Mardi 2 octobre 2007 2 02 /10 /Oct /2007 17:58
La présentation des fiches du catalogue suit une logique pragmatique. En effet, celles-ci m’ont suivi sur le terrain lors de mes vérifications et elles se devaient d’être efficaces afin de ne pas perdre de temps. La première partie synthétise donc les renseignements purement administratifs comme le nom du site ou de l’indice, les correspondances entre les numérotations DRACAR données par le Service de la Carte Archéologique du SRA et la numérotation de PATRIARCHE. A mon sens, c’est ce qui fait la carte d’identité du site, un peu comme les tria nomina
La seconde partie me permettait de situer géographiquement le site d’un simple coup d’œil sur cette rubrique : la commune, le lieu-dit, le cadastre, le nom du propriétaire, les indices topographiques permettant de repérer le site sur le terrain et bien sûr ses coordonnées Lambert et son environnement géographique. Toutes les coordonnées Lambert des sites recensés dans la base Dracar et visités ont été vérifiées, et étaient le plus souvent justes à quelques mètres près, hormis en ce qui concerne les altitudes. Celle-ci ont toutes été recalculées à partir de Carto Exploreur 2005.
Il peut paraître plus logique de disposer les informations comme le canton, la commune et le lieu-dit dans la rubrique « administration », mais comme je viens de le dire, il me semblait plus simple de ranger dans une seule et même rubrique susceptible de m’aider à trouver le site d’un seul coup d’œil.
La troisième rubrique fait la synthèse des connaissances purement archéologiques sur le site ou l’indice de site : l’historique des recherches et les circonstances des découvertes, la description des vestiges immobiliers, l’inventaire du mobilier et leur dernier lieu de conservation connu, enfin la datation et une rubrique reprenant l’interprétation finale utile pour la future base de données.
La quatrième partie est celle qui résume ma visite sur le terrain, son but, la date et les circonstances des tâches effectuées et leurs résultats. Si la visite n’a pas eu lieu, la rubrique n’apparaît pas mais cette particularité est mentionnée dans l’historique des recherches.
Il m’a semblé nécessaire de recenser dans une cinquième partie tous les liens possibles avec d’autres informations, à la fois les données contenues dans le mémoire (autres chapitres, cartes, annexes …) et les sources utilisées pour remplir la fiche. J’ai pensé qu’il serait utile pour les lecteurs de préciser le lieu de consultation de ces documents afin de leur faciliter la tâche s’ils devaient eux-mêmes s’y reporter, les sources étant, nous l’avons vu, assez dispersées.
Les annexes à ce catalogue ont été archivées au fur et à mesure en fonction du numéro DRACAR des sites leur correspondance en n° de site dans des classeurs. Il m’a semblé important de photocopier systématiquement tous les cadastres, plans des structures, dessins, cartes topographiques, lettres manuscrites et divers autres documents présents dans les archives du SRA afin de ne pas être obligée d’y retourner incessamment pour des vérifications après la collecte des informations. Ensuite, ceux de ces documents qui m’ont paru nécessaires à la bonne compréhension du profil d’un site ont été inclus aux fiches du catalogue, ceux qui ne participent que d’un complément d’informations ont été mis en annexes, les autres n’ont pas été intégrés au mémoire ou ont déjà largement été synthétisés lors de la rédaction et il ne me semblait pas opportun de les y intégrer. Pour les informations qui ont pu être remises à jour, elles l’ont été (cadastres, cartes IGN, noms des propriétaires, lieu de conservation du mobilier). Parfois, un même document renvoie à plusieurs sites et j’ai pris le parti de le reproduire plusieurs fois afin que le lecteur n’ait pas à se reporter à l’un ou l’autre des volumes du mémoire pour consulter ces informations. Ainsi, les fiches comprennent trois documents : la notice, un extrait de la carte IGN sur lequel le site est pointé, et un extrait du plan cadastral mis à jour. Il est à noter que tous les sites n’ont pas forcément un plan cadastral associé car les mairies n’ont pas pu tous me les fournir avant la date de rendu des mémoires, ceci en raison du très grand nombre de sites inventoriés…
 
3.3.2. La création et l’utilisation de la base de données
 
3.3.2.1. Choix des champs
 
J’ai pris le parti de créer une base de données uniquement destinée à créer des hypothèses de travail et à éditer les résultats des requêtes de croisement d’informations et non une base de données aussi complète que le catalogue, inutile. Les champs de ma base sont donc bien plus réduits que les rubriques du catalogue. Il s’agissait de simplifier les données au maximum afin de classer les sites pour les cerner au mieux et les extraire lors des recherches par mot clé.
Il faut préciser qu’il n’y a pas une fiche par site, ceci pour des raisons pratiques. Le but de ma base de données est d’extraire les informations sur les sites de telle ou telle période, ou de telle ou telle nature. Pour me faciliter la tâche lors des requêtes, j’ai décidé de créer une fiche pour chaque période d’occupation d’un site, un peu à la manière de PATRIARCHE, sauf que mes « entités » ne correspondent pas toujours à celle de cette dernière. Cette façon de faire me semble plus adaptée à la cartographie future des données.
J’ai donc inclus dans ces fiches leur numéro (CAN suivi du numéro du site de 1 à n pour les sites de La Canourgue, BAN suivi du numéro de 1 à n pour les sites de la Canourgue, IND suivi du numéro d’indice de site de 1 à n pour les indices de sites). Le nom du site apparaît ensuite. Le nom, si le site est déjà connu de la DRAC, (inventorié ou ayant donné lieu à des archives) est identique à ce dernier. Sinon, j’ai utilisé l’appellation donnée par la carte IGN car, même si celle ci est moins fiable que le cadastre, a le mérite d’être accessible par tout un chacun dans n’importe quel magasin. De plus, les cadastres actuellement fournis par les communes ne mentionnent pas les toponymes si l’on ne zoome pas assez.. En ce qui concerne les sites découverts par M. Pol Le Lay, je leur ai donné des noms à partir du toponyme le plus porche dans la commune étudiée, même si celui-ci était en réalité plus éloigné qu’un autre toponyme de la commune limitrophe, afin de ne pas créer de confusion quant à la commune sur laquelle se trouve le site. J’ai aussi créé une rubrique « type » qui présente la nature de l’occupation : habitat, sépulture, atelier de potier, agglomération secondaire, exploitation agricole etc. Vient ensuite la datation, souvent réduite à l’une des grandes périodes chronologiques et à leurs subdivisions. Les rubriques suivantes correspondent aux potentiels facteurs d’installation ou d’abandon des sites dont il s’agit de tester la pertinence en utilisant la base en mode recherche : la géologie, l’exposition, le réseau hydrographique le contexte viaire... Il m’a ensuite semblé nécessaire d’inclure deux champs nécessitant une réponse affirmative ou négative : autre occupation chronologique du même site et autre occupation chronologique du « type ». Par exemple, pour un site comportant un habitat de l’Age du Bronze réutilisé à l’Age du Fer ainsi qu’une sépulture occupée uniquement à l’Age du fer, je cochais « oui » dans le premier champ et « non » dans l’autre. Ceci me permet de voir si la pérennité de l’occupation d’un site est liée à tel ou tel type d’occupation. Enfin, j’ai créé trois rubriques correspondant aux coordonnées Lambert du site concerné, en particulier pour faire des requêtes sur l’altitude.
 
3.3.2.2. Requêtes
 
Les requêtes avaient pour but de lister d’un seul clic les sites ayant un ou plusieurs caractères en commun, comme par exemple les sites ayant livré des urnes à résine et des scories, les sites ayant été occupés à la Protohistoire et à l’Antiquité mais pas au haut Moyen Age etc. La base de données, facile à utiliser, apporte une rapidité de réponse sans précédent, sans compter qu’elle permet de croiser les informations, de créer des graphiques en lien avec les données qu’elle conserve, permettant ainsi l’élaboration de statistiques et d’hypothèses. Les tableaux récapitulatifs et diagrammes synthétiques en sont tirés. Ce sont eux qui ont ensuite servi à la cartographie. En effet, en positionnant sur une carte informatisée tous les sites et les indices de sites nommés par leur code (exemple : CAN 47), il est très simple et rapide de créer ensuite toutes sortes de cartes : carte des sites protohistoriques, carte des stations de résiniers, carte des sites ayant livré de la sigillée etc.
 
3.      BILAN DES DONNEES ARCHEOLOGIQUES
 
4.1. LE MOBILIER : RESULTATS GLOBAUX ET RESULTATS DETAILLES
 
Il ne s’agit pas là de faire un inventaire du mobilier recueilli lors des prospections car cet inventaire est déjà présent dans les fiches du catalogue. Ici, il est plutôt question de rappeler l’essentiel des découvertes et leurs caractéristiques et de présenter le résultat général de la collecte. Un tableau récapitulatif, mis en annexe car bien trop long pour apparaître ici, permet de se rendre compte des artefacts trouvés sur les sites. Tous les sites sont mentionnés, ceux déjà connus début de mon travail, et ceux inventoriés cette année. Pour les seconds, l’inventaire du mobilier a été mené de façon exhaustive, à savoir que chaque objet a été décompté. Pour les sites connus de longue date, la précision dépend bien sûr de la précision donnée dans les rapports de fouilles, parfois vagues selon l’ancienneté des découvertes.
 
4.1.1. La céramique
 
4.1.1.1. Généralités
 
Remarques
 
La céramique rencontrée en prospection était très souvent particulièrement érodée, au point d’hésiter parfois entre un tesson et un simple morceau de calcaire. Au-delà du manque criant de formes permettant un classement et une typologie, le problème rencontré a été d’identifier tout simplement les fragments de céramique. En effet, la majorité des tessons ne sont classifiables qu’à partir de leur couleur et de leur texture (fragments de panse, sans décor). L’inventaire du mobilier présent dans les fiches de sites peut donc paraître peu conventionnel… Tout ce qui a pu être identifié a été classé grâce aux catalogues et typologies habituelles. Lorsqu’un tesson semble appartenir à telle ou telle catégorie de céramique sans que l’on en soit sûr, la dénomination en doute est directement suivie d’un point d’interrogation. Parfois, des éléments descriptifs ont été ajoutés car le fragment ne semblait pas pouvoir entrer avec certitude dans une catégorie.
 
Codification et abréviations
 
Des codes ont été utilisés dans un but de simplification. Pour la céramique :

 

-                     PRO : céramique protohistorique
-                     SG : sigillée Gaule du Sud
-                     TB : Terre blanche de l’Allier
-                     CRO : céramique à engobe orangé
-                     COX : céramique commune oxydante
-                     CLA : céramique commune claire
-                     RED : céramique commune réductrice
-                     MED /MOD : céramique médiévale ou moderne
-                     GRI : céramique grise
-                     AMP : amphore
-                     URN : urne à résine

 

 
L’abréviation fr. désigne le mot « fragment ».
 
Avertissement
 
Etant donné la difficulté d’identifier certains tessons, une analyse approfondie permettrait dans certains cas de modifier le classement de certains fragments. Afin de ne pas tromper le lecteur au sujet des céramiques peu identifiables, des photographies ont été préférées au dessin technique pour certains tessons qui ne pouvaient faire l’objet d’un dessin comme les fragments de panse ne comportant aucun décor. La photographie, bien qu’ayant le défaut d’aplatir l’objet en deux dimensions, permet au moins de se rendre compte de la couleur avec plus de justesse qu’une description…
Les autres tessons ont été dessinés dans la mesure du possible. Par manque de temps et de moyens et aussi parce que les informations intrinsèques aux fragments étaient difficiles à appréhender, les dessins ont été simplifiés et peuvent paraître peu conventionnels car ils ne comportent pas la partie droite : seule la coupe a été dessinée, afin de donner un aperçu de la forme d’un bord par exemple. La céramique étant très abîmée, il n’a pas toujours été possible de déterminer l’horizontalité : le trait horizontal adjoint à chaque tesson ne fait donc que rappeler dans quel sens il faut comprendre le récipient : le trait est du côté interne. Enfin, l’échelle a systématiquement été jointe à chaque dessin afin de se rendre compte de leur taille relative. Les diamètres n’ont pas été calculés.
 
Résultats
 
Ce travail a eu le mérite de montrer que certains sites présentaient des céramiques en commun, ce qu’il n’aurait pas été possible de voir si chaque tesson indéterminable avait été classé comme étant indéterminé. Le travail a donc plus porté sur ces fragments-là, difficiles à appréhender au premier abord et peu étudiés, pour la même raison certainement. Il apparaît en particulier qu’une céramique grise, à parois assez fines, à l’apparence marbrée (veines fines gris foncé sur fond gris légèrement plus clair) est présente sur certains sites gallo-romains importants (voir en annexe le détail des décomptes).
 
Traitement de surface
 
On a pu relever des poteries brossées au tampon d’herbes, des poteries peignées, des poteries engobées d’une pâte argileuse fluide badigeonnée. Certaines ont été cuites en avec un apport d’oxygène, d’autres non, en témoigne la vaste palette de couleurs que l’on a pu remarquer.
 
4.1.1.2. La céramique protohistorique
 
La céramique protohistorique que nous avons rencontrée en prospection, en particulier sur le causse, est soit de couleur brune, soit de couleur gris foncé/noir. Modelée, très abîmée, érodée et le plus souvent informe, elle est facilement identifiable mais pose des problèmes de datation. Pratiquement aucun fragment caractéristique n’a pu être mis en évidence avec certitude, hormis quelques cordons ; il a donc été difficile de proposer des datations plus précises que « Protohistoire indéterminée » tellement le mobilier collecté s’y prêtait peu.
Ces céramiques sont donc toutes classées comme étant protohistoriques ; à défaut d’entrer dans le détail, cela permet au moins de ne pas se tromper. Il est à noter que cette catégorie, vaste, regroupe des céramiques qui n’ont rien en commun, si ce n’est leur chronologie. Certaines sont plus orangées et semblent posséder une sorte d’engobe lisse érodé, d’autres sont au contraire noires et à l’aspect brut, la pâte accroche. Le dégraissant utilisé pour toutes ces céramiques correspond visiblement à de la calcite broyée, voire du sable dolomitique. Il est très visible sous forme de petites particules blanches incluses dans la pâte foncée. On remarque également que certains sites ont livré de la céramique plutôt homogène, d’autres ont en revanche présentent une palette très variée de tessons protohistoriques, de l’ocre au noir en passant par le brun et l’orangé.
 
4.1.1.3. La céramique gallo-romaine
 
La céramique gallo-romaine est présente en nombre assez conséquent.
 
Céramique sigillée
 
Sur 203 sites, 35 ont livré de la sigillée, soit 17,2 %. La sigillée, contrairement à ce que l’on aurait pu penser, vu la proximité de Banassac, est peu représentée dans le total des céramiques ; c’est la céramique commune qui prime. La sigillée n’est toutefois pas absente en prospection, mais il est vrai que nous avons prospecté peu de parcelles labourées. Etant donné la taille de ses fragments, elle a pu nous échapper lorsque nous prospections en forêt et dans la lande, ou bien tout simplement elle est pas remontée à la surface, pour cause d’absence de labours tout simplement. Quelques formes classiques du Haut Empire sont reconnaissables, en particulier la Drag. 35-36, produite à Banassac.
En revanche, la sigillée est bien sûr surreprésentée dans les fouilles des ateliers de Banassac. Des milliers de tessons ont ainsi été découverts. Il fut même un temps où on les comptait même en tonnes…
 
Les amphores et les grands récipients de stockage
 
Des fragments d’amphores et de gros récipients de stockage ont été découverts en prospection. Nous avons parfois eu du mal à les distinguer de la TCA, seule la pâte au dégraissant plus fin nous a permis de dire qu’il s’agissait d’amphores, les tessons étant trop petits et érodées pour observer leurs courbures. 19 sites en fournissent, soit 9,4 %.
 
Les urnes à résine
 
Les urnes ayant servi à fabriquer la résine ont été découvertes en grand nombre lors de nos prospections. Une urne presque entière est conservée à la salle d’exposition de Banassac, qui permet de se rendre compte de l’aspect du récipient, ce qui est plus difficile à appréhender à partir des tessons collectés en surface. Ces fragments, particulièrement bien conservés, font penser que les urnes enfouies sont peut-être encore intactes pour certaines. Un pain de résine a d’ailleurs été découvert par un habitant (cf. IND 1 et IND 2). Certains tessons sont bien plus épais que d’autres. Parfois, ils sont brûlés, d’autres ne le sont pas ; cela correspond peut-être à l’urne inférieure et à l’urne supérieure du dispositif de distillation. Les tessons, rouge et noir, sont la plupart du temps peignés, au moins sur une face, parfois sur les deux. Des fragments de bord ont également été collectés, de section triangulaire, particulièrement brûlés. Un bord bien conservé, permet de se rendre compte du « décor » externe du récipient, composé de stries en grande saillie qui devaient faciliter le transport, du moins le déplacement de l’urne. En effet, il est difficile de parler de décoration pour des récipients qui étaient avant tout enterrés. Toutefois, on peut penser que les urnes n’étaient peut-être pas fabriquées que pour cette activité. Le dégraissant utilisé est, là encore, la calcite ou le calcaire broyés. Etant donné que les urnes se ressemblent toutes étrangement, elles devaient être produites dans un même atelier. 25 sites sur 203 en ont livré, soit 12,3 %.
 
La terre cuite blanche de l’Allier (TB)
 
De la terre cuite blanche de l’Allier a été découverte lors des fouilles, mais pas en prospection. La villa de Pont Plan en a livré, tout comme le Champ del Mas et l’habitat groupé de Ron de Gleizo. Dans les deux derniers cas, la présence d’un lieu de culte est avérée.
                                  
4.1.1.4. La céramique tardive
 
L’existence d’un site de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Age a la plupart du temps été identifiée grâce à la présence de céramique grise. Toutefois, la méthode a ses limites, en particulier, comme nous l’avons déjà dit, pour des tessons très abîmés et qui ont absorbé au fil des siècles la couleur des sédiments dans lesquels ils étaient enfouis : certains tessons bruns pourraient donc être en fait des céramiques grises. D’autre part, certains tessons plus fins que les autres pourraient être de la céramique grise fine du premier siècle. Des céramiques gris-bleu ont également été identifiées comme étant de la fin de l’Antiquité.
La céramique vernissée du Bas Moyen Age et de la période moderne se trouve aussi dans les champs, mais en bien moindre quantité, nous l’avons pourtant ramassée : cela témoignerait-il d’un faible amendement des terres dans une région plus propice à l’élevage qu’à l’agriculture ? En effet, peu de zones sont réellement cultivées encore aujourd’hui (voir carte de la couverture forestière fig.10 p. 28) hormis les dolines et certaines parcelles présentant des bancs de sable dolomitique, plus faciles à travailler que les parcelles présentant du calcaire en plaques, qui demandent sans cesse à être épierrées, d’où les nombreux clapas. Il semble à première vue que l’élevage et les productions autres qu’agricoles aient joué un rôle bien plus grand dans l’économie locale que l’agriculture, à toutes les périodes. Il est fort probable que, comme aujourd’hui, l’agriculture devait être pratiquée pour répondre aux besoins locaux (céréales à usage familial et cultures destinées à nourrir les bêtes uniquement).
           
4.1.2. Les matériaux de construction
 
4.1.2.1. Terre cuite architecturale (TCA)
 
Mise au point
 
Nous avons trouvé diverses terres cuites architecturales : tegulae et imbrices. Dans l’inventaire, les tegulae, les seules qui soient exclusivement antiques, ont été appelées TEG. Les fragments qui n’ont pu être déterminés et les fragments de tuile courbe ont été dénommés TCA.
Les tegulae sont sans nul doute les artefacts que l’on a le plus souvent rencontrés en prospection, que ce soit sur le plateau ou dans la vallée. La plupart des fragments rencontrés sont des « crochets de tegulae », correspondant à l’angle du matériau. Il faut dire que leur taille et leur couleur se prête à leur repérage rapide, même dans un milieu a priori hostile à la prospection : lande à moutons hérissée de buis et de ronces, forêt, escarpements du causse…Nous avons ramassé quelques fragments pour mémoire ainsi que des fragments particuliers mais la majorité du matériel a bien sûr été laissé en place, d’une part pour des raisons de stockage, d’autre part parce que ce sont des collectes qui ne servent à rien (cela n’apporte pas plus d’informations de les ramasser que de simplement noter leur présence). De plus, cela permet aux futurs prospecteurs de repérer également le site. Ce sont ces artefacts là qui ont le plus souvent servi à délimiter la surface des établissements car ils ont été, vu leur taille, moins sujets au déplacement et au broyage lors des labours que les petites poteries.
Les tuiles de type imbrices sont présentes en grand nombre également mais il est moins facile d’affirmer leur antiquité.
69 sites sur 203 ont livré de la TCA, soit 1/3.
 
Apport de l’étude de la TCA 
 
Sur certains sites « tests », les tegulae et autres artefacts ont été systématiquement pointés au GPS et cartographiés afin de déterminer si cela pouvait apporter plus d’informations. Il apparaît que c’est un travail très payant mais très fastidieux. Nous ne l’avons donc mis en place que pour certains établissements afin d’en préciser la nature et la description. Par exemple, on a ainsi pu montrer que le site gallo-romain des Balmes, bâtiment rectangulaire assez nettement délimité par les artefacts de surface, suivait le sens de la pente (nord-ouest / sud-est) et présentait deux aires distinctes : la partie nord-ouest constituée essentiellement de céramiques fines (sigillée entre autres) et de tuiles, la partie sud-est représentée majoritairement par des TCA et des meules. Il apparaît donc au premier abord que la première partie correspond plus vraisemblablement à l’habitat et la seconde à la partie agricole de l’établissement. Une cartographie précise a également permis d’en déterminer ses dimensions.
 
4.1.2.2. Moellons(MOEL)
 
Les moellons sont des pierres, ici calcaires, épannelées, destinées à être appareillées, le plus souvent avec du mortier. Leur forme caractéristique et leur aspect standardisé permet de les repérer sans mal. Ils n’ont bien sûr pas été décomptés lors de la prospection. Toutefois, leur présence est mentionnée dans les fiches des sites concernés car ils témoignent d’une structure bâtie en dur.
De nombreux moellons calcaires jonchent le sol mais surtout les bordures des parcelles, mis de côté durant des siècles par les agriculteurs désireux de cultiver leurs champs. En relevant systématiquement la présence d’artefacts de ce type dans les clapas (tas d’épierrement) bordant les parcelles, on pouvait ainsi facilement localiser un site : il suffisait de prospecter ledit champ, et nous y trouvions des dizaines de tegulae. Les moellons ont aussi très souvent été remployés dans la construction des murs de parcelles.
32 sites sur 203 en ont livré, soit 15,8 % des sites.
 
4.1.2.3. Briques(BRI, HYP)
 
Nous avons aussi rencontré en assez grand nombre des briques, essentiellement des fragments de deux sortes d’épaisseur, les fines et les épaisses. Les premières sont dénommées BRI. Les secondes sont visiblement des pilettes d’hypocauste (HYP) et ont été trouvées sur des sites de grande taille, associées à d’autres matériaux (hypocauste avec tubuli, mosaïque, colonnes, tegulae, céramique) permettant de qualifier ces sites de villae ou de grosses exploitations agricoles. 12 sites ont ainsi livré de l’hypocauste, soit 5,9 %. Elles sont également présentes sur les ateliers de sigillée et dans les thermes (privés ?) découverts à Banassac.
 
4.1.2.4. Mortier de chaux, chaux (MOR, CH)
 
Du mortier de chaux a parfois été recueilli en prospection : 9 sites sur 203 en tout en ont livré, soit 4,4 %. Ce décompte ne tient pas compte des murs bâtis mais seulement des fragments de mortier retrouvés. Le calcaire local devait être brûlé dans des fours à chaux. Le tout, réduit en poudre, pouvait être mélangé au sable dolomitique encore exploité aujourd’hui, présent sous forme de bancs peu profonds ; il suffit de creuser et l’enlever la couche superficielle de terre pour y accéder. De la chaux a d’ailleurs été remarquée dans ou a proximité de certains fours à chaux.
 
4.1.2.5. Enduit peint (END)
      
Aucun enduit peint n’a été retrouvé en prospection. En revanche, de l’enduit a été mis au jour lors des fouilles : 6 sites en ont livré, soit moins de 3 %.
 
4.1.2.6. Mosaïques, tesselles (MOS)
 
Des mosaïques ont été mises au jour lors des fouilles (5 sites en présentent sur 203, soit moins de 2,5 %). En prospection, nous avons pu trouver sur un site des éléments sur lesquels le doute persiste : il s’agit de petits cubes d’1 cm3 de côté, en calcaire local, jaune, blanc et gris-bleu. Ils ont été trouvés strictement au même endroit sur le site du Masmontet, certainement une villa. Il est difficile de dire s’il s’agit là de tesselles, car on est plutôt habitué à des pierres plus dures, mais leur forme y fait penser. Découvert sur un site qui présentait déjà de l’hypocauste et un grand nombre de TCA, de céramiques, de meules et de scories de fer, cela ne semble pas impossible.
 
4.1.2.7. Marbre et dérivés(MAR)
 
Un seul site sur 203 présente du marbre ; il a été fouillé, il s’agit de BAN 05, un atelier de potier. En prospection, on trouve toutefois du calcaire en plaques naturel qui, sur des sites reconnus, nous a fait penser que ce matériau si facile d’extraction et déjà « taillé » aurait pu servir de matériau de construction et surtout de décoration (placages). Après tout, les colonnes aussi sont en calcaire…
 
4.1.2.8. Colonnes (COL)
 
Aucune colonne n’a été trouvée en prospection, hormis parmi les indices ( IND 24 ; IND 32) mais quatre sites avaient livré des colonnes lors de diverses fouilles. Parmi les indices, citons les colonnes de la Canourgue qui alimentent tant les spéculations (IND 32) : il s’agit de remplois dont on ne connaît pas la provenance. En allant voir un site, nous sommes passés devant une maison dans le jardin de laquelle trônaient deux colonnes et une sorte de sculpture très abîmée. La maison étant fermée, nous n’avons pas pu mener l’enquête orale afin de déterminer le lieu de découverte de ces colonnes. D’après certains habitants, il pourrait s’agir de Cadoule (Puech de Cadoule ou Ron de Gleizo) ou de la montagne du calvaire (Vergnèdes). Difficile de proposer une datation, nous n’avons pas pu approcher les colonnes, nous les avons photographiées de la route. Une autre colonne découverte grâce un témoignage d’un habitant pose problème (Site du Fraissinet) : découverte dans le jardin dans un bassin, elle a vraisemblablement servi de support à un jet d’eau car elle est creuse et le propriétaire avait découvert par la même occasion un tuyau de céramique au niveau d’un trou percé dans la partie basse : l’eau, dont la pression était assurée par la vitesse de son acheminement par ledit tuyau qui provenait d’une pente (la source étant située en haut de la montagne), devait remonter en haut de la colonne par le conduit creusé à l’intérieur et ressortir sous forme de jet en haut. Il est difficile de dire de quelle période date ce système.
 
4.1.2.9. Eléments de fours de potiers
 
Lors des fouilles, de nombreux éléments de fours de potiers ont été mis au jour, ce qui n’a pas été le cas en prospection. Avant de prospecter, il m’a paru nécessaire de visiter les collections et de parcourir les catalogues et les publications afin de savoir ce que l’on était en mesure de trouver en surface. La salle d’exposition de Banassac fut d’un grand secours : elle présente au public plus ou moins tous les éléments constitutifs d’un four et en explique la fonction et la localisation grâce à des schémas. Ces éléments auraient pu être mis dans la partie céramique mais étant donné qu’ils font partie d’une structure construite, ils apparaissent dans la partie éléments de construction. Nous n’avons point trouvé ce type d’éléments en prospection. Un indice issu de la prospection orale paraît toutefois être lié à un four qui conserve encore sa sole, mais très abîmé, en partie détruit. Ce site sera visité ultérieurement car l’informateur n’était pas disponible avant la date butoir de rendu des mémoires.
 
4.1.2.10. Canalisations
 
7 sites ont livré des canalisations. Elles ont des aspects variés. En prospection, nous avons pu recueillir des canalisations en terre cuite, attribuables à plusieurs périodes visiblement. Elles nous ont toutes été données par les habitants et les agriculteurs qui les avaient recueillies par curiosité lors du creusement de tranchées, de la construction de leur maison, lors des labours etc. Toutes se ressemblent, mais à y voir de plus près, toutes ne sont pas contemporaines. Elles n’ont pas exactement le même aspect. Certaines sont plus régulières et semblent donc plus récentes, ce type de canalisations ayant été utilisé jusqu’à il y a peu, on en trouve d’ailleurs encore en fonctionnement dans les Cévennes. D’autres sont enduites d’une sorte de vernis ; aucune n’est toutefois enduite sur la face externe, contrairement auxdites canalisations des Cévennes. Certaines conservent un dépôt calcaire à l’intérieur, indiquant dans quel sens elles étaient posées. D’autres présentent un diamètre plus petit et peuvent s’emboîter : l’embout élargi de l’un présente une sorte de pas de vis interne, l’autre embout, plus mince, peut s’ y emboîter. L’une semble modelée à la main, il y a encore les traces. Les autres ont l’air plutôt « standardisées », de façon toute relative bien sûr.
 
 
 
                   4.1.3. Autres
 
Nous n’avons pas nous mêmes trouvé de pièces de monnaies, de parure ou de hache mais ce genre de découvertes fortuites existe sur les communes de Banassac et de la Canourgue et nous nous sommes efforcés de les notifier comme indices lors de l’enquête orale. Des haches polies néolithiques, des haches en bronze de l’Age du Bronze, des pièces de monnaies gauloises et romaines ont donc été découvertes par des particuliers et se trouvent encore dans des collections particulières aujourd’hui. La difficulté a été de localier ces artefacts, d’en faire un inventaire et de les photographier pour en tirer le maximum d’informations. Toutes ces étapes n’ont pas vraiment pu être effectuées, les habitants étant tout de même très méfiants à cet égard. Au mieux, nous avons eu les indications nécessaires à la localisation approximative de la découverte et une brève description effectuée par les informateurs renseignés. Ceux-ci ont rarement souhaité nous communiquer l’identité des détenteurs des objets.
 
4.1.3.1. Monnaies, méreaux (NUM)
 
M. Mirmand a accepté de nous donner des renseignements sur les pièces de monnaie découvertes en Lozère, et plus précisément sur les communes concernées. La découverte d’une pièce datant de Claude sur le site de La Chan permet ainsi d’avoir un indice sur la datation qui était difficilement palpable par la céramique. En ce qui concerne les sites fouillés, 9 sites en ont livré.
 
4.1.3.2. Outils (FER : en fer ; PIERRE : en pierre ; BR : en bronze)
 
Lors de ses randonnées, M. Le Lay a également découvert des outils en métal et des galets de quartz ébréchés qui, à proximité de sites préhistoriques, pourraient faire penser à des percuteurs ou à des pierres de jets. Des pierres de jets identiques avaient été découverts sur des sites de hauteurs fouillés. Il est difficile de dire de quand ils datent, car ce n’est pas parce qu’ils se trouvent sur une parcelle présentant un site protohistorique que ces outils le sont. Dans l’attente d’études plus approfondies sur le sujet, il était toutefois intéressant de noter leur existence sur les fiches de sites. Il est à noter que des outils de forgeron avaient été découverts dans une tombe du Champ del Mas, une pelle et une pince.
 
4.1.3.3. Haches
 
Des haches avaient été trouvées par des habitants. M. Mirmand en avait trouvé en-dessous de Plo de Coustous étant petit, haches qu’il avait alors données à l’école du village, qui ne les conserve plus. D’autre part, il nous a fait part de la découvert par un autre habitant d’une hache de bronze découverte sur un chemin de Banassac qui monte à la croix.
 
4.1.3.4. Sculptures
 
M. Mirmand nous a également donné des informations sur des sites archéologiques qu’il a lui-même découverts fortuitement sur la commune au cours de randonnées et nous en a communiqué les coordonnées Lambert. Une statuette de Mercure a été découverte, blottie dans des fragments d’urnes à résine, à La Gardette. Une autre sculpture, de pierre, a été découverte dans le jardin mentionné plus haut qui comporte également des colonnes. Vu de loin, ce pourrait être une tête humaine ou animale sculptée, mais nous ne pouvons en dire plus, faute d’informations.
 
4.1.3.5. Meule (MEU)
 
En revanche, les fragments de meule sont nombreux, que ce soit des meules en basalte ou en grès ou en granit, les premières étant très majoritaires. On pense qu’elles proviennent soit du territoire arverne soit de la région d’Agde, mais seule une étude de synthèse sur le sujet à l’échelle du Massif Central permettrait d’en dire un peu plus. La plupart du temps fragmentaires, les meules nous permettent toutefois de reconnaître sur un site la présence soit d’une ferme. Certaines meules, trop lourdes, n’ont pas été ramassées mais laissées en place, et leur emplacement est notifié sur les fiches de sites. Sur 203 sites, 29 en ont livré, soit 14,3 %.
 
Par Audrey Roche
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