraissant calcaire, comme nous l’avons remarqué
pour nos urnes trouvées en prospection, et les parois sont peignées, certainement dans le but d’égaliser la surface de si grands récipients, parfois horizontalement, verticalement, en diagonale,
ou même en tous sens. Certaines urnes ont été réparées et réutilisées. Ces vases, de forme tronconique, possédaient pour la plupart un orifice latéral ou médian percé dans le fond. Les urnes
utilisées par les Rutènes étaient visiblement semblables. On peut penser qu’elles étaient fabriquées dans un même atelier, étant donné leur ressemblance. A ce propos, Dominique Fabrié propose
l’hypothèse de la fabrication des urnes dans un atelier situé à Florac où la présence de potiers est attestée. Florac n’est pas très éloignée des stations de résiniers car elle est située en
bordure du causse Méjean et pouvait contrôler économiquement la vallée, lieu de passage.
Peu de sites de notre corpus ont livré de la céramique autre que les urnes sur des stations de résiniers pouvant donner une datation plus précise. Quelques sites sont antiques à coup sûr
mais on ne peut affiner la datation. Sur le plan départemental, Alain Trintignac, dans son mémoire de maîtrise (Trintignac 1999), a listé et comparé toutes les céramiques issues des sites
lozériens ayant livré une station de résinier au moins. Sa première remarque est que la mauvaise connaissance de la céramique protohistorique et médiévale est un frein à une chronologie poussée
des stations de résiniers. Pour lui, cet artisanat a démarré dès le début de notre ère et se poursuit au Bas-Empire. En tout cas, les grands groupes de céramiques représentatives du Haut-Empire
(céramique de tradition indigène, céramique proto-sableuse, céramique grise sableuse, céramiques à pâte claire sableuse, sigillée) sont majoritaires sur ces sites. Il semblerait donc que cette
activité ait au moins existé à assez grande échelle au Haut-Empire, peut-être un peu avant et un peu après, sans que pour autant chaque station ait cette durée de vie, bien sûr.
Commerce de la poix et utilisations
La production de poix n’était pas propre aux Gabales, on l’a reconnue aussi chez les Rutènes, entre autres ; en revanche, de nombreuses régions étaient demandeuses de cette ressource, et
d’autres provinces de l’Empire en produisaient d’ailleurs, comme le Bruttium (Denys d’Halicarnasse, Antiquités Romaines, XX, 15). Elle était épaissie au vinaigre et était utilisée selon
Pline et Columelle à poisser les récipients comme les amphores à vin par exemple. Mais la poix avait aussi d’autres utilisations, en témoignent les auteurs antiques. Pline, Galien et Dioscoride
donnent des indications sur son utilisation sur le plan médical. Les médicaments étaient à base de fleur crue de résine, nommée crapula par Pline, broyée avec des éclats de bois et
arrosée jusqu’à ce qu’elle soit cuite avec de l’eau bouillante. Sous forme d’application, la poix était utilisée contre les hémorroïdes, les ongles raboteux, la chute des cheveux, les dartres, la
gale, elle était également utilisée contre les tumeurs ou pour guérir les ulcères, faire mûrir les abcès, soulager les douleurs de l’utérus. Lorsqu’elle était mélangée à de l’huile à base de
rose, elle guérissait les oreilles douloureuses. La poix associée au miel, à l’écorce de pin broyée, au soufre, au son et à l’encens et parfois des raisins secs était utilisée contre les ulcères.
Cuite avec de la farine d’orge et de l’urine, elle était utilisée contre les abcès tuberculeux. Mélangée avec du sel, elle permettait de lutter contre les morsures de serpents, associée au miel,
elle guérissait asthme et bronchite. On l’utilisait encore pour lutter contre les maladies nerveuses comme la paralysie, les spasmes et les tremblements et pour ranimer les léthargiques ; de
même la poix était employée à des fins vétérinaires.
La poix était également employée dans un tout autre domaine, à savoir l’étanchéité des récipients destinés à collecter des liquides, en particulier les amphores, et permettaient de donner un
certain goût au vin. La poix liquide additionnée de vinaigre était enduite à l’intérieur des récipients (Trintignac 1999 ; Ferdière 1988). Cette opération est d’ailleurs représentée sur
certaines mosaïques antiques. Selon Pline et Columelle, la poix durcie, vieillie, réduite en poudre et mélangée au moût avant fermentation permettait de donner une saveur supplémentaire au vin.
Cela permet aussi de lui donner un aspect vieilli selon Plutarque. La poix mélangée à de la cire était également utilisée pour calfater les coques des navires, pour enduire les cordes et les
voiles, les rendant imperméables et imputrescibles. La poix enflammée était utilisée comme arme lancée avec des catapultes, et permettaient ainsi d’enflammer les positions ennemies. La poix
servait de même de combustible dans l’éclairage, les torches et les mèches étant enduites. La poix mêlée au noir de fumée composaient une encre appréciée.
Les utilisations de la poix étaient donc nombreuses et variées. Le sud de la Gaule offrait tout naturellement un débouché à la production gabale et rutène, par la présence de vignobles et de
chantiers navals. Les quantités exportées hors de la cité devaient donc être considérables, en témoignent les pains de poix découverts en Lozère comme celui mentionné en 1866 près du hameau du
Viala sur le causse Méjean (Trintignac 1999) et les indices de sites IND 1 et IND 2 désignant la découverte par un agriculteur du même type de bloc de poix dans la commune de la Canourgue, tous
deux d’une cinquantaine de Kg. Les nombreuses routes et les drailles devaient permettre de transporter cette ressource vers le Midi.
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